Pour compléter ma précédente intervention traitant de la lumière solaire, nous allons parler aujourd’hui de lumière artificielle. En effet, pour les photos prises à l’intérieur, il va nous falloir aussi de la lumière. Celle-ci  peut provenir de plusieurs sources : ampoule électrique, tube néon, bougie, lampe de poche… tout ceci complété éventuellement par le flash de l’appareil photo. Bien entendu, ce seront les faibles éclairages qui vont nous limiter le plus pour réussir nos clichés.

Dans ces conditions de prises de vue, nous allons très vite toucher les limites du compact numérique qui, en général, n’offre pas une sensibilité élevée ni un flash performant.

Mais tout d’abord qu’est ce que la sensibilité ?
C’est la capacité d’un appareil  à traiter la lumière disponible pour prendre une photo.
Pour les
appareils argentiques, c’est une caractéristique amenée par la pellicule ; pour les appareils numériques, c’est la combinaison du capteur interne et de l’électronique qui crée cette caractéristique.
On mesure ce paramètre à l’aide de l’échelle ISO qui va de 25 à 3200. Un chiffre élevé correspond à une sensibilité  élevée de l’appareil et donc à un besoin de lumière plus faible. Vous suivez toujours ?

A titre d’exemple : 
- une sensibilité de 100 sur l’échelle ISO est suffisante en extérieur au soleil
- 200 convient bien par temps couvert ou en intérieur avec flash
- 400 sera utilisée pour des photos sans flash en intérieur avec éclairage
- par contre, en intérieur avec un faible éclairage, il faudra monter à 800 et même au-delà si l’usage du flash est impossible.

Heureusement, les fabricants font évoluer vers le haut de l’échelle la sensibilité de leurs appareils et permettent ainsi d’élargir petit à petit le champ d’utilisation d’un compact numérique. La preuve en photo :

Photo 1 : prise sans flash (usage interdit pour protéger les peintures anciennes restaurées) dans une église rupestre de Göreme en Turquie, avec un très faible éclairage et une sensibilité de 400 qui était ce qu’on trouvait de mieux en 2005. Résultat : un flou catastrophique ! En effet, une sensibilité basse nécessite un grande quantité de lumière pour faire une photo. Pour l'emmagasiner, l'appareil va donc ralentir sa vitesse d'obturation ce qui va accroitre le risque de bougé de celui-ci. Pour éviter cela, deux solutions : utiliser un trépied ou augmenter la sensibilité de l'appareil.      

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Photo 2 : prise dans un temple de Bagan (Birmanie) dans les mêmes conditions mais avec une sensibilité de 3200 ; c’est nettement mieux.

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Photo 3 : prise avec flash (ISO100) dans une autre église rupestre de Gorëme. Ouf ! Avec le flash, ça marche  !

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Photo 4 : lorsque la lumière artificielle et le flash se complètent bien, on obtient un bon résultat (ISO 150). Peinture murale - grottes de Dambulla (Sri Lanka).

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Photo 5 : en l'absence totale de lumière, pensez à la lampe de poche qui permet de prendre des photos sans flash. Bouddha dans un temple de Bagan (Birmanie), sensibilité de 3200

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Photo 6 : une sensibilité élevée (ISO 1600) permet de photographier sans flash des détails qui auraient était surexposés par celui-ci.   Bagan 

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Photo 7 : ici la lumière du flash se serait reflétée de manière inesthétique à la surface de la laque ; nous sommes toujours à Bagan (ISO 3200).

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Photos 8 et 9 (encore à Bagan) : j’utilise la forte sensibilité pour masquer des arrières plans pas très esthétiques qui seraient dévoilés par la lumière du flash. Les deux photos suivantes illustrent bien ceci. Par contre, l’inconvénient principal de la haute sensibilité (ISO 3200) apparaît nettement sur la 1ère image : il s’agit du grain du cliché qui est plus gros, d’où un aspect granuleux qui interdira tout agrandissement.

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sans flash

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avec flash

Photo 10 (Bagan) : sensibilité de 3200 sans flash pour ne pas faire ressortir le mur arrière et conserver le rayon de lumière naturelle qui pénètre par une ouverture judicieusement placée.

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Photo 11 et 12 (Shwe Nandaw - Birmanie) : toujours le souci de cacher des détails... Ici, hop ! un tour de magie, la chaîne disparaît sur la photo sans flash ( ISO 3200). Par contre le relief, lui, est bien présent.

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avec flash

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sans flash, et avec un cadrage plus soigné

Photo 13 et 14 (Bagan) : belle ambiance de la photo sans flash (ISO 3200) qui retransmet tout à fait le puits de lumière qui descend sur Bouddha. Sur le deuxième cliché, le flash éclaire uniformément le bas de la scène mais n'a pas assez de puissance pour éclairer le haut de bouddha.

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sans flash

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avec flash, cadrage plus large

Photo 15 et 16 : Tête du bouddha couché du Shinbinthalyaung (Bagan). Joli relief de la première photo prise sans flash (ISO 3200) tandis que la seconde avec flash est un peu plate sans être toutefois surexposée.

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sans flash

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avec flash

Mais, allez vous me dire, à quoi sert le flash si une haute sensibilité de l’appareil photo peut le remplacer ?

