Le blog de Cath

Un blog pour faire partager ma passion du scrap... entre autres !

07 septembre 2007

Le réfectoire

Vous êtes nombreuses à l'attendre... Voici la suite du texte de ma Maman sur la pension... Si vous avez raté le premier, ça se passe ici !

"En 1949 la fin de la guerre était très proche et la période de ce que nous appelions « les restrictions » n’était pas entièrement terminée. En effet, je me souviens avoir emmené à l’internat mes « tickets » de sucre et de beurre, indispensables pour acheter ces produits distribués uniquement sur présentation des fameux tickets.

Les repas étaient un moment fort de nos journées. Le réfectoire était à l’étage au-dessus des salles de cours et nous attendions l’ouverture de la porte, serrées comme des poules sur les marches du grand escalier de pierre. Mais nous ne « caquetions » guère… L’une des nombreuses règles de vie de l’établissement était le silence. Nous patientions en silence, nous pénétrions dans la salle en silence et nous mangions en silence. Nous étions une vingtaine par table, assises sur des bancs de bois. La surveillante était installée à une petite table près de la porte qui communiquait avec l’appartement de la directrice laquelle pouvait surgir à tout instant et notamment s’il y avait le moindre bruit anormal.

La cuisinière était une jeune femme d’à peine trente ans, présente chaque jour où nous étions à l’internat, donc absolument tous les jours, sauf pendant les vacances. Je revois son visage rond encadré de deux tresses qu’elle portait relevées sur la tête. La cuisine où elle officiait n’avait rien de professionnel et avec le recul, je me demande comment elle parvenait à préparer trois repas par jour avec si peu de moyens. Personne n’était là pour la seconder. C’est pourquoi chaque jour, après le repas du soir, elle déversait sur les tables les légumes dont elle aurait besoin le lendemain et que nous devions éplucher ou trier. L’essentiel de ces légumes était les pommes de terre. Nous étions étroitement surveillées pendant l’épluchage et sévèrement grondées si les épluchures étaient trop épaisses. C’est ainsi que la petite fille de dix ans que j’étais a appris à se servir d’un couteau (un « vrai » pas un « éplucheur ») et que j’ai pu devenir championne de l’épluchure la plus mince… Je revois aussi les interminables séances de tri de lentilles ou de pois cassés, à la recherche des minuscules cailloux qu’il fallait éliminer. Esther, la cuisinière, avait sans doute très peu de moyens matériels et d’ingrédients de qualité pour exercer de vrais talents de cuisinière et les repas qu’elle nous servait étaient généralement très peu appétissants. Le problème était que nous étions contraintes de finir les plats posés sur les tables. On imagine aisément les abus exercés par les plus âgées sur les plus jeunes, les larmes refoulées, les immenses dégoûts pour avaler des nourritures détestées…

Un soir on nous servit un plat de quenelles. Comme à l’habitude, ces quenelles avaient un goût de savon si fort qu’elles en étaient presque immangeables. Mais il fallait finir les plats ! A la fin du repas, la surveillante découvrit quelques quenelles jetées sous la table. L’une d’entre nous, trop écoeurée, avait cru pouvoir échapper à la torture. Evidemment, dans une ambiance de brimades comme était l’ambiance de notre internat, la « coupable » ne se dénonça pas et nous eûmes droit à la punition collective qui  était une pratique très fréquente dans l’école. La punition ne serait levée qu’après les aveux de l’élève fautive. Et cette punition n’était pas légère…. : privation générale de sortie. Les « sorties » étaient bien sûr les visites à nos parents qui avaient lieu une fois par quinzaine pendant les trois premières années et une fois par mois en classe de troisième. Quand on sait ce que représentait pour nous toutes la « sortie », on comprend la lourdeur de la punition, l’amplitude de la détresse, de la colère mais aussi de l’impuissance. S’en suivirent des rumeurs, des suspicions, des accusations, des pressions, une atmosphère délétère et odieuse qui empoisonnait les relations entre toutes les élèves et qui était malheureusement habituelle… et qui sait, volontairement entretenue ? On pourrait croire que les élèves auraient été solidaires, se seraient « serré » les coudes. Pas du tout. Les contraintes et les brimades nous rendaient égoïstes, jalouses, méchantes. Notre façon de nous comporter relevait davantage de la loi de la jungle que de la devise des mousquetaires ! Nous pensions que pour survivre dans les meilleures conditions il nous fallait être les plus fortes physiquement et surtout qu’il nous fallait avoir un ascendant bien reconnu sur les autres. Après plusieurs jours d’enquêtes, de tractations, de menaces, une élève se dénonça. Etait-elle vraiment la coupable ? Avait-elle cédé aux contraintes morales qui l’étouffaient ? S’était-elle sacrifiée pour le bien de toutes ? A l’époque, je ne me suis même pas posé la question. Une seule chose comptait : les sorties seraient rétablies…"

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Rien à voir avec ce qui précède mais un nouveau challenge est lancé autour de notre livre... Voici les modalités :

Participez à un nouveau challenge spécial « Scrap Voyage » !

