21 juin 2007
La vogue au village
La plume de ma Maman, associée aux croquis de mon grand-père... voilà de quoi vous régaler (enfin, du moins j'espère !).
"Avec les beaux jours arrive la saison des vogues de village.
Lorsque j’étais jeune, la vogue était organisée par les « conscrits », ou la « classe », c'est-à-dire tous les jeunes gens du même âge, l’année qui précédait leur départ au service militaire, obligatoire à cette époque . Ils avaient donc dix-neuf ans. Mon village était si peu peuplé que pour étoffer le groupe des conscrits, on accueillait aussi les « sous-conscrits », âgés de dix-huit ans et toutes les filles du même âge
La semaine qui précédait le premier dimanche d’Août, jour traditionnel de la vogue, la place du village changeait d’aspect. Quelques roulottes de forains venaient s’installer à l’ombre des platanes. Arrivaient peu après les camions chargés du matériel nécessaire au montage des attractions…Dans un si petit village la fête était modeste mais il y avait toujours le stand de tir et le manège enfantin . Le stand de tir avait un immense succès auprès des jeunes hommes qui aimaient prouver leur adresse mais qui étaient fiers, surtout, de « tirer » la magnifique poupée à offrir à leur petite amie. Je n’ai jamais beaucoup aimé le stand de tir et je ne m’y suis jamais essayée malgré de multiples sollicitations.
Ce que j’aimais, moi, c’étaient les autos tamponneuses ! Elles venaient bien rarement au village . Chaque année quand je voyais arriver les forains j’avais le grand espoir que les autos tamponneuses seraient là tant je me plaisais sur cette attraction . D’abord, il y avait l’excitation de la conduite de ces petits véhicules maniables ; mais surtout j’aimais ce jeu où le plus amusant était d’essayer de bousculer l’autre sans se faire bousculer soi-même…Evidemment, c’était une occasion pour se faire inviter sur une voiture par un « soupirant » ou pour attirer l’attention d’un jeune garçon qui nous plaisait !
Une fois, une seule, est venu s’installer un manège de « pousse-pousse ». J’étais trop jeune cette année-là pour être admise sur ce manège dangereux ; mais quel spectacle de regarder ces petites nacelles voler au bout de leurs chaînes ! Les jeunes gens essayaient d’attraper les chaînes de la nacelle qui précédait la leur si c’était une jeune fille qui y était assise….Et les chaînes s’emmêlaient . Les nacelles s’enroulaient puis tournaient à toute vitesse sur elles-mêmes lorsque les chaînes se détortillaient….Les robes légères se soulevaient.. Les jeunes filles poussaient des cris aigus…J’avais envie d’être grande pour m’amuser aussi….
Un emplacement était réservé pour poser le « parquet », le plancher de danse. On amenait devant le parquet un char emprunté à l’un des agriculteurs du village. Le char était décoré de guirlandes bleu-blanc-rouge ( comme les rues du village, d’ailleurs ) ; il était équipé d’un éclairage de fortune. C’est là que le dimanche venu l’orchestre s’installait. Des tables et des chaises disposées tout autour du parquet recevaient les familles qui se trouvaient ainsi aux premières loges, soit pour faire une danse, soit pour observer les danseurs… C’était chacun son tour !Et les langues allaient bon train parce qu’alors la musique n’était pas assourdissante et on pouvait tranquillement bavarder pendant que la fête battait son plein.
Le matin du grand jour, les conscrits épinglaient sur leur vêtement la grosse cocarde bleu-blanc-rouge , marque de leur appartenance à la « classe ». En chiffres dorés ou argentés, apparaissait sur la cocarde l’année de la « classe ». Ils parcouraient le village pour vendre à chaque famille la traditionnelle brioche des conscrits qui avait été cuite par notre boulanger.
