Place à la plume de ma Maman aujourd'hui, avec un nouveau texte rédigé dans le cadre de son atelier d'écriture. Les contraintes de l'exercice étaient de placer la phrase suivante dans le texte : le paysage est superbe ; je dois prendre le temps de l’admirer. Et le titre était à choisir parmi une liste ("prière de fermer la porte", "interdiction de marcher sur les pelouses", etc....)

Vitesse limitée

5h30. L’alarme du téléphone me sort brutalement de mon sommeil. Tout me revient en tête comme un ouragan : mais oui ! C’est aujourd’hui le jour J ! Il faut que je me dépêche ! Je cours sous la douche ; pas le temps de me maquiller ; j’enfile mes vêtements tout prêts sur la chaise ; la machine à café gargouille déjà ; j’avale en vitesse deux tartines ; j’attrape ma valise remplie depuis deux jours ; un tour de clef ; me voilà dans la voiture.
La nuit s’estompe à peine. Je roule dans un petit jour gris. Je n’ai qu’une idée en tête : surtout ne pas être en retard…Je tiens le pied fermement appuyé sur l’accélérateur et je poursuis ma route dans un décor monotone et sans couleur.
Soudain, sans que je l’aie pressenti, le soleil arrive en rampant. Il fait exploser la grisaille. Le ciel se teinte de rose et de bleu tendres. La campagne environnante est repeinte dans une palette de tons multiples. Le paysage est superbe ; je dois prendre le temps de l’admirer.  Je me gare sur le bas côté. L’ombre est encore tapie dans les creux et je ne parviens pas à discerner correctement les habitations, les arbres, les champs. Mais au fur et à mesure que les rayons du soleil viennent les caresser, on dirait qu’une fée bienveillante transforme le plomb en or d’un coup de baguette magique. Je suis envoûtée. Depuis quand n’ai-je pas assisté à un lever de soleil ? Ou plutôt depuis quand n’ai-je pas pris le temps de le faire ? Je me sens envahie par une grande douceur, une impression de plénitude. Je reste là….Combien de temps ? Quand je regarde ma montre, enfin, il est trop tard ! C’est raté !
Furieuse de m’être laissé émouvoir aussi facilement, je remonte dans ma voiture et fais demi-tour pour rentrer chez moi. Machinalement je mets la radio. Flash spécial : «  l’avion Lyon-Dublin vient de s’écraser peu après son décollage. Il y avait 176 (moins une) personnes à bord. ».

Edit à 8h : cet article était programmé avant la triste actualité... Sinistre coïncidence !