Afin de répondre aux nombreuses questions suscitées par l'article consacré aux dernières photos (réussies pour une fois !) de notre Djembé (à voir ou revoir ICI), mon photographe préféré vous a concocté un article au sujet de la correction d'exposition. Ne partez pas en courant en lisant ce terme barbare ! Son article est très accessible... même moi j'ai tout compris ! C'est pour dire.... Je lui laisse donc avec grand plaisir la parole...

Il était une fois, un chat noir très difficile à photographier, car toujours surexposé...

il était une fois de la blanche neige qui ressortait grisâtre sur le cliché...

Damned ! Quelle mouche a piqué ce fichu appareil photo qui jusque là donnait entière satisfaction ?

Dans un premier temps, évitez de le projeter violemment contre un mur ; cela n'arrangerait pas les choses... Nous allons plutôt examiner ce qu'il se passe dans le cerveau de l'appareil.

Pour ceci, il faut faire un brin de théorie... Rien de bien compliqué, je vous rassure... Allez, c'est parti pour un remue-méninges estival !

Lorsque le déclencheur de notre appareil est enfoncé à mi-course, l'autofocus opère une mise au point et une cellule photo-électrique mesure la quantité de lumière nécessaire à la bonne exposition du sujet photographié. L'appareil, en position automatique, va proposer une combinaison des trois paramètres permettant d'obtenir l'exposition que la cellule lui a indiquée :

- la sensibilité (voir article ICI)

- l'ouverture du diaphragme (situé dans l'objectif, il est constitué de lamelles mobiles qui laissent passer plus ou moins de lumière)

- la vitesse (temps d'ouverture de l'obturateur situé dans l'appareil photo permettant de faire varier la durée d'exposition du capteur à la lumière)

Gardez en mémoire deux informations importantes :

- la cellule de l'appareil mesure la lumière renvoyée par le sujet et non la lumière totale qui éclaire une scène.

- suivant la matière et la dominante claire ou foncée du sujet, son pouvoir de réflexion va varier de manière importante.  Par exemple, un morceau de tissu noir renvoie très peu de lumière (environ 10%) ; c'est pour cela que nous le percevons sombre. A l'inverse, une feuille de papier blanc renvoie 80% de lumière et nous apparait donc claire.

A ce stade de l'enquête, vous pouvez faire le rapprochement entre le chat noir et le morceau de tissu noir et entre la feuille de papier et la blanche neige... Nous avons les pièces à conviction ; il reste à identifier le coupable et à découvrir le mobile...

Afin de poursuivre nos investigations, il nous faut maintenant un petit indice : les cellules photo-électriques de tous les appareils photos sont étalonnées pour mesurer le pouvoir de réflexion d'un sujet moyen. Ce sujet moyen réfléchit 18% de lumière ; ceci correspond au pouvoir de réflexion de la peau humaine d'un européen (et oui, il n'y a qu'à faire un tour sur les blogs de scrap pour s'apercevoir que 95 % des photos ont pour sujet des zhumains).

Maintenant, en recoupant ces renseignements, nous pouvons examiner ce qu'il se passe dans le cas d'une photo de Djembé (c'est le nom de mon chat noir pour les nouveaux arrivants...). La cellule pense se trouver face à un sujet moyen, avec un pouvoir de réflexion de 18 %, qui serait mal éclairé (en effet Djembé ne réfléchit qu'environ 10% de la lumière qui l'éclaire ; pour la cellule, il en manque donc 8%). Elle va alors proposer à l'appareil photo, pour compenser ce manque de lumière, une ouverture de diaphragme plus importante que nécessaire ou un temps d'exposition plus long. La photo résultant de ce couple diaphragme/vitesse va être surexposée.

01

02

03

Djembé se retrouve soit avec des reflets blancs sur ses poils soit carrément avec des poils blancs (comme sur la photo ci-dessus), ce qui n'est pas très esthétique ; tous les maitres esclaves de chats noirs connaissent bien ce problème.

A l'inverse, pour une photo de blanche neige, celle-ci sera considérée par la cellule comme un sujet moyen trop éclairé (la neige reflète environ 80% de lumière). Elle va par conséquent demander à l'appareil photo de réduire fortement la quantité de lumière dirigée vers le capteur. Soit le diaphragme sera trop fermé, soit la vitesse sera trop rapide. La neige va apparaitre grisâtre sur le cliché final, comme dans l'image ci-dessous.

neige1
Et nous voilà obligés d'écrire avant de faire une photo pour que l'on puisse reconnaitre qu'il s'agit de neige... Pfffffffffff...

Voilà, notre enquête touche à sa fin, nous avons trouvé à la fois le coupable (la cellule photo-électrique) et le mobile (compenser la lumière en partant du principe que tous les sujets ont un pouvoir de réflexion de 18%).