En début d’après-midi, la musique des manèges attirait peu à peu les habitants sur la place. Tout le monde était endimanché. Je me souviens d’une année où la mode pour les jeunes filles était aux jupes larges avec un petit jupon blanc amidonné qui devait dépasser légèrement….Les jeunes des villages voisins arrivaient à la vogue à vélo. Les conscrits proposaient à chacun des arrivants un petit ruban tricolore à agrafer sur la chemise ou le corsage .
Dès que l’orchestre se mettait à jouer, le « parquet » se remplissait. J’adorais danser et peu m’importait le cavalier pourvu qu’il fût bon danseur. Le bal n’était jamais boudé. Dans mon souvenir, il me semble que tout le monde aimait danser : les jeunes, les moins jeunes, les « anciens ». La vogue était un temps très fort de la vie sociale du village où toutes générations confondues on s’amusait de bon cœur. De temps en temps il y avait bien quelques fêtards qui avaient abusé de la bouteille mais je ne me souviens pas que la fête fût jamais gâchée.
Cette vogue existe toujours. Les conscrits , eux, ne sont plus là. Je ne suis pas retournée sur la place le jour de la vogue depuis très longtemps….Comment se passe-t--elle aujourd’hui ? "
14 juin 2007
Galerie de portraits
On retrouve ma Maman et sa jolie plume... pour mon plus grand plaisir (et j'espère le vôtre !). Un souvenir illustré aujourd'hui par un tableau de mon grand-père (malheureusement, ni ma Maman, ni mon frère, ni moi n'avons hérité de son joli coup de pinceau !!!)
"Dans mon petit village, comme sans doute dans tous les villages, il y avait quelques personnages qui sont restés dans ma mémoire. Je les ai vus avec mes yeux d’enfant parfois admiratifs, parfois effrayés, parfois curieux. Souvent je les connaissais peu, je ne savais rien de leur parcours ni de leur vie dans le village. Les « grandes personnes » ne répondaient pas aux questions indiscrètes des enfants et, d’ailleurs, nous le savions et ne les posions pas ces questions. Je me contentais de regarder ces hommes et ces femmes qui vivaient près de nous mais qui, en même temps, semblaient si différents ; et je m’inventais leur histoire.
Il y avait le « Zèf ». Il vivait seul au bas de la route qui monte à l’église. Jamais je ne l’ai vu sans sa pipe entre les dents. Il se déplaçait en claudiquant à cause de son « pilon ». Il avait une jambe de bois et pour moi, le « Zèf » avait dû être un pirate. Je le regardais avec un mélange de frayeur et de curiosité et jamais je ne lui ai adressé la parole. Je n’ai jamais su si sa jambe de bois était la conséquence d’un accident quelconque ou un avatar de la Grande Guerre. Il n’aimait pas beaucoup les enfants et il se plaisait à nous faire fuir quand nous nous approchions trop près de sa cour.
Puis je n’ai pas oublié la « Mère Louis ». Elle aussi vivait en bas de la route qui va à l’église, mais du côté opposé. Elle était « laveuse ». Chaque semaine, elle venait à la maison s’occuper du linge. Lorsque le linge avait bouilli pendant longtemps dans la lessiveuse, elle sortait chaque pièce fumante à l’aide d’un bâton pour la mettre dans une bassine. Une fois la bassine pleine, elle la chargeait sur une brouette, et s’en allait au lavoir pour rincer. Je revois ses mains rouges et gonflées lorsqu’elle revenait à la maison pour étendre la lessive. Sa maison était une des dernières maisons du village à avoir encore un sol en terre battue. J’étais fascinée lorsque je la voyais balayer avec ce qui ressemblait davantage à un fagot qu’à un balai comme ceux que je voyais chez ma mère. Mais elle avait un magnifique jardin qu’elle cultivait avec soin. Outre les légumes habituels de tous les jardins, on y trouvait une profusion de fleurs parmi lesquelles les roses anciennes et parfumées, les phlox, les pivoines, les grosses marguerites, les « désespoirs du peintre »…..C’est là que je venais faire « mon marché » pour la Fête des Mères. Elle qui n’avait plus d’enfants ( sa fille unique était morte jeune et elle fleurissait sa tombe quotidiennement) , elle était heureuse de m’aider à fabriquer mon bouquet.
