Je laisse une "petite" place à mon cher et tendre aujourd'hui, pour un article sur la photo (attendu impatiemment par certaines d'entre vous !!!). L'article étant assez long, il est scindé en deux et vous aurez donc la suite demain...

Le sujet du jour sera la composition d’images, comme promis dans l’article précédent (oui je sais, il commence à dater… mais c’était pour vous laisser le temps de mettre en pratique… et puis ce n’est pas à coté la Turquie, le Sri Lanka, la Birmanie !). C’est bon, vous êtes revenu(es) ? Nous allons pouvoir commencer alors. J’espère que ce sera moins barbant que la composition française… vous vous rappelez ? Des pages d’écriture sans une seule photo pour illustrer un sujet inintéressant au possible. Il va y avoir quand même quelques similitudes puisque nous allons parler de sujet, d’adjectif, de texte, de lecture.

Non, la composition d’images n’est pas un nouveau nom pour le scrap, bien que les règles qui vont suivre soient tout a fait applicable pour construire vos futures pages.

La composition d’images, c’est tout simplement l’art de disposer dans le cadre les différents éléments présents sur une photo.

Pour réussir cet exercice (non, non, ne vous jetez pas sur votre appareil, il y a tout plein de trucs à savoir avant même de penser faire des clichés), il faut se mettre à la place du « lecteur de la photo ». En effet c’est le mécanisme de fonctionnement de notre regard qui va déterminer les grands axes d’une composition harmonieuse.

La deuxième condition de réussite est de s’interroger sur l’impulsion qui nous fait dégainer l’appareil photo pour immortaliser la scène qui se déroule devant nos yeux. Ceci va permettre d’identifier le sujet principal de notre futur cliché et d’éliminer tout ce qui risque de le parasiter aux yeux du lecteur. Cela va également déterminer la troisième dimension de ce cliché, qui pourra être une belle perspective pour un paysage , une simple mise en valeur de l’esthétique d’un objet, le ressenti d’une atmosphère particulière (plus difficile à faire passer), l’expression d’une émotion pour un portrait de personnage.

Un petit truc au passage, pensez à un adjectif qui caractérise la scène en question, ceci  vous aidera à l'analyser rapidement pour savoir ce qu'il a lieu de mettre en avant.

En fonction de la réponse à notre interrogation, nous allons décider si le point de vue actuel va nous permettre de réaliser ce cliché correctement ou s’il va falloir se déplacer pour obtenir un meilleur résultat. En effet, concernant les photos de paysage ou les scènes de vie, c’est le déplacement du photographe qui va induire une nouvelle composition. Par contre, dans le cas de la réalisation d’un portrait, le déplacement du sujet suffit à modifier l’arrière plan et de ce fait la composition. Il y a également un élément technique de l’appareil photo qui peut vous aider à changer votre composition ; il porte le nom bizarre de zoom. Il va permettre d’isoler votre sujet principal de la cacophonie ambiante pour le mettre en valeur.

Les photos ci-dessous sont des compositions différentes d’un même lieu (mosquée de Teli au Mali)

Voilà le monument dans son ensemble, mis en valeur par la végétation environnante. 

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En élargissant le  plan, la photo devient un mix de scène de vie et de paysage. La présence de cette Malienne permet au cliché de refléter la quiétude ambiante. Elle va aussi aider à évaluer les dimensions de la mosquée.

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Pour attirer l'attention sur l'architecture de cette superbe mosquée, j'ai utilisé  le zoom

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Poussons un peu le zoom pour une vue de détail architectural.

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Par expérience, le zoom d’un compact numérique doit être d’au moins x5 pour apporter un plus à votre création, comme sur l'exemple ci-dessous, où les 2 photos sont prises du même endroit.

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Vue d'ensemble d'une colline de Nuwara Eliya au Sri Lanka où se côtoient  plantations de thé et  jardins.

Sri_Lanka2

Pour mettre en avant ce jardin fantastique qui avait attiré mon attention, j'ai utilisé le zoom x5 au maximum.

Nous allons maintenant nous placer du côté du lecteur de la photo pour analyser la mécanique de lecture imposée par notre œil.
Tout d’abord, retenez que nous lisons littéralement une photo comme nous lisons un texte. Pour nous, occidentaux, ce sera de gauche à droite et de haut en bas.
Sachez également que l’œil humain a un champ de vision nette très étroit . Pour nous transmettre une image nette dans sa totalité, notre œil va donc la balayer d’un mouvement continu extrêmement rapide. Il ira de gauche à droite et de haut en bas ; ceci est appelée la lecture en Z. C’est pour cette raison qu’une photo au format paysage (horizontale) sera plus reposante à regarder qu’une photo au format portrait (verticale). Notre œil ira plus facilement explorer la profondeur d’un tel cliché.