Et bien, nous allons voir maintenant, des situations où le flash apporte un plus indéniable :

Au niveau rendu des couleurs, entre ces deux photos de marionnettes de Mandalay (Birmanie) la seconde prise au flash est bien plus chaude

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sans flash

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avec flash

L'exemple suivant, très complet, va nous permettre d’aborder plusieurs sujets. En premier lieu, la composition d’une image, c'est-à-dire tout les détails qui vont former cette image (nous en reparlerons longuement dans un article à venir car c’est, à mon sens, un des éléments important de la réussite d’un cliché). Ensuite, vous allez voir concrètement qu’une bonne autocritique faite sans complaisance permet de progresser, cela reste mon objectif (tiens, un jeu de mot !) permanent.

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Je ne sais ce que vous pensez de cette photo, prise dans un long bâtiment voûté de Bagan avec une sensibilité de 3200, sans flash. Pour moi c’est une photo lamentable ! La composition de l’image est assez désastreuse, en effet la lumière perçant à travers les quelques ouvertures de ce bâtiment fait beaucoup trop ressortir le délabrement de la voûte et des murs et laisse apparaître un sol omniprésent. De plus, sur les vingt mètres que mesure ce bouddha couché, nous n’en voyons que seize…Où sont passer les quatre autres ?  Mon expérience cinghalaise m’a appris que le corps d’un bouddha couché doit être entier ou ne pas être. Bref,  il règne sur ce cliché  un air de décrépitude, accentué encore par la grossièreté du grain de la photo, pas du tout en accord avec l’émotion ressentie au chevet de ce superbe bouddha

C'est là que le « créateur d’images » doit intervenir pour trouver un moyen de fixer sur la carte mémoire cette belle émotion qu’il ressent.  Pour commencer, nous allons changer d’angle de prise de vue. Reculons au maximum pour avoir la totalité du bouddha sur le cliché ; prenons un peu de hauteur… pour ceci j’ai dû grimper dans une niche du mur ( et oui, la position pour avoir le bon angle n’est pas toujours confortable, il n’y a que dans les pubs où le héros shoote d’une main tout en enlaçant une créature de rêve de l’autre) pour changer l’inclinaison de l’appareil et faire disparaître la voûte délabrée. Voilà cela devrait aller mieux sur cette photo toujours prise sans flash à une sensibilité de 3200.

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Nous avons même assombri une grande partie du sol et accentué les voûtes de lumière ce qui restitue une atmosphère très zen correspondant avec le sujet de la photo et avec l’émotion  du photographe.

Il reste maintenant à améliorer le grain de la photo et à rajouter de la couleur pour parfaire le tout. Utilisons donc le flash puisque nous avons vu que ce sont ses points forts. De plus l’appareil va diminuer sa sensibilité (ISO 800) puisque le flash va lui apporter de la lumière avec toutefois une portée limitée (nous utilisons ici à notre avantage un défaut du compact cité au début de l’article ) ce qui va contribuer à laisser dans le noir l’environnement décrépi du bouddha. Et voilà le travail : le bouddha couché du Shinbinthalyaung en entier et en couleur avec une zen-attitude en provenance du onzième siècle qu’il n’aurait jamais dû perdre.

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Continuons avec trois exemples qui utilisent la faible portée du flash pour faire ressortir du relief sur nos clichés.

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Ici, à Dambulla au Sri Lanka, la statue est mise en avant par la surexposition de la lumière du flash.

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Sur cette photo prise dans les grottes de Dambulla , la perspective est accentuée par l’atténuation progressive de l’éclairage du flash.

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Sur cette peinture murale du Sri Lanka, l’élephant est mis en relief par la surexposition de la partie gauche de la fresque et le moindre éclairage de la partie droite.

Il nous reste maintenant à utiliser le moindre rayon de lumière pour faire deux photos sans flash (ISO 100), pleines de contraste,  pour prouver que Cath aime vraiment les fleurs (tiens une infidélité à Prima) et les chats, y compris ceux du monastère de Shwe in Bin en Birmanie qui le lui rendent bien apparemment.

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Pour conclure, j’espère vous avoir convaincus de l’importance du critère de sensibilité qui vous permettra une liberté de création accrue en situation de faible éclairage. Ne délaissez pas l’usage du flash qui malgré des performances limitées peut dans certaines conditions être un plus appréciable.

Dans le but de progresser, pratiquez l’autocritique constructive ; pour ceci, commencez par définir le style de photos qui vous plait. Il est évident qu’il faut d’abord avoir une vision de ce que l’on veut obtenir afin de comparer avec ce que l’on a. Pour ceci, prenez du temps (tiens, on en reparle pour un nouvel usage !). On trouve sur internet  tous les styles de photos qui existent sur la planète avec en plus la possibilité de choisir un sujet précis.

Personnellement, pour préparer nos voyages, j’utilise beaucoup les carnets de voyage, les blogs  et les sites en rapport avec le pays où nous nous rendons. Cela permet d’avoir un aperçu sur le contenu de mes prochaines photos et sur la meilleure façon de les traiter. Pensez aussi qu’il existe de très beaux livres avec des photos de professionnels, qui donnent des idées de composition et de cadrage accessibles à tout le monde.

Le conseil pratique du jour : Si vous photographiez au flash des zhumains en intérieur, actionnez systématiquement le mode anti-yeux rouges. En effet, le flash éclaire les vaisseaux sanguins du fond de l’œil et rougit ainsi les yeux. La lumière vive générée par le mode anti-yeux rouges va forcer la pupille à se fermer avant l’éclat du flash et éviter ce désagrément bien connu de tous. Avec Bouddha, aucun problème ! Il conserve toujours de beaux yeux !

Je vous laisse méditer la citation ci-dessous qui pourrait être une excellente philosophie concernant la photographie. 

"L'art ne veut pas la représentation d'une chose belle mais la belle représentation d'une chose."
Emmanuel Kant