Je revois aussi « La Bossue ». Cette pauvre femme contrefaite vivait misérablement au bout du village, rejetée par la plupart des villageois. Son crime ? Après quelques années passées à la ville, Lyon en l’occurrence où j’imagine qu’elle avait été placée comme « bonne à tout faire », elle était revenue au village avec un petit garçon qu’elle tentait d’élever seule et sans moyens. Elle se déplaçait toujours discrètement, souriante, effacée, comme une petite souris, essayant d’être le moins visible possible. Heureusement, il y avait quelques bonnes âmes au village et je crois que ce petit garçon qu’on voyait si peu, qui ne partageait jamais les jeux des autres enfants, a toujours eu de quoi manger.
Enfin, il y avait le personnage illustre, le grand écrivain, la gloire du village. Il habitait le château, juste après le cimetière. Chaque jour, il montait la rue principale à pas lents, aidé de sa canne, l’air absent, perdu dans ses pensées. On le saluait respectueusement. Il répondait d’un petit signe de tête, ou il ne répondait pas ; c’était selon. Il entrait à l’église où il priait longuement la Vierge Marie. Les belles journées d’été, il allait au bord du fleuve cueillir une brassée de « cannes d’or » qu’il déposait aux pieds de celle qu’il vénérait. Il avait souvent des visiteurs célèbres : des écrivains, des acteurs que nous regardions de loin, impressionnés. Il s’appelait Paul Claudel."
07 juin 2007
Pensées pour M'Ahmed
Place à ma Maman pour un émouvant souvenir...
"En 1962, petit enfant, il avait quitté l'Algérie avec sa famille et était arrivé dans ma région avec un groupe de harkis. Installés dans un camp, les hommes travaillaient au service de ce qui était autrefois les "Eaux et Forêts".
A la fin des années 60, il est arrivé au collège où j'enseignais. C'était un petit garçon d'une extrême timidité, voire replié sur lui-même... Mais il était avide de connaissances, bosseur acharné, et très rapidement, malgré son mutisme, il se signala parmi les meilleurs élèves de sa classe.
Je me suis attachée à cet enfant et petit à petit sa méfiance (ou sa crainte) s'est fissurée. La confiance s'est installée entre nous... puis plus tard l'amitié. En effet, lorsqu'il fut au lycée, il venait régulièrement me rendre visite. Nous parlions de ses études, de son avenir... Après un bac littéraire brillamment réussi il fut admis en " Khâgne" au lycée Champollion de Grenoble. Il consacrait tout son temps à ses études... Il avait la "rage" de réussir. Ayant peu de moyens financiers, il avait peu de loisirs...
Peu de temps avant le concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure, une belle journée de printemps, ses camarades organisèrent une promenade en montagne. Il n'avait pas l'habitude de sortir en groupe mais ses camarades insistèrent :"ça te fera du bien de t'oxygéner juste avant le concours... Il faut te détendre un peu..." Arguments imparables : il accepta. Mais il n'était pas un montagnard... et de surcroît, il était mal équipé. La rumeur dit qu'il était en chaussures de ville... Sur le sentier de Chamechaude, son pied glissa... Il roula dans le pierrier... Sa tête heurta violemment un rocher... Sa vie se brisa là. Il s'appelait M'Ahmed. Il avait 20 ans.
En Octobre dernier, pour la première fois depuis l’accident, je suis "remontée" à Chamechaude. Son souvenir m'a accompagnée tout le long du sentier. Finalement, je ne savais rien des circonstances exactes de ce drame. A chaque pierrier malcommode, à chaque passage un peu délicat, je me disais: "est-ce ici ou là ?". Quand je suis arrivée au sommet, J'ai découvert le spectacle grandiose et inoubliable qui s'offre aux yeux du randonneur... Et là-haut, je me suis dit : " Pourvu, mais pourvu, qu'il ait perdu la vie en redescendant...."
