Quelques souvenirs de ma Maman, cela vous tente ???  Si vous êtes de ma génération (ou plus jeunes) vous ne connaitrez probablement pas beaucoup des chansons citées mais je suis certaine que, comme moi, vous lirez ce joli texte avec beaucoup d'émotion... C'est parti pour des souvenirs en chansons...

"Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé chanter et j’ai constamment associé des chansons  à des évènements marquants de ma vie. Elles jalonnent mes souvenirs depuis ma petite enfance.

Mon premier vrai souvenir en chansons se situe pendant les années de guerre. Les réfugiés venus du Nord de la France s’installent au village. Nous sommes dans le « pré de la commune» l’après-midi ; il y a là des enfants, des jeunes gens… et la chanson de Tino Rossi que nous fredonnons alors me revient en mémoire :

C’est le chant d’un guardian qui s’attarde
Belles filles attendez son retour
Attendez et pourtant prenez garde
Car son chant, c’est celui de l’amour…

Je suis trop jeune : je n’ai pas mesuré la gravité de la situation. Je trouve seulement amusant d’avoir tant de nouveaux amis.

Plus tard, tous les dimanches matins, maman et moi nous écoutons «Le disque des auditeurs» à la radio. Régulièrement, chaque dimanche, nous éprouvons toutes les deux la même émotion pendant que Berthe Sylva  chante :

C’est aujourd’hui dimanche,
Tiens ma jolie Maman,
Voici des roses blanches,
Toi qui les aimes tant.

Depuis la disparition de mon jeune frère en 1945, ma mère est plongée dans un profond chagrin. Mais il me semble que ces chansons tristes ou sentimentales de l’époque d’après-guerre lui apportent un petit réconfort.

Nous n’avons pas de tourne-disques à la maison… Nous sommes bien loin de la surconsommation musicale à laquelle on assiste aujourd’hui ! Les chansons ont une longue durée de vie et nous avons tout le temps de les apprendre par cœur et de les chanter sans crainte d’être démodés. Nous achetons des partitions musicales dans les magasins de musique. Ce sont des feuillets doubles avec la photo de l’artiste en première page, la musique et les paroles des chansons à l’intérieur. Nos chanteurs vedettes s’appellent André Claveau, Georges Guétary, Luis Mariano… Nous trouvons aussi dans les « tabacs-presse » de petits livrets avec les paroles des chansons connues.

Tous les étés, les « vogues » s’installent dans les villages. Quelques manèges sont présents : le tir, les chevaux de bois pour les petits, le pousse-pousse ( si dangereux…) et les autos tamponneuses pour les plus grands. Mais moi, ce que j’aime, c’est le bal de la vogue, en plein air, sur un plancher monté exprès. Les musiciens jouent sur un char décoré. Evidemment, il y a surtout l’accordéon… et la « grosse caisse » comme nous appelions la batterie à cette époque !! Les musiciens sont généralement des amateurs de la région mais avec quel entrain ils jouent ! C’est le début des années 50 et je danse sur la chanson d’André Claveau :

Domino, Domino,
Le printemps chante en moi Dominique,
Le soleil s’est fait beau,
J’ai le cœur comme une boîte à musique...

Combien de petites filles se sont prénommées Dominique à la suite de cette chanson ?

Pendant ces années 50, je suis en pension. Le jeudi et le dimanche, l’après-midi, par tous les temps, c’est «promenade» obligatoire. Promenade veut dire des kilomètres à pied sur les routes autour de l’école, en rangs par deux, pendant trois heures. Chanter rend l’effort plus facile et nous avons tout un répertoire de chansons de marche, répertoire qui nous vient essentiellement de nos colonies de vacances d’été. Avez-vous chanté cette chanson d’amitié ?

Ensemble, ensemble, notre devise est dans ce mot
Ensemble, tout semble, plus beau.

Dans mon « pot à souvenirs » offert l’an dernier par ma fille, j’ai trouvé cette question : « quelle est la chanson que tu préfères ? ». Il m’est venu des foules de titres à l’esprit, toutes de belles chansons françaises, de vraies classiques. Et puis, du fond de mon cœur est montée cette chanson bien peu connue que je chantais à deux voix avec ma mère quand je l’aidais dans les travaux ménagers :

Où sont donc les belles filles
Que l’on nomme « fleurs d’ajoncs »…
Dites-moi où les voit-on ?
Dans la ville des meunières
Pont Aven pays d’amour...

C’étaient des moments privilégiés empreints de tendresse et de complicité. Je chante parfois cet air mais il n’y a plus personne pour m’accompagner avec la deuxième voix.

Et aujourd’hui, en écrivant ces quelques mots, il me vient une chanson pour nous tous. On la doit à Jean Ferrat :

Tout ce que j’ai failli perdre
Tout ce qui m’est redonné...
Pouvoir encore partager
Ma jeunesse, mes idées...
Que c’est beau, c’est beau la vie..."