Nous avons vu hier que lorsque nous prenons une photo, nous devons penser aux lecteurs de cette photo, en délivrant un message clair où le sujet principal doit se reconnaitre facilement. L’idéal étant de guider les lecteurs à travers notre composition afin de leur faire découvrir tous les éléments secondaires puis d’arrêter leur regard sur le sujet principal. Pour ceci, nous pouvons nous aider de la perspective qui introduit une troisième dimension à notre image.

Rocher1

Sur cette photo prise au Mali, le sujet principal apparaît seul au centre du cliché ; c’est donc une composition statique et sans relief, parasitée par le petit bout de branche sur la droite (comme vous le voyez ici, les moindres petits détails peuvent gâcher une photo).

Rocher2

Là c’est mieux… Notre œil est introduit dans le cadre par le fruit du baobab placé en haut à gauche ; ensuite, il suit la branche en descendant, puis il explore la perspective ainsi créée et va s’arrêter sur ce joli rocher. Notre œil a été conduit jusqu’au sujet principal de cette photo. Ceci est donc la preuve, s’il en fallait une, que la composition hiérarchise et oriente la vision... Un petit truc en passant : pour obtenir une perspective, il suffit d’inclure un premier plan dans votre composition. En pratique, ce n’est pas toujours évident, bien que souvent il suffise de se déplacer pour mettre la main sur un premier plan intéressant comme sur l’exemple ci-dessous.

Dades1

Cette photo de la vallée du Dades au Maroc est plate ; de plus la ligne marron des collines la coupe en deux, ce qui n’est pas terrible. Le sujet principal n’apparait pas clairement… au fait y en a-t-il seulement un ?

Dades2

En rajoutant un ingrédient, la photo gagne une perspective et un sujet principal clair qui est le bouquet de palmiers ; d’ailleurs celui-ci respecte la règle des tiers, vous vous souvenez ? Du coup, l’Atlas enneigé a perdu le premier rôle, qu’il semblait avoir, sans en avoir vraiment l’étoffe, sur le 1er cliché. Il sert maintenant de toile de fond au bouquet de palmiers et cela lui va très bien. La ligne d’horizon a changé ; il y a maintenant environ 2 tiers de ciel bleu qui font bien ressortir notre bouquet de palmiers.

Cet exemple illustre bien que c’est le photographe qui a la main sur la composition. Pour ceci il doit avoir de l’imagination, de la patience (plusieurs kilomètres séparent les deux photos précédentes). Surtout il ne doit jamais oublier que les différents éléments entrant dans une composition doivent être liés par une réelle harmonie de couleurs, de sujets ou de lignes.

Malienne1

Nous avons ici une belle harmonie de couleur. Pour l’obtenir, j’ai suivi sur quelques dizaines de mètres cette belle malienne jusqu'à avoir un arrière plan digne d’elle. Il m’a fallu également déterminer les éléments qui allaient entrer dans ma composition toujours dans le but de privilégier pour ce cliché l’harmonie de couleur. Il a donc était nécessaire de sortir du cadre tout l’environnement classique au Mali ( quelques dizaines d’autres personnes, les charrettes omniprésentes sur ce marché, les poteaux et fils électriques, les ordures au sol, le sol lui-même, la tenue vestimentaire trop colorée de la belle malienne). J’ai utilisé le zoom pour faire cette photo et obtenir l’effet pressenti dès que j’ai aperçu mon modèle. Sans projet précis concernant la composition de cette photo, elle serait restée ainsi :

Malienne2

Lorsque nous créons une composition, il faut guider l’œil de nos lecteurs et le conserver dans notre cliché jusqu'à l’élément principal. Pour ceci, encore un automatisme de notre œil à connaitre : lorsqu’il aura identifié un visage, il va aller chercher les yeux de ce visage et suivre la direction de ce regard. Par conséquent, il faut éviter que ce regard n'entraine les yeux du lecteur en dehors de notre photo trop rapidement, comme c’est malheureusement le cas dans l’exemple ci-dessous.

singe

Nous éliminons ce risque en demandant au sujet de regarder le photographe. D'accord me direz-vous, mais où va t-on  placer les yeux de notre personnage? 

vache_grille1

Meuh, meuh ! ça c'est pour attirer le regard de 5536.  La réponse est : sur un point fort pardi ! Vous vous rappelez j'espère !

Birmane_fagot

Si vous arrivez à identifier l'oeil  le plus proche de vous, ce sera celui-là qu'il faudra placer sur un point fort.

Si ils sont dans le même plan, plaçons-les tous les deux sur un point fort, comme cela il n’y aura pas de jaloux.

vache_grille

Je remercie 5536 pour sa collaboration à cet article.  Ce fût un sujet très agréable à traire, heu non... je voulais dire à traiter.

Pour les photos de paysage, nous pouvons emprunter une technique utilisée par les cinéastes, pour conserver l’œil du spectateur dans l’image. Sur l’exemple ci-dessous, notre œil entre dans la photo en suivant la ligne du sommet de la colline située à gauche. Il va ensuite voir la montagne en arrière plan centrale, puis, il vient buter sur l’arbre qui borde le coté droit. Celui-ci empêche le regard du lecteur de sortir du cadre. Il va même l’inviter à prendre le chemin formé par les galets pour l’emmener au cœur du sujet principal de cette photo, j’ai nommé le lac. Le fait de placer un sujet en bordure droite du cliché, verrouille celui-ci et permet de renvoyer notre lecteur au centre de la photo.

Lac_Laffrey

Pour mettre en valeur le lac, il a suffit ici de décentrer la ligne d’horizon sur une des lignes de force, pour réserver les deux tiers de la hauteur de la photo à l’étendue d’eau. Retenez qu’il faut éviter de centrer une ligne d’horizon. Vous allez donc favoriser soit le ciel, soit l’eau ; à vous de repérer ce qui sera le plus spectaculaire. Le fait de placer la ligne d’horizon sur une ligne de force va vous aider, si vous disposez de la visualisation du quadrillage bien sûr, a obtenir un horizon horizontal. Ce qui est loin d’être facile. Il faudra quand même bien tenir votre appareil au moment d’appuyer sur le déclencheur car c’est à ce moment-là que l’horizon va prendre de la gîte, comme on dit dans la marine, et pencher méchamment à droite. Bon vous allez me dire que vous avez un logiciel de retouche pour arranger cela, oui mais c’est quand même mieux de livrer une photo prête a scrapper n’est-ce pas ?

Nous allons maintenant revenir sur un point important. Nous avons vu dans l’exemple de la nécropole de Myra en Turquie qu’une photo horizontale était plus reposante pour l’œil du lecteur qu’une photo verticale. Ceci est valable aussi pour les éléments de la composition. Des lignes horizontales sont interprétées comme étant froides, elles inspirent le calme, le repos, la paix. Quant aux lignes verticales qui sont des lignes chaudes, elles sont synonymes d’ascension, d’aspiration. Tout ceci pour dire qu’il n’est pas interdit de faire des photos verticales, bien au contraire. C’est le sujet principal qui va influencer votre choix.

Pont_U_Bein

Pont U Bein d'Amarapura en Birmanie

Je vous l’accorde sur cet exemple, j’ai poussé le chauffage à fond volontairement (lignes chaudes + couleurs chaudes)

Il est même possible de mixer des lignes verticales à un plan horizontal comme sur la photo ci-dessous :

Temple_Birmanie

Temple à Bagan en Birmanie

Nous pouvons également nous servir des lignes verticales pour créer une perspective qui va conduire notre œil loin à l’intérieur de la photo, jusqu'à ce minaret de Tetouan au Maroc par exemple. Ici, l’œil du lecteur est bien encadré par les palmiers qui bordent cette allée ; il ne peut donc s’échapper du cadre... et hop un lecteur de piégé !

Tetouan

Puisque nous parlons de perspective, il faut savoir qu’en plus des formats portrait et paysage, nous pouvons aussi utiliser les diagonales de la photo pour accentuer cette perspective.

Epices

Epices au bazar égyptien d'Istambul

J’ai ici utilisé la diagonale la plus harmonieuse, qui relie le coin inférieur gauche au coin supérieur droit du cadre. Il est donc possible de créer une troisième dimension qui va donner du relief à un sujet inerte.

Hierapolis

A Hiérapolis (Turquie) la diagonale descendante du coin supérieur gauche au coin inférieur droit est une ligne puissante qui entraine malheureusement le regard du lecteur en dehors de l’image. A éviter donc !

Vous savez maintenant que notre œil a des automatismes qui lui sont propres. La connaissance de ceux-ci va nous permettre de diriger le regard de nos lecteurs où bon nous semble. Bien sûr, il faudra d’abord déterminer ce que nous souhaitons mettre en avant sur un cliché. En tant que scrappeuses, vous pouvez même anticiper votre page future en jouant sur la composition de la photo qui, à ce moment-là, pourra même s’affranchir des règles un peu rigides que nous venons d’évoquer.

Lorsque vous tenez un sujet qui a du corps, n’hésitez pas à varier les prises de vues : vue d’ensemble, vue rapprochée, détails. Toutes ces compositions différentes vous permettront d’avoir des photos homogènes qui pourront vous servir à élaborer un mini-album. N’oubliez pas la troisième dimension d’un cliché : celle-ci peut naître de la perspective ou être apportée par une atmosphère ou une émotion qu’il vous faudra saisir.

Vous allez pouvoir passer à la mise en scène de vos photos ; vous constaterez qu’il n’est pas toujours possible de mettre en application tout ceci ! A vous de faire au mieux. Une fois la photo réalisée, servez-vous de la théorie pour analyser votre composition. Cela vous aidera à gagner du temps pour la prochaine séance car c’est votre rapidité d’action qui va permettre de capturer l’instant fugitif où toutes les conditions sont réunies pour la PHOTO.

"La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard."
John Steward Mill