Il avait été arraché à son pays tout petit sans l'avoir voulu... Il s'était battu, avec toujours la volonté de s'en sortir vissée au coeur, pendant toute sa jeunesse difficile... Et sa vie pleine de promesses s'est arrêtée sur les flancs d'un des plus beaux sommets de notre région...
Le destin n'est-il pas déroutant et cruel parfois? "
22 mai 2007
A l'école
Je laisse la parole (ou plutôt la plume..) à ma Maman pour un de ses jolis souvenirs d'enfance... Et j'en profite pour la remercier de jouer le jeu et de me confier ses textes que je savoure toujours avec beaucoup de plaisir... Si vous aussi vous prenez du plaisir à la lire, laissez-lui un petit mot (je sais qu'elle lit avec beaucoup d'attention vos commentaires... et qu'elle les apprécie !).
"Dans le petit village de mon enfance , l’école ne comptait que deux classes : la classe des « petits » dont la maîtresse était ma mère, et la classe des « grands », du CM1 à la classe fin d’études, dirigée par mon père.
Chez les « grands », le maître était sévère et exigeant. Pendant les leçons, on entendait une mouche voler. Mais ce maître était passionné par son métier. Il s’impliquait dans des méthodes pédagogiques nouvelles. Il était persuadé que l’école est le lieu privilégié pour apprendre les valeurs de respect, de démocratie, de justice. Il pensait qu’il faut donner aux enfants le sens du travail en équipe, de la collaboration, qu’il faut leur apprendre à être autonomes, à s’organiser.
Il s’était engagé dans la pédagogie Freinet et entre autres outils, il avait installé dans la classe une imprimerie.Quelle merveille et quelle joie ! Nous rédigions un journal : « Le Petit Magnaud » ( en patois dauphinois, un magnaud est un paysan ). Nous racontions la vie de l’école, du village…A tour de rôle, par petits groupes, nous avions la responsabilité de construire les textes rédigés par les élèves, à l’aide des petits caractères mobiles….Quel travail délicat et toute une technique ! Nous saisissions les petits caractères à l’aide de pincettes…Chaque ligne se composait comme dans un miroir , les erreurs étaient fréquentes et il fallait bien être plusieurs pour vérifier chaque mot ! Quand la page était prête, nous la placions sur la presse que nous encrions et, manuellement , car c’était une toute petite imprimerie, nous imprimions les pages qui allaient constituer notre journal. Ce journal distribué au village était aussi échangé avec d’autres écoles de France qui pratiquaient cette même méthode. Pour nous, petits villageois de la fin des années 40 qui ne sortions jamais de notre village, c’était une ouverture incomparable sur le monde ! Nous recevions des journaux d’enfants qui vivaient au bord de la mer ou dans de grandes villes . Parallèlement, nous établissions des correspondances individuelles avec certaines de ces classes et je suis longtemps restée en contact avec Annick qui vivait dans le Maine et Loire près de Doué-la-Fontaine…
Tout cela se passait il y a presque soixante ans et je réalise que d’une certaine manière, nous étions des écoliers heureux. Lorsque j’ai rendu visite à « mon » école au Sénégal en Décembre dernier j’ai éprouvé un choc. Les enfants qui étaient là se trouvaient dans des conditions de scolarisation bien plus précaires que celles que j’avais connues il y a soixante ans ! Quand j’ai pénétré dans « ma » classe de CE1, j’ai été accueillie par 70 enfants assis par trois ou quatre devant des pupitres de bois. Le local est un bloc de moellons sans enduit ni peinture.Les moellons sont souvent mal joints. Pas de plafond, juste le toit de tôle, mal joint lui aussi, à tel point que simplement la condensation le matin fait tomber des gouttes d’eau sur les cahiers…On imagine ce qu’il se passe à la saison des pluies ! Il n’y a pas d’électricité donc aucun appareil comme une télévision ou un lecteur de CD. Les murs de moellons sont nus, parfois une affiche publicitaire ou un maigre dessin ( ils manquent cruellement de papier ). Simplement un grand tableau ( disons plutôt une planche ) est plaqué contre le mur qui fait face aux enfants. Ce tableau est d’une extrême utilité car les enfants n’ont pas de livres et Fatoumata la maîtresse écrit tout au tableau : les phrases de lecture, les exercices de calcul, les leçons de choses ou d’histoire…tout. Sur le bureau de la maîtresse sont empilés les 70 cahiers qu’elle a préparés la veille pour les lignes d’écriture. Ce sont de tout petits cahiers, très minces qui ne ressemblent en rien aux cahiers utilisés dans nos écoles. Ce peu de matériel personnel à chaque enfant : cahier, crayon, doit être acheté par les parents car les écoles ne reçoivent pas d’argent de l’Etat ou des collectivités locales pour les fournitures. D’autres classes de l’école sont un peu mieux installées dans des locaux mieux finis mais sans plus de matériel pédagogique .