Votre challenge : réalisez une page de scrap avec la technique du polongement de photos et en utilisant une photo de voyage (paysage, personnage, etc).

Vous pouvez bien évidemment vous inspirer des conseils donnés dans le livre « Scrap Voyage » (voir pages 32 et 33). A noter que toutes les techniques d'agrandissement de photo sont possibles : aquarelle, technique des papiers déchirés, dessin, autres...

Envoi des participations par mail.

Date limite de participation : 27 septembre 2007.

Toutes vos créations seront publiées dans la galerie CréaPassions. N’oubliez pas une légende présentant votre création et l’explication de sa réalisation (quelles ont été les techniques utilisées par exemple) ainsi que vos coordonnées postales pour que nous puissions vous envoyer votre lot.

Le ou la gagnante recevra un superbe carnet de voyage réalisé spécialement pour ce challenge et dédicacé par Cathy Masqueliez, co-auteur de "Scrap Voyage".

Posté par CathKiScrap à 07:00 - Les jolis écrits de ma Maman - Commentaires [24] - Permalien [#]

Commentaires

Merci à la "Reine des épluchures fines" pour ce récit toujours aussi captivant que les précédents !

Posté par Elhenfr, 07 septembre 2007 à 07:40

J'attends ça avec impatience ! quelle "autre vie" !!! quant au concours c'est sûr, je participe,je l'ai déja dit à Cathy. bisouxxxx

Posté par patricia, 07 septembre 2007 à 07:43

Révoltant

et dans quel but???

Posté par Nickie, 07 septembre 2007 à 08:05

Et comme je suis heureuse d'être née à mon époque dans ma région.
Je le suis plus encore à vous lire, et pourtant on voit bien, maman Cath que vous essayez de "justifier" certaines situations.
Bonne journée

Posté par Nickie, 07 septembre 2007 à 08:07

Merci encore pour ce joli texte..;

Bises

Posté par maumautte, 07 septembre 2007 à 08:09

Ta maman a toujours une aussi jolie plume.
Cathyb85

Posté par Cathyb85, 07 septembre 2007 à 08:36

La discipline était de fer à cette époque mais, de nos jours, elle est peut-être bien trop douce.
Merci pour ce récit !!
A quand la suite ??
A+ Marina

Posté par Marina, 07 septembre 2007 à 08:40

merci pour ce récit, c'est toujours aussi émouvant de vous lire,
rude expérience pour une petite fille de 10 ans. cela me rappelle les récits de mon époux, qui a connu la pension, dès l'age de 6 ans.
En vieillissant, mon mari a de plus en plus de mal à évoquer cette partie de sa vie. Bien qu'il est de bonnes relations avec ses parents, Il leur en veut d'avoir fait ce choix, mais n'a jamais pu aborder ce sujet avec eux, car c'est trop douloureux pour lui.
Contrairement à lui, j'ai été choyée et même couvée, et je n'ai quitté le "nid" familial que la veille de mon mariage !!!!

Posté par valentine, 07 septembre 2007 à 08:51

C'est un bien joli récit qui, dès le 1er "épisode" m'a émue aux larmes. Penser à tous ceux qui ont connu cette période douloureuse, à cette éducation stricte et dénuée d'amour (je ne parle pas des parents de ta maman, mais à l'intérieur de l'internat. C'esst vraiment une question d'époque et ceux-là même qui ne donnaient pas leur amour, qui ne laissaient pas vor leurs sentiments, devaient souffrir autant que les enfants, j'en suis certaine.
J'attends la suite avec impatience. Car en plus de l'aventure humaine, l'écriture est un vrai régal. Bravo à vous, maman de Cath!

Posté par gaïad, 07 septembre 2007 à 09:05

merciiiiiiiiiii

encore une fois j'ai été captivé par ce texte super émouvant
encore merci j'attends la suite avec impatience
biz vivihavre

Posté par sylviehavre, 07 septembre 2007 à 09:10

s'il pouvait exister un juste milieu entre la cruauté et l'humiliation de ces années et le laxisme actuel ce serait l'idéal (ben oui faut bien rever !!!)

Posté par chris, 07 septembre 2007 à 09:32

Bouleversant!

