Son fan-club sera content... Nous retrouvons aujourd'hui "Madame Belle Plume" (autrement dit ma maman, pour les nouveaux venus sur mon blog !) avec un court texte rédigé il y a déjà quelques temps dans le cadre de son atelier d'écriture. Il a pour moi une résonance particulière puisque j'y retrouve mes souvenirs d'enfance (tout comme dans le texte concernant le sapin de Pif).
Nous sommes encore dans la période des vacances d'hiver et j'ai donc pensé que c'était le moment idéal pour vous le faire partager

La consigne donnée était d'écrire une  imitation d'un texte de Georges Pérec (tiré d'Espèces d'espaces), avec répétition de ce fameux "il y a" (au sujet duquel on nous faisait la chasse en cours de français !)

 

Nostalgie

Il y a la maison isolée au bout du chemin étroit qui s’étire entre de hauts frênes dénudés. Il y a la neige froide qui crisse sous les pas. Il y a les quelques marches qui conduisent à la porte d’entrée qu’on oublie parfois de fermer à clé. Il ya l’odeur du feu qui flambe dans la cheminée de la pièce principale, les flammes fauves dont le ballet fascine.

Il y a la longue table couverte de sa nappe grenat. Il y a, assis tout autour dans un désordre joyeux, les enfants aux joues rougies par le froid d’un après-midi de ski. Il y a les confitures de l’été, le miel doré, le pot de Nutella et l’odeur appétissante du pain qui grille dans le four. Il y a le canapé rouge sombre, un peu vieillot et défoncé, et le tapis moelleux qui fait oublier le froid glacial du carrelage. Il y a l’imposant bahut en chêne, héritage de temps lointains.

Il y a les larges portes-fenêtres qui s’ouvrent sur un paysage de montagne, blancheur étincelante contre le ciel bleu pur lors des belles journées d’hiver ; brumes accrochées et mouvantes, ouate dense et silencieuse quand le mauvais temps s’invite. Il y a les mésanges charbonnières, habit jaune, calotte noire, qui picorent allègrement la nourriture déposée pour elles sur la rambarde du balcon. Il y a les chevreuils agiles et craintifs que la faim conduit sous les vieux pommiers à la recherche de quelques pommes flétries oubliées.

Il y a quelque chose de tendre et de fragile qui pourrait être du bonheur.

Il y a aujourd’hui dans mon bureau le silence et un peu de nostalgie qui fait courir mes doigts sur le clavier de l’ordinateur.