Vous êtes nombreuses à l'attendre... Voici la suite du texte de ma Maman sur la pension... Si vous avez raté le premier, ça se passe ici !

"En 1949 la fin de la guerre était très proche et la période de ce que nous appelions « les restrictions » n’était pas entièrement terminée. En effet, je me souviens avoir emmené à l’internat mes « tickets » de sucre et de beurre, indispensables pour acheter ces produits distribués uniquement sur présentation des fameux tickets.

Les repas étaient un moment fort de nos journées. Le réfectoire était à l’étage au-dessus des salles de cours et nous attendions l’ouverture de la porte, serrées comme des poules sur les marches du grand escalier de pierre. Mais nous ne « caquetions » guère… L’une des nombreuses règles de vie de l’établissement était le silence. Nous patientions en silence, nous pénétrions dans la salle en silence et nous mangions en silence. Nous étions une vingtaine par table, assises sur des bancs de bois. La surveillante était installée à une petite table près de la porte qui communiquait avec l’appartement de la directrice laquelle pouvait surgir à tout instant et notamment s’il y avait le moindre bruit anormal.

La cuisinière était une jeune femme d’à peine trente ans, présente chaque jour où nous étions à l’internat, donc absolument tous les jours, sauf pendant les vacances. Je revois son visage rond encadré de deux tresses qu’elle portait relevées sur la tête. La cuisine où elle officiait n’avait rien de professionnel et avec le recul, je me demande comment elle parvenait à préparer trois repas par jour avec si peu de moyens. Personne n’était là pour la seconder. C’est pourquoi chaque jour, après le repas du soir, elle déversait sur les tables les légumes dont elle aurait besoin le lendemain et que nous devions éplucher ou trier. L’essentiel de ces légumes était les pommes de terre. Nous étions étroitement surveillées pendant l’épluchage et sévèrement grondées si les épluchures étaient trop épaisses. C’est ainsi que la petite fille de dix ans que j’étais a appris à se servir d’un couteau (un « vrai » pas un « éplucheur ») et que j’ai pu devenir championne de l’épluchure la plus mince… Je revois aussi les interminables séances de tri de lentilles ou de pois cassés, à la recherche des minuscules cailloux qu’il fallait éliminer. Esther, la cuisinière, avait sans doute très peu de moyens matériels et d’ingrédients de qualité pour exercer de vrais talents de cuisinière et les repas qu’elle nous servait étaient généralement très peu appétissants. Le problème était que nous étions contraintes de finir les plats posés sur les tables. On imagine aisément les abus exercés par les plus âgées sur les plus jeunes, les larmes refoulées, les immenses dégoûts pour avaler des nourritures détestées…

Un soir on nous servit un plat de quenelles. Comme à l’habitude, ces quenelles avaient un goût de savon si fort qu’elles en étaient presque immangeables. Mais il fallait finir les plats ! A la fin du repas, la surveillante découvrit quelques quenelles jetées sous la table. L’une d’entre nous, trop écoeurée, avait cru pouvoir échapper à la torture. Evidemment, dans une ambiance de brimades comme était l’ambiance de notre internat, la « coupable » ne se dénonça pas et nous eûmes droit à la punition collective qui  était une pratique très fréquente dans l’école. La punition ne serait levée qu’après les aveux de l’élève fautive. Et cette punition n’était pas légère…. : privation générale de sortie. Les « sorties » étaient bien sûr les visites à nos parents qui avaient lieu une fois par quinzaine pendant les trois premières années et une fois par mois en classe de troisième. Quand on sait ce que représentait pour nous toutes la « sortie », on comprend la lourdeur de la punition, l’amplitude de la détresse, de la colère mais aussi de l’impuissance. S’en suivirent des rumeurs, des suspicions, des accusations, des pressions, une atmosphère délétère et odieuse qui empoisonnait les relations entre toutes les élèves et qui était malheureusement habituelle… et qui sait, volontairement entretenue ? On pourrait croire que les élèves auraient été solidaires, se seraient « serré » les coudes. Pas du tout. Les contraintes et les brimades nous rendaient égoïstes, jalouses, méchantes. Notre façon de nous comporter relevait davantage de la loi de la jungle que de la devise des mousquetaires ! Nous pensions que pour survivre dans les meilleures conditions il nous fallait être les plus fortes physiquement et surtout qu’il nous fallait avoir un ascendant bien reconnu sur les autres. Après plusieurs jours d’enquêtes, de tractations, de menaces, une élève se dénonça. Etait-elle vraiment la coupable ? Avait-elle cédé aux contraintes morales qui l’étouffaient ? S’était-elle sacrifiée pour le bien de toutes ? A l’époque, je ne me suis même pas posé la question. Une seule chose comptait : les sorties seraient rétablies…"

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Rien à voir avec ce qui précède mais un nouveau challenge est lancé autour de notre livre... Voici les modalités :

Participez à un nouveau challenge spécial « Scrap Voyage » !

Votre challenge : réalisez une page de scrap avec la technique du polongement de photos et en utilisant une photo de voyage (paysage, personnage, etc).

Vous pouvez bien évidemment vous inspirer des conseils donnés dans le livre « Scrap Voyage » (voir pages 32 et 33). A noter que toutes les techniques d'agrandissement de photo sont possibles : aquarelle, technique des papiers déchirés, dessin, autres...

Envoi des participations par mail.

Date limite de participation : 27 septembre 2007.

Toutes vos créations seront publiées dans la galerie CréaPassions. N’oubliez pas une légende présentant votre création et l’explication de sa réalisation (quelles ont été les techniques utilisées par exemple) ainsi que vos coordonnées postales pour que nous puissions vous envoyer votre lot.

Le ou la gagnante recevra un superbe carnet de voyage réalisé spécialement pour ce challenge et dédicacé par Cathy Masqueliez, co-auteur de "Scrap Voyage".