Je laisse aujourd'hui la "parole" à mon Zhomme, qui nous fait partager habituellement ses photos et qui, à la demande de La Madrilène, nous fait aujourd'hui partager son approche de la photo. J'espère que cela vous plaira... En tout cas, je peux vous assurer qu'il a passé du temps à vous concocter ce premier article qui, selon vos réactions, aura peut-être une suite...

Pour répondre à la demande insistante de Sandrine, je vous propose d’intervenir de temps à autre sur le blog de Cath afin d’expliquer la réalisation des photos que vous avez l’air d’apprécier. Nous laisserons de côté la partie technique qui fait la différence entre un photographe professionnel et un amateur, avec tout le matériel qui va avec. Pour ma part je n’utilise qu’un petit compact numérique peu encombrant, et surtout rapide à mettre en œuvre car l’expérience m’a prouvé que les bonnes conditions pour « shooter » ne s’éternisent pas.  Nous allons nous concentrer plutôt sur l’aspect création d’images (utilisation de la lumière, composition de la photo, angle de prise de vue, cadrage) en nous appuyant sur des exemples concrets.

Je vais procéder par étapes car la réussite d’un cliché dépend de nombreux paramètres qu’il n’est pas toujours évident de réunir au moment opportun. Nous allons voir que cette réussite est largement conditionnée par des choses qui, à première vue, n’ont rien en commun avec le fait d’appuyer sur le déclencheur.

Pour imager ce propos, comparons la photo finale avec un plat cuisiné ; il va de soi que dresser la liste des ingrédients, se rendre au marché pour les acheter, les préparer en cuisine va prendre énormément plus de temps que d’arrêter la cuisson au bon moment. Pour aller jusqu’au bout de la comparaison, on peut assimiler le scrapbooking, qui va habiller la photographie, à l’art de présenter le plat. Par contre, pour la cuisine comme pour le scrap, ne comptez pas sur moi pour vous conseiller !     

Tout d’abord, nous allons citer les trois ingrédients de base :

-          la lumière, sans laquelle aucune photo n’est possible,

-          du temps… et oui, c’est à mon sens un facteur essentiel pour créer de belles images ; nous verrons au fur et à mesure comment l’utiliser.

-          un bon appareil photo, pour retranscrire fidèlement l’émotion ou l’atmosphère qui justifie la prise du cliché.         

Concernant la lumière, pour les photos prises en extérieur, la source sera notre bon vieux soleil. Son éclairage va dépendre fortement de la météo mais aussi de l’endroit de la planète où nous nous trouvons (exceptionnelle au Maroc, nettement moins bonne en Asie) et de l’heure du jour à laquelle nous opérons.

Témoins ces quatre photos prises à Pammukale, en Turquie, le même jour, avec le même appareil, mais à des moments, donc des éclairages, différents.

La première est éclairée verticalement par le soleil de début d’après-midi (14h00), qui met nettement en avant les couleurs mais qui écrase le relief.

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La seconde est éclairée latéralement (17h00) ; le jeu d’ombres fait ressortir les contours des vasques et donne un relief très graphique.

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La troisième a été prise dans l’ombre, à 18h00. La faible réverbération de la lumière ambiante sur les surfaces couvertes d’eau les fait miroiter.

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Pour la dernière, j’ai profité de la lumière moins forte de fin d’après-midi (17h30) pour faire un contre-jour qui va complètement transformer le rendu du cliché .

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Il est à noter que les changements d’angle entre ces quatre photos optimisent l’éclairage en fonction de l’ambiance recherchée. C’est sur ce point-là que vous pourrez agir une fois sur place en prenant le temps (tiens, on commence à utiliser le 2ème ingrédient…) d’essayer différentes prises de vues .    

Lorsque le soleil est bas dans le ciel (au lever ou  au coucher), la lumière est chaude car les rayons solaires traversent obliquement une plus grande quantité d’eau et de poussières contenues dans l’atmosphère.

De ce fait, il y a dispersion des longueurs d’onde bleues, ce qui donne une lumière plutôt jaune ou orangée.

Cet éclairage est du plus bel effet sur les vieilles pierres. Ces trois clichés de l’Alhambra de Grenade, en Espagne, illustrent bien cet état de fait.

Le premier a été pris dans l’après-midi ; l’angle différent n’interfère pas sur la couleur du palais qui est fidèle à la réalité sur cette photo (dominante de gris).

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Les deux suivants ont été pris juste avant le coucher de soleil. On peut voir une évolution rapide de la coloration entre ces deux photos prises à sept minutes d’intervalle.

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Quant à la météo, son interaction sur la réussite des clichés semble évidente. Pour s’en convaincre, regardons ces deux photos prises à Bagan, en Birmanie.

La première a été faite le seul jour nuageux de notre séjour.

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La seconde a été faite avec un beau ciel bleu.

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Pour ma part, il n’y a pas photo (c’est le cas de le dire) : entre les deux,  le ciel bleu l’emporte haut la main. Toutefois, s’il est vrai qu’un ciel couvert peut donner de beaux résultats, j’ai quand même tendance à préférer les belles couleurs mises en lumière par le soleil.

Bien que l’homme ne puisse encore influencer le temps qu’il fait, nous avons trouvé un moyen tout simple pour y remédier. Nous choisissons toujours notre destination de voyage en fonction de la météo à la date où nous serons sur place. Nous avions un moment de libre pour partir en février ; la Birmanie s’est imposée comme une destination idéale. En effet, en février il y a 9 heures d’ensoleillement par jour, aucun jour de pluie et une température pas trop élevée. A contrario, au mois d’août, le soleil ne sort que 3 heures par jour et il y a 25 jours de pluie. Voilà comme on peut influer sur la météo et donc contribuer six mois à l’avance à la réussite de nos clichés. Pour reprendre la comparaison avec la recette de cuisine, on se situe à l’étape du choix du plat ! Et là commence l’utilisation de l’ingrédient temps alors que nous sommes encore loin d’appuyer sur le déclencheur.     

Pour résumer, jouer avec la lumière permet d’obtenir des ambiances différentes de la même scène. Cela permet également d’apporter, tel un artiste peintre,  sa touche de couleur personnelle.

Petit conseil pratique : pensez à garder de la place sur votre carte mémoire ainsi que de la réserve de batterie pour pouvoir utiliser la lumière particulièrement chaude de fin d’après-midi. Car c’est à ce moment là que la magie entre en scène…

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Pammukale, 18h08, transformation de l’eau en or liquide….   

"Une photo ? C'est l'instant qui s'arrête, les sentiments qui demeurent et la vie qui s'en va."
                       Jérôme Touzalin