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Nécropole rupestre de Myra en Turquie.

Myra2

La vue horizontale plus reposante rajoute de la perspective

Pour illustrer le propos suivant, vous pouvez prendre votre appareil en main et ouvrir l’objectif. Que voyez-vous ? Un cadre de visée positionné bien au centre. Ce cadre va vous conditionner et vous faire centrer le sujet principal de vos compositions. Ceci est à éviter au maximum. Ne vous laissez pas influencer de la sorte car vos compositions vont être trop symétriques et de ce fait très statiques. De plus, notre œil (encore lui !) n’aime pas se reposer au centre d’une image. Retenez que ce cadre de visée est destiné à l’autofocus qui va faire la mise au point sur votre sujet principal. Appuyez pour ceci à mi-course sur le déclencheur ; il faut ensuite déplacer l’appareil en maintenant le déclencheur à moitié pour décentrer la composition.

Pecheur1

Le pêcheur d'Ahangama (Sri Lanka) est centré sur ce cliché ; de plus il pose un peu trop...

Pecheur2

Ah ! Voilà de l'action ! Le décalage du pêcheur  apporte  du  dynamisme  à cette photo.

Vous allez me dire, « d’accord pour ne pas centrer, mais alors je le place où, ce sujet qui devient encombrant tout à coup ? »

Et bien ce sont les peintres qui vont répondre à cette question. En effet les peintres de la Renaissance ont déterminé une règle toujours en vigueur aujourd’hui appelée règle des tiers. Pour appliquer cette règle, il faut partager la hauteur et la largeur de votre futur cliché en trois parties égales. Ceci va nous donner 9 rectangles délimités par les bords de la photo et par deux lignes horizontales et deux lignes verticales. Ces lignes sont appelées lignes de force. Avec un peu de chance votre appareil doit avoir une fonction qui permet de faire apparaître ce quadrillage directement sur l’écran, ce qui vous évitera bien des maux de tête à imaginer ces foutues lignes. Voyons ce que ça donne en vrai :


grille_1

Maintenant nous allons nous intéresser à quatre points appelés points forts, qui sont des passages obligés pour l’œil qui examinera cette image. Ces points se situent aux intersections des lignes de force. Ils sont matérialisés en vert sur la figure ci-dessous :

grille_points_1

Voilà, vous avez la réponse pour le placement de votre sujet principal… Il doit être sur un point fort, ou sur deux points forts s’il a des dimensions importantes.

Dans l’exemple ci-dessous, cette charmante indonésienne se retrouve au centre du cliché : nous avons vu qu’il faut éviter ceci. De plus cette composition fait apparaître un sol peu esthétique qui attire méchamment notre œil.   

Indonesienne1

Je me suis donc approché (après avoir constaté que sa serpette n’était pas très affutée, bien sûr !), et je l’ai décentrée vers la droite ; elle se retrouve donc sur deux points forts. Ses mains ne sont pas très loin d’un 3ème point fort, ce qui a pour effet de polariser notre attention sur son activité. Sur cette composition, la portion de terre nue a disparue et ne parasite plus la lecture de cette image.

Indonesienne2


Nous connaissons donc maintenant 4 points très important pour l’œil du lecteur. Il faut savoir également qu’en plus de la lecture en Z, notre œil établit des priorités pour s’arrêter sur un élément plutôt qu’un autre. En premier lieu il va être attiré par l’apparence humaine ou animale, puis il va se concentrer sur le mouvement (une surface d’eau, des nuages, le soleil sont considérés comme en mouvement ) et en dernier ressort notre œil va aller voir tout ce qui est inerte avec une priorité pour les masses importantes. Notre œil va aussi être très attiré par une zone claire, au détriment bien sûr du sujet principal de la photo.

Nous pouvons le constater sur la photo ci-dessous, ou le photographe a pris soin de décentrer le sujet principal, d’enlever de la composition un maximum de sol, mais pas de chance il reste une peau de chèvre très claire qui attire le regard irrésistiblement.

Mali_zone_claire

Nous allons faire une pause pour digérer tout cela. Je vous retrouve demain pour aborder les effets de perspective ; nous parlerons aussi d'harmonie, de lignes froides ou chaudes et utiliserons une technique issue du cinéma pour conserver le regard de nos lecteurs à l'intérieur du cliché. Gardez en mémoire les lignes de force et les points forts qui sont indissociables de la réussite d'une photo. A demain, si vous le voulez bien!

"Une photographie, c'est un arrêt du coeur d'une fraction de seconde."
Pierre Movila