Les enfants que j’y ai vus sont les enfants chanceux puisqu’ils font partie des 57% d’enfants sénégalais scolarisés. Ils m’ont accueillie avec joie et j’ai eu droit à une belle chanson patriotique .Les visages noirs et brillants, les yeux vifs, les vêtements colorés donnaient à ces locaux tristes une note bariolée et joyeuse. Sagement alignés, ils chantaient de bon cœur, ils avaient l’air heureux et je me suis dit que, bien que cette école me paraisse très « rustique », elle a au moins le mérite d’exister et de montrer l’exemple. Elle encourage à apporter de l’aide pour que tous ces enfants trouvent leur chemin dans la vie."
Je vous tansmets ci-dessous un message de ma Maman, suite à vos gentils commentaires et votre volonté d'aider les enfants de cette école au Sénégal :
"On ne peut (ne doit) rien faire directement pour l'école... Il s'agit d'une opération de parrainage par l'intermédiaire d'une association dont voici les coordonnées :
AIDE ET ACTION
53, Bd de Charonne,
PARIS, Cedex 11
Une visite de leur site donnera une idée de leur manière de travailler. Un point extrêmement important, qui a été majeur pour moi dans le choix de cet organisme, c'est que tout leur travail se fait en relation ETROITE avec les "autochtones" . Ils ne sont pas là pour parachuter des aides n'importe où, n'importe comment. Ils interviennent dans des structures existantes, sur des projets précis et évalués. En ce qui concerne "mon" école, le premier projet a porté sur une construction "en dur". Ce projet se poursuit et est accompagné d'un second projet sur la réalisation d'une bibliothèque. Ces projets sont proposés et soutenus par les enseignants et les associations de parents d'élèves. L'organisation ne vient qu'en soutien.
"Mon " école est soutenue par plusieurs parrains mais nous sommes tous tenus informés des réalisations et aussi du travail pédagogique effectué dans l'école. Nous recevons trois courriers par an directement de l'école parrainée. ( coïncidence, j'en ai reçu un aujourd'hui ! )"
08 mai 2007
La "corvée" d'eau
Retrouvons la plume "fleurie" de ma Maman, pour un bien joli souvenir...
