Le blog de Cath

Un blog pour faire partager ma passion du scrap... entre autres !

20 novembre 2007

La poupée

En cette période de préparatifs de Noël, voici un souvenir d'enfance (bien triste) de ma Maman...

Quand arrive Noël, un souvenir s’impose à moi. Après toutes ces années, j’aurais aimé qu’il s’efface de ma mémoire ; mais tel une plaie ulcéreuse, quand on le croit disparu, il réapparaît lancinant et douloureux.

En quelle année était-ce ? Après 1945, c’est certain, puisque mon petit frère disparu cette année-là, n’était plus avec nous. Mais guère après : j’étais encore une toute petite fille ; j’avais sept ou huit ans. J’avais cessé de croire à la belle légende de Noël et je savais que le Père Noël avait juste été inventé pour faire rêver les petits enfants. Cependant, je ne voulais pas encore quitter totalement le monde des petits et j’aimais continuer à faire « comme si.. » ; d’autant plus que pendant toute la période de la guerre, comme tous les enfants, je n’avais pas été très gâtée par le Père Noël. Les parents, les mères surtout, avaient dû déployer des trésors d’ingéniosité pour réussir à mettre quelques babioles dans les souliers. Depuis plusieurs années, j’attendais ma poupée, une vraie grande poupée, avec de longs cheveux blonds, une poupée qui marche, une poupée avec de beaux vêtements tout neufs. A quelques signes subtils, notamment des allusions, des plaisanteries, des sourires entendus de ma mère, j’avais le secret espoir que pour ce Noël-ci, je recevrais enfin ma poupée.

Le soir du 24 Décembre, comme cela était fréquent, mon père avait quitté la maison, nous laissant seules, ma mère et moi. Je suppose que l’atmosphère triste qui avait gagné notre foyer après le décès de mon petit frère était devenue trop lourde pour lui. Il avait pris l’habitude de sortir avec ses copains, pour jouer aux cartes et « boire un canon » comme il disait. Je pense aussi que cette désertion était très dure pour ma mère qui aurait certainement eu besoin d’un vrai soutien. Mais j’étais bien trop jeune à cette époque pour pouvoir analyser et comprendre tout cela.

Avant d’aller dormir, le cœur plein d’espoir, je déposai mes souliers devant la crèche que nous avions décorée quelques jours auparavant. Et là, avant de partir, mon père avait lui-aussi mis ses pantoufles. Sans doute guidée par un peu de rancœur, peut-être aussi pour plaisanter, tout simplement, ma mère glissa dans les pantoufles une grosse pomme de terre.

Le lendemain, comme chaque matin de Noël, je me réveillai de bonne heure ; la nuit était noire ; le silence était total dans la maison… Je me glissai hors du lit ; pieds nus, en chemise de nuit, j’ouvris la porte de ma chambre, éclairai le palier et descendis les escaliers sans faire de bruit. Le cœur battant, dans la semi-obscurité, je me dirigeai vers la crèche… Mais, tout à coup, une sorte d’angoisse m’étreignit ; je m’approchai de plus en plus lentement ; j’avais beau écarquiller les yeux, je ne voyais pas de gros paquet posé sur mes souliers ; à vrai dire, je ne voyais rien du tout. Je n’osais plus avancer ; j’étais comme pétrifiée. Ma poupée… Pourquoi ne m’attendait-elle pas comme je l’avais tant rêvé ? C’est alors que je vis une feuille de papier blanc posée là où aurait dû se trouver le cadeau que j’espérais. Je la saisis, la dépliai et je lus : «  Comme tu n’as pas été gentille avec ton papa, je suis partie. Signé : la poupée »

Posté par CathKiScrap à 07:30 - Les jolis écrits de ma Maman - Commentaires [66] - Permalien [#]
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