Pour éviter toute récidive, nous allons maintenant voir que les fabricants d'appareils photos ont trouvé la parade à ce phénomène. Vous serez heureux(ses) de constater que sur tous les appareils photos (compacts, bridges et reflex) il y a une fonction  qui permet de corriger la surexposition ou la sous-exposition induite par cet étalonnage. Ouf ! Pas besoin de changer d'appareil photo ! Il suffit de se plonger dans la notice de l'actuel. Il existe donc sur votre appareil soit un bouton, soit un menu appelé "compensation d'exposition", repéré par le pictogramme suivant  :  pictogramme

Cette fonction sert aussi dans le cas d'une photo présentant un fort contraste entre le sujet et l'arrière-plan.

Quelques précisions sur ce réglage :

- il agit sur le couple ouverture du diaphragme/vitesse en modifiant un des deux paramètres, ce qui déplace la valeur d'exposition  vers le haut pour surexposer ou vers le bas pour sous-exposer

- il est affublé d'une grandeur pas très conviviale appelée "indice de lumination" notée IL ou en anglais dans le texte EV (exposure value). L'indice de lumination zéro correspond, pour un sensibilité de 100ISO, à une ouverture de diaphragme de F/1 et une vitesse de 1 seconde. Oui, je sais, là c'est un peu plus pointu techniquement mais rassurez-vous, inutile de mémoriser cela pour parvenir à faire une jolie photo de Djembé (ou de Noiraud ou de Félix...). Pour la petite histoire, une scène éclairée par le soleil de midi aura un indice de lumination autour de 10 sur une échelle qui va de -9 à +22. Cet indice détermine la quantité d'éclairement que recevra le capteur ; il regroupe les trois composantes citées au début de l'article (sensibilité, ouverture diaphragme, vitesse).

- la plage de ce réglage varie d'un type d'appareil à l'autre : pour un compact ou un bridge, elle est  généralement de -2 à +2 par rapport à l'indice déterminé par la cellule ; pour mon reflex, cette plage s'étale de -5 à +5.

- la variation de ce réglage est en général d'1/3 d'IL, ce qui suffit à affiner l'exposition.

Bon, vous allez me dire : "c'est bien beau tout ça mais comment obtenir une photo correcte de Djembé éclairé par la lumière du soleil ?". Nous avons vu plus haut, au cours de notre enquête, que la mesure de la cellule allait forcer l'appareil à surexposer Djembé ; pour rétablir la vérité, il faut donc agir dans l'autre sens à l'aide du correcteur d'exposition, c'est-à-dire sous-exposer le cliché. Nous allons par conséquent choisir une valeur négative d'indice de lumination pour assombrir le pelage du félin en question. Comme l'indice de réflexion de Djembé (10%) n'est pas très éloigné de l'indice de réflexion du sujet moyen (18%), on sous-expose d'une valeur comprise ente -1/3 et -1 IL maximum.

Djembe1
Correction d'exposition -2/3

Djembe2
Correction d'exposition -1

Ah ben voilà des photos dignes de mon beau chat noir...

Par contre, dans le cas de la blanche neige, nous avons vu qu'elle réfléchissait 80% de la lumière, pour une mesure  toujours étalonnée à 18% pour la cellule de l'appareil ; il va donc falloir faire une correction plus importante... et dans l'autre sens bien sûr (j'espère qu'il y en a encore quelques-un(e)s qui suivent !). La neige allant apparaitre grise, il faut surexposer le cliché pour retrouver sa blancheur éclatante ; on agira en choisissant une valeur positive élevée d'indice de lumination (réglage de +1 1/3 à +2 IL).

neige2
Sur cette photo, il manque encore un peu de correction pour que la neige soit vraiment blanche... mais c'est déjà mieux que la précédente !

Il ne vous reste maintenant plus qu'à faire un peu de lecture de notice (pas toujours très claire... mais dans ce cas vous connaissez la solution maintenant ! lol) pour localiser la compensation d'exposition sur votre appareil ; ensuite, il faut trouver un chat noir (je rassure les blondes, ça marche aussi sur les chiens ou autres animaux noirs !) pour les travaux pratiques. Notez qu'en ce moment, il est plus facile de trouver un chat noir que de la blanche neige...

PS : Certain(e)s d'entre-vous constateront à la lecture de leur notice que la compensation d'exposition n'agit que dans certains modes de prise de vue. En effet, sur les compacts un peu anciens (achetés depuis plus de 3 jours... lol !) il faut passer en mode semi-automatique priorité ouverture (noté A) ou priorité vitesse (noté S) pour avoir accès à ce réglage. Peut-être verrons-nous dans un prochain article (en avril 2012 !) les subtilités de ces modes semi-automatiques... mais je ne promets rien!