"La petite maison africaine sans beaucoup de confort que j’avais louée au Sénégal m’a ramenée plus de cinquante ans en arrière, dans la maison de mes parents. A cette époque-là, comme actuellement encore au Sénégal, l’eau courante n’était pas à la disposition de tous. Chez mes parents, nous avions de la chance puisque nous avions un robinet d’eau courante sur un vieil évier de pierre. Cet évier se trouvait au fond d’une vaste arrière-cuisine sombre, au sol de ciment, glaciale en hiver . Une seule pièce de la maison était chauffée ( la cuisine-pièce de vie) par une cuisinière à bois et charbon (voilà au moins un problème que les Sénégalais n’ont pas : le chauffage de la maison !). Il y avait ,dans cette cuisinière, un réservoir que ma mère tenait toujours soigneusement plein d’eau. L’eau chauffait au contact du foyer et ainsi nous avions de l’eau chaude pour la toilette et pour la vaisselle. C’est par un petit robinet de cuivre, toujours bien astiqué et qui luisait dans notre cuisine sombre, que ma mère tirait l’eau chaude de ce réservoir. Ma chambre, la seule pièce occupée de l’étage, était elle aussi très froide en hiver. L’édredon habillé de coton rouge qui recouvrait mon lit m’était bien nécessaire mais en plus, chaque soir, au moment où j’allais me coucher, ma mère sortait du four de la cuisinière une brique vernissée, toute brûlante. Elle l’enveloppait dans un torchon blanc, m’accompagnait dans ma chambre, ouvrait mon lit, promenait la brique sur les draps gelés et la laissait entre les draps pour qu’une fois allongée je puisse poser les pieds dessus. Quel bien-être, cette brique, avant de m’endormir… ! Mais il fallait l’éviter le matin au réveil car elle était redevenue froide comme… la pierre !
En été, la cuisinière ne fonctionnait pas ; cependant ma mère avait parfois besoin d’eau chaude pour certains travaux ménagers. C’est alors qu’elle m’envoyait avec un seau chez le boulanger, notre voisin. Ne croyez surtout pas que c’était une corvée pour moi, bien au contraire…! Le fournil était situé sur l’arrière de la boulangerie ; j’y accédais par un petit chemin qui longeait le bâtiment, je descendais quelques marches et je découvrais un univers merveilleux… Rien à voir avec les « laboratoires » presque médicaux d’aujourd’hui ! Pas de carreaux de faïence blancs, pas de murs ripolinés, pas d’étagères chromées et brillantes… C’était une petite pièce basse aux murs et au sol bruts, occupée pour une grande part par le pétrin que je trouvais gigantesque. Dans l’angle près du pétrin, les sacs de farine se serraient les uns contre les autres. Le long du mur couraient de larges planches de bois sur lesquelles la pâte à pain reposait dans les moules d’osier.Le four, alimenté par des fagots ronflait.Les flammes jaillissaient vers l’extérieur chaque fois que la porte s’ouvrait et que le boulanger, d’un geste habile, faisait glisser de sa longue pelle le pain sur la semelle du four, ou, lorsqu’à l’aide de cette même pelle, il ramenait le pain cuit pour le déposer sur les grilles. Il y avait là de délicieuses odeurs mélangées de farine, de pain qui lève, de bois qui brûle et surtout de pain frais !! J’aimais voir le boulanger, manches retroussées très haut, les bras dans le pétrin jusqu’au coude, qui brassait la pâte souple, l’étirait en longs rubans, la tapotait…Tout un spectacle envoûtant…
Mais surtout…au fournil, il y avait Louison, le « mitron », le fils du boulanger. C’était mon amoureux. Quand il me voyait entrer avec mon seau il savait que je venais chercher l’eau chaude…Il m’accompagnait alors au-dehors, jusqu’au robinet placé sous le « bouilleur » derrière le four. Nous entamions de longues conversations qui se poursuivaient longtemps après le remplissage du seau…si longtemps qu’il arrivait souvent que l’eau ne soit plus que tiède quand je la rapportais à ma mère….
A N’Gaparou, au Sénégal, je n’ai pas vu d’amoureux autour du robinet sur la place du village, mais j’ai vu des groupes de petites filles, de jeunes filles, de jeunes femmes, et il me semblait bien que venir chercher l’eau n’était pas uniquement une corvée : il y avait beaucoup de bavardages et de rires…"
12 avril 2007
Souvenirs en chansons
Quelques souvenirs de ma Maman, cela vous tente ??? Si vous êtes de ma génération (ou plus jeunes) vous ne connaitrez probablement pas beaucoup des chansons citées mais je suis certaine que, comme moi, vous lirez ce joli texte avec beaucoup d'émotion... C'est parti pour des souvenirs en chansons...
"Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé chanter et j’ai constamment associé des chansons à des évènements marquants de ma vie. Elles jalonnent mes souvenirs depuis ma petite enfance.
Mon premier vrai souvenir en chansons se situe pendant les années de guerre. Les réfugiés venus du Nord de la France s’installent au village. Nous sommes dans le « pré de la commune» l’après-midi ; il y a là des enfants, des jeunes gens… et la chanson de Tino Rossi que nous fredonnons alors me revient en mémoire :
C’est le chant d’un guardian qui s’attarde
Belles filles attendez son retour
Attendez et pourtant prenez garde
Car son chant, c’est celui de l’amour…
Je suis trop jeune : je n’ai pas mesuré la gravité de la situation. Je trouve seulement amusant d’avoir tant de nouveaux amis.
Plus tard, tous les dimanches matins, maman et moi nous écoutons «Le disque des auditeurs» à la radio. Régulièrement, chaque dimanche, nous éprouvons toutes les deux la même émotion pendant que Berthe Sylva chante :
C’est aujourd’hui dimanche,
Tiens ma jolie Maman,
Voici des roses blanches,
Toi qui les aimes tant.
Depuis la disparition de mon jeune frère en 1945, ma mère est plongée dans un profond chagrin. Mais il me semble que ces chansons tristes ou sentimentales de l’époque d’après-guerre lui apportent un petit réconfort.
Nous n’avons pas de tourne-disques à la maison… Nous sommes bien loin de la surconsommation musicale à laquelle on assiste aujourd’hui ! Les chansons ont une longue durée de vie et nous avons tout le temps de les apprendre par cœur et de les chanter sans crainte d’être démodés. Nous achetons des partitions musicales dans les magasins de musique. Ce sont des feuillets doubles avec la photo de l’artiste en première page, la musique et les paroles des chansons à l’intérieur. Nos chanteurs vedettes s’appellent André Claveau, Georges Guétary, Luis Mariano… Nous trouvons aussi dans les « tabacs-presse » de petits livrets avec les paroles des chansons connues.
Tous les étés, les « vogues » s’installent dans les villages. Quelques manèges sont présents : le tir, les chevaux de bois pour les petits, le pousse-pousse ( si dangereux…) et les autos tamponneuses pour les plus grands. Mais moi, ce que j’aime, c’est le bal de la vogue, en plein air, sur un plancher monté exprès. Les musiciens jouent sur un char décoré. Evidemment, il y a surtout l’accordéon… et la « grosse caisse » comme nous appelions la batterie à cette époque !! Les musiciens sont généralement des amateurs de la région mais avec quel entrain ils jouent ! C’est le début des années 50 et je danse sur la chanson d’André Claveau :
Domino, Domino,
Le printemps chante en moi Dominique,
Le soleil s’est fait beau,
J’ai le cœur comme une boîte à musique...
Combien de petites filles se sont prénommées Dominique à la suite de cette chanson ?
Pendant ces années 50, je suis en pension. Le jeudi et le dimanche, l’après-midi, par tous les temps, c’est «promenade» obligatoire. Promenade veut dire des kilomètres à pied sur les routes autour de l’école, en rangs par deux, pendant trois heures. Chanter rend l’effort plus facile et nous avons tout un répertoire de chansons de marche, répertoire qui nous vient essentiellement de nos colonies de vacances d’été. Avez-vous chanté cette chanson d’amitié ?
Ensemble, ensemble, notre devise est dans ce mot
Ensemble, tout semble, plus beau.