On n'oublie trop souvent que tout ceci a eu lieu il n'y a pas si longtemps! Bizzz Martine

Posté par Martine Galati, 07 septembre 2007 à 09:57

Bon, ben, moi qui comptais sur toi pour me remonter le moral ! Alors là c'est raté ! Merci à ta Maman pour ces récits qui sont captivants, ça permet de relativiser beaucoup de choses. J'espère que les choses ont changées de nos jours. Les parents de ta Maman n'avaient sans doute guère le choix s'ils voulaient que leur fille poursuive ses études. A nous de jouer maintenant pour que nos enfants grandissent dans un environnement épanouissant tout en leur permettant de prendre petit à petit de l'indépendance et en ne les couvant pas de trop. Difficile métier que celui de parent...

Bise

Posté par Céline M, 07 septembre 2007 à 11:17

On croit que ça se passe uniquement dans les livres ou dans les films (je pense aux choristes!)et on a vraiment du mal à s'imaginer que cela à vraiment existé et pourtant pas si loin de nous!
Merci à toi et à ta maman pour ces merveilleux souvenirs!
Bizzz...! Tinou

Posté par Tinou, 07 septembre 2007 à 11:21

Ta maman devrait aller dans les écoles et collèges lire ses textes et raconter tout cela aux élèves d'aujourd'hui!
Bises.

Posté par Marie-Anne, 07 septembre 2007 à 11:55

C'est toujours aussi bien récité... Je suis certaine que si vous vous lanciez dans l'ériture d'un livre, vous feriez un malheur !! Dès que je vous lis, je ne vois pas le temps passer, je suis trop prise par cette histoire !
Merci pour ce bon moment passé en votre compagnie, à bientôt,

Séverine.

Posté par VesDeLoup, 07 septembre 2007 à 13:58

Tu m'a déjà raconté cette période plusieurs fois, mais à te lire c'est très dur et émouvant à la fois ...
C'est peut-être pour cela que j'ai été si heureux dans mon enfance ...
Il faut absolument que Mathieu et Maël se rendent compte de la vie confortable qu'ils mènent !!!

Posté par jissebe, 07 septembre 2007 à 14:32

internat..

vilain mot...solitude, souffrance,éloignement, brimades,punitions,nourriture infame,sacrifice..
beau récit de ta maman, dans un siècle si proche!!

Ce texte devrait effectivement etre lu aux enfants d'aujourd'hui.

Posté par Ghys, 07 septembre 2007 à 15:59

Merci MamanCath pour ce nouveau récit ...
Que nous sommes privilégiés et quelle chance pour nous de ne pas avoir vécu d'enfance si dure !!!
C'est effroyable ces conditions d'internat ...
Gros bisous

Posté par MissTouflette, 07 septembre 2007 à 20:13

Très joli récit, j'ai 31 ans et j'adore les souvenirs de nos parents et grands-parents quand ils évoquent leur époque. Cela s'est passé il n'y a pas si longtemps et pourtant ta maman nous plonge dans un univers tellement différent de ce que j'ai connu et nous connaissons aujourd'hui.
J'attends avec impatience la suite...

Posté par Cocosimba91, 07 septembre 2007 à 21:56

A travers ce récit, je réentends mon père me racontant ses années d'internat.
Le récit est poignant et on devine vraiment bien l'ambiance qui pouvait y régner.
Bon dimanche !
Cathy

Posté par CathyChartreuse, 09 septembre 2007 à 06:42

je suis contente d'avoir pu lire la suite... et c'est avec impatience que je vais attendre d'autres récits de ta talentueuse maman...

Posté par prisca974..., 09 septembre 2007 à 21:09

On sent dans ses écrits que cela a été très dur pour cette petite fille de 10 ans,la preuve c'est que ses moments douloureux sont gravés à jamais dans sa mémoire,on a l'impression que c'était hier et pourtant c'est déjà loin tout ça,mais quelle souffrance et quelle injustice,je pense que ses parents ne savaient pas trop comment l'établissement éduquait les enfants car je suis sûre qu'ils ne l'auraient pas laissé dans cet internat!!!
J'attends la suite avec impatience mais je me demande ce que va être la suite !
Bisou à toutes les deux,Nannette.

Posté par nannette230, 16 septembre 2007 à 09:27

ah ! les blettes et les lentilles !!!!

je suppose que vous connaissez aussi le rôle des " chefs de table "? Au bout de la grande table de 10 , il y avait une "grande " de 1ere , qui devait distribuer les parts a chacune ! il valait mieux être bien avec elle car , sinon , vous n'aviez pas toujours des morceaux de viande potables !!et vous etiez souvent designée pour nettoyer la table après le repas !pour être dans le bon colimateur , il vous fallait cirer ses chaussures ou nettoyer son lavabo ou tout autre corvée de ce genre . J'avais 12 ans et j'ai pris quelques claques de leur part pour refuser d'obeir ..mais le temps aide a oublier ces moments et l'internat me laisse quand même des souvenirs inoubliables et des fous rires sans nom !!merci a votre maman pour me rappeler tout ça

Posté par nicolette, 21 septembre 2007 à 18:55

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