Nous retrouvons aujourd'hui ma Maman avec un de ces jolis souvenirs d'enfance, qui est aussi un peu le mien... Je vous expliquerai après pourquoi...

"J’étais une petite fille très sage, je crois. Je passais des heures à lire, assise sur la petite marche, juste au-dessous de la fenêtre de la cuisine ; c’était mon endroit préféré. Mes parents m’achetaient des livres de la Bibliothèque rose ; j’avais la collection presque complète, je crois, des livres de la Comtesse de Ségur, depuis « Après la pluie, le beau temps » jusqu’à «  Jean qui grogne et Jean qui rit ». J’ai le souvenir de ma joie lorsque mon père, qui ne me faisait habituellement pas de cadeaux, me rapporta d’un voyage le premier volume de «  Heidi », « la merveilleuse histoire d’une fille de la montagne ». On m’offrit par la suite les quatre autres volumes. C’est assise sur cette petite marche que j’ai pleuré toutes mes larmes d’enfant en lisant «  Sans famille » et notamment la mort de Joli-cœur… Tous ces livres, je les ai toujours et j’ai été contente lorsque ma fille les a lus à son tour avec un très grand plaisir.

Quand j’étais encore plus sage que d’habitude, ma mère me donnait une récompense extraordinaire à mes yeux. Elle me permettait de m’installer sur un coin de la table de la cuisine avec l’énorme volume relié qui contenait les 68 premiers numéros de l’hebdomadaire pour petites filles «  Lisette ». Le numéro 1 est à la date du 17 juillet 1921, le numéro 68 à celle du dimanche 29 octobre 1922

Ce gros album relié n’avait rien d’attrayant pour une petite fille de moins de 10 ans : c’était une simple couverture cartonnée marron, sans aucun dessin.  Les magazines à l’intérieur étaient déjà jaunis (plus de 25 ans s’étaient écoulés quand je les lisais !), l’écriture était petite et serrée, il n’y avait presque pas de couleurs, certaines pages étaient déchirées et même arrachées, une odeur de vieux papier moisi agressait mes narines. Et cependant, j’étais captivée par ces histoires d’un autre temps. Il émanait de ces revues un parfum désuet qui me plaisait, j’adorais les histoires à « l’eau de rose », les contes moralisateurs, la « causette » qui figurait en seconde page et où « Marraine » donnait ses conseils de bonne conduite. Je relis à l’instant une « causette » dont le thème est le respect dû aux personnes âgées.  « Faites-leur la vie très douce, ils ont besoin d’être entourés de soins et d’affection. Evitez-leur la fatigue : on se lasse vite à leur âge. C’est bien souvent en travaillant pour vous qu’ils se sont fatigués et vieillis… » Cela nous fait sourire n’est-ce pas ?

Mon histoire préférée était une sorte de bande dessinée de l’époque (pas de « bulles », que du texte écrit sous chaque image). Elle s’intitule «  Linette et son Poilu ».Nous sommes juste après la fin de la Grande Guerre et le soldat qui revient de l’enfer des tranchées a droit à la considération et au soutien… Linette , une petite fille d’une dizaine d’années prend sous sa protection un pauvre « Poilu » sans famille, sans abri, et contre l’avis des siens entreprend de le secourir… J’étais Linette moi-même, bien sûr !

En 1921, ma mère avait 7 ans et en feuilletant ce livre aujourd’hui, je suis stupéfaite de voir ce qu’une enfant de cet âge était capable de lire à l’époque ! A l’ère de la Play Station et de la Nintendo, mon gros album relié paraît bien dépassé !"

Lorsque j'étais enfant et que j'allais en vacances chez mes grands-parents, j'avais moi aussi parfois l'immense privilège de pouvoir feuilleter ce gros album... Et plus que le plaisir de la lecture (je trouvais cet album bien triste par rapport à mes Martine ou mes Sylvain et Sylvette !!!), je prenais un immense plaisir à entendre ma grand-mère évoquer ma Maman lorsqu'elle était petite...
J'ai hérité de l'amour de la lecture qu'a toujours eu ma Maman et je suis ravie de l'avoir transmis aussi à mes deux garçons, véritables "dévoreurs".
Ma Maman m'a confié le gros volume de ce fameux Lisette... En voici quelques photos...

Lisette1

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