Dans mon « pot à souvenirs » offert l’an dernier par ma fille, j’ai trouvé cette question : « quelle est la chanson que tu préfères ? ». Il m’est venu des foules de titres à l’esprit, toutes de belles chansons françaises, de vraies classiques. Et puis, du fond de mon cœur est montée cette chanson bien peu connue que je chantais à deux voix avec ma mère quand je l’aidais dans les travaux ménagers :
Où sont donc les belles filles
Que l’on nomme « fleurs d’ajoncs »…
Dites-moi où les voit-on ?
Dans la ville des meunières
Pont Aven pays d’amour...
C’étaient des moments privilégiés empreints de tendresse et de complicité. Je chante parfois cet air mais il n’y a plus personne pour m’accompagner avec la deuxième voix.
Et aujourd’hui, en écrivant ces quelques mots, il me vient une chanson pour nous tous. On la doit à Jean Ferrat :
Tout ce que j’ai failli perdre
Tout ce qui m’est redonné...
Pouvoir encore partager
Ma jeunesse, mes idées...
Que c’est beau, c’est beau la vie..."
27 mars 2007
Les Guinettes
Place à la jolie plume de ma Maman, aujourd'hui, pour un autre de ses souvenirs d'enfance. Installez-vous confortablement et prenez le temps de lire ce joli texte... sans oublier de lui laisser un petit mot à la fin si vous avez aimé !
Les deux sœurs se prénommaient Thérèse et Alice mais tout le village les surnommait « les Guinettes », déformation amusante et affectueuse de leur patronyme. Leur maison de pierre, longue et basse, était accroupie à l’ombre de l’église à quelques dizaines de mètres de l’école où j’habitais. Sur la façade, on pouvait voir une vieille publicité déjà très rouillée du chocolat Menier. Mais on devinait encore la silhouette d’une petite fille en robe légère, aux longs cheveux, qui semblait s’élancer au-dessus d’une tablette de chocolat….Elle avait de la chance : c’était la guerre , et le chocolat je ne savais pas ce que c’était vraiment : nous n’avions que des barres d’un chocolat « trafiqué ».fourré d’une sorte de crème blanchâtre sucrée…
Les « Guinettes » tenaient l’une des rares boutiques du village. J’étais quotidiennement chargée d’aller faire quelques courses chez les « Guinettes » et j’adorais ça ! Je poussais (difficilement..) la porte de bois vitrée que le temps avait déformée et qui ne joignait pas très bien, et le carillon joyeux s’animait. C’est alors que je pénétrais dans la Caverne d’Ali Baba ! Le magasin des « Guinettes » était un vrai bazar. Un mélange d’odeurs fortes ou doucereuses m’assaillait : odeurs de fruits et de légumes, odeurs de cuir, odeurs de tissus neufs, odeurs acidulées de bonbons, odeurs piquantes de poivre et autres épices…On trouvait de tout chez les « Guinettes ». L’épicerie, bien sûr ; mais la ménagère pouvait y acheter son tablier de satinette, la fermière, la présure pour fabriquer ses fromages, le jardinier, ses graines au printemps et sa paire de sabots, la mère de famille, les pantoufles du bon Docteur Jeva et aussi les galoches….Moi, j’y achetais les grosses fraises en guimauve et pour la Fête des Mères, j’y trouvais de petites fioles de « sent bon », parfums bon marché à la rose, au muguet ou au lilas. Le dimanche après la messe, il y avait quelques « commères » qui se rassemblaient là, et j’étais fascinée lorsque l’Angèle ,la meilleure amie des « Guinettes », endimanchée, enchapeautée, commentait en patois les dernières nouvelles du village…..
Il n’y avait pas de bureau de poste au village. Une toute petite pièce, attenante au magasin, tenait lieu d’agence postale. C’est là que, chaque matin, Lili le facteur venait chercher le courrier qu’il partait distribuer à bicyclette. Peu de gens au village avaient le téléphone. De temps en temps, l’une des « Guinettes » traversait en courant la place de l’église et criait : « Monsieur l’instituteur, vite ! Téléphone ! » Et mon père partait en courant en sens inverse récupérer sa communication. Le téléphone était accroché au mur de la cuisine des « Guinