02 mars 2008
Ce jour-là
Je vous propose aujourd'hui un nouveau texte écrit par ma Maman (je sais que certaines d'entre vous en sont friandes !). Bonne lecture !!
Ce jour-là, lundi 12 Juin, était jour d’examen du Certificat d’ Etudes au chef-lieu de canton voisin. C’était un grand jour pour tous ; pour les élèves, pour leurs parents et bien sûr pour les instituteurs qui étaient jugés sur le taux de réussite de leurs élèves. Mon père, maître d’une classe de fin d’études dans un village du canton voisin, avait été convoqué pour faire partie du jury de correction de l’examen. Il aimait ces journées de Certificat, mon père ! Il pouvait comparer le niveau de ses élèves à celui de ceux dont il corrigeait les copies, il côtoyait l’Inspecteur, le Maire, il rencontrait les collègues…Mais par-dessus tout, il aimait la fin de la journée, après l’annonce des résultats, lorsque les correcteurs, les instituteurs du canton concerné, les édiles municipaux se retrouvaient pour arroser dignement le bon travail effectué. Malheureusement, mon père ne savait pas s’arrêter quand il était « en goguette » ! Et les arrosages se prolongeaient parfois très tard dans la soirée.
Ce jour là, ma mère était à l’appartement de l’école ; elle était en congé de maternité ; sa grossesse était à terme. Elle avait passé une journée tranquille avec la « Petite Mémé », la grand-mère de mon père qui vivait alors avec eux. L’accouchement était prévu à la maternité, à une trentaine de kilomètres du village. C’est vers la fin de la journée qu’elle ressentit les premières contractions. La Petite Mémé commença à s’inquiéter : « Et Henri qui n’est pas là…Mais que fait-il donc au lieu de rentrer auprès de son épouse ? … » Au fur et à mesure que le temps passait, l’angoisse et la colère montaient chez la Petite Mémé qui voyait bien que les choses se précisaient .Elle arpentait la cuisine, sortait sur le pas de la porte, scrutait la nuit. Tout à coup, un bruit de moteur. Enfin, IL arrivait au volant de sa Citroën Rosalie. Dès son entrée dans l’appartement, il fut accueilli par les reproches véhéments de sa grand-mère. « Ce n’est pas possible ! Rentrer saoul à des heures pareilles ! Et Paulette qui va accoucher ! Il faut l’emmener à l’hôpital ! Et dans quel état ! C’est une honte ! » Mon père, hautain et indifférent , comme un homme qui a trop bu sait l’être, traversa la pièce sans mot dire, persuadé, dans sa cervelle embrumée par les vapeurs d’alcool, que sa grand-mère voulait le culpabiliser mais que tout allait bien. Il s’étendit sur le lit et s’endormit comme une masse sans plus d’états d’âme.
Le lendemain matin, mardi 13 Juin, la sonnerie du réveil le tira de son sommeil de plomb. Immédiatement, il remarqua très surpris, que sa femme n’était pas allongée près de lui. Il se dirigea vers la cuisine où se trouvait déjà la Petite Mémé, digne et sévère, l’œil réprobateur. En pleine nuit, elle avait dû aller chercher Joseph, le voisin, qui avait emmené ma mère à la maternité ! « Quelle humiliation de devoir demander de l’aide dans des moments pareils ! Les commérages vont aller bon train dans le village ! » La Petite Mémé ne pardonnait pas l’irresponsabilité de son petit-fils. Mon père, à la fois honteux, penaud et inquiet, reprit la Rosalie et se précipita à l’hôpital. Quand il entra dans la chambre, il vit tout de suite le berceau tout près du lit où sa femme se reposait.
Ce jour-là, à 7 heures du matin, j’étais née.


























