Après la découverte des jardins flottants la semaine dernière, nous retournons sur le lac Inle pour en apprendre un peu plus sur les pêcheurs et leurs techniques traditionnelles.
Les Inthas ont mis au point une manière de ramer particulière, debout, avec un seul pied, ce qui leur permet de voir dans la profondeur du lac et d'utiliser leurs mains pour pêcher. Cette méthode est essentiellement utilisée par les hommes. Les femmes, quant à elles rament en position assise, de façon beaucoup plus classique.
Les Inthas utilisent des barques en teck qui depuis peu sont équipées de moteur pour leur permettre de rejoindre plus rapidement les lieux de pêche.

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Ils ont également développé des techniques de pêche inédites, en rapport avec les caractéristiques du lac. La plus ancienne, qui est en train de disparaître (nous avons vu tout au plus une dizaine de ces pêcheurs sur le lac), utilise un filet en coton. Ce filet est tendu sur une armature en bambou conique ; l'ensemble est appelé "saung". Cette méthode de pêche nécessite de repérer visuellement le poisson avant de plonger le filet pour le cerner, puis le harponner à l'aide d'une perche terminée par un trident. Cette technique, très photogénique, ne permet malheureusement pas de capturer beaucoup de poissons, d'autant plus qu'elle est spécifique aux gros poissons nageant en eau très claire. Cette tradition est en train de disparaître pour deux raisons principales : l'eau du lac est de plus en plus trouble à cause du brassage provoqué par les bateaux transportant les touristes. Par ailleurs, les poissons n'ont plus le temps de grossir car ils sont capturés avant par les pêcheurs de plus en plus nombreux.

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Elle est depuis quelques temps remplacée par la mise en place de grands filets en matière synthétique. Les pêcheurs donnent ensuite des coups de rames sur la surface de l'eau afin d'effrayer le poisson et de le chasser en direction des filets, où les prises sont beaucoup plus importantes.
Les pêcheurs utilisent leurs deux mains pour faire glisser le filet au fond de l'eau tout en ramant avec une jambe. Ils sont donc en équilibre sur une seule jambe durant toute cette opération et la vision de cette technique de pêche s'apparente à un ballet.

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Une troisième technique, utilisée malheureusement dans de nombreux pays, mais interdite en Birmanie, est pratiquée la nuit (quand tous les chats sont gris !). Il s'agit de la pêche à l'aide d'un courant électrique, en provenance d'une batterie, appelée électro-pêche. Le champ électrique choque les poissons qui se laissent remonter à la surface et sont capturés à l'aide d'épuisettes. Bien entendu, cette méthode très efficace fait des dégâts considérables, y compris parmi les poissons non capturés qui en gardent des séquelles.
Enfin, il existe aussi une technique à base de nasses immergées durant une journée entière, qui permet de capturer des crevettes. 

Au fil du temps, comme pour la production de tomates des jardins flottants, les Inthas ont élargi le cercle de commercialisation du poisson issu du lac qui à l'origine était destiné uniquement à l'alimentation des populations vivant sur celui-ci. L'apparition de grossistes qui alimentent les grandes villes de la région a fait augmenter la demande. Pour y répondre, de plus en plus d'Inthas se mettent à pêcher sans prendre en compte les ressources du lac déjà impactées par la pollution. Ce nombre de pêcheurs en constante augmentation, participe à la disparition de certaines espèces de poissons, notamment les espèces endémiques, et à  la baisse des prises. Depuis notre dernier passage ici il y a dix ans, le nombre de pêcheurs a doublé et le résultat de leur pêche a diminué de moitié. Pour compenser cela, une nouvelle espèce a été introduite récemment : le tilapia, qui se reproduit plus rapidement mais qui risque de bouleverser la biodiversité  du lac. Les pêcheurs, pour garder un revenu permettant de faire vivre leur famille, sont contraints d'augmenter la durée de leur journée de travail qui est passée à 16h ! C'est ainsi que le cercle vicieux qui va entraîner la disparition des poissons dans le lac Inlé est bouclé... 

Pour le folklore, afin d'attirer les touristes en leur faisant croire que la pêche traditionnelle est toujours utilisée, les organismes de tourisme ont incité certains pêcheurs à se placer à des endroits stratégiques du lac (à la sortie du chenal de Nyaungshwe) pour poser dans des positions qui s'éloignent de plus en plus de la technique ancestrale, tout cela en échange (évidemment !) d'un pourboire ! Les clichés sont certes esthétiques (et beaucoup plus faciles à réaliser) mais n'ont plus rien d'authentiques. 

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Lors du prochain reportage, nous vous emmènerons  au marché. Vous pourrez ainsi voir quelques-unes des différentes  espèces  de poissons du lac Inle  (environ une trentaine dont cinq sont endémiques), la plus emblématique étant une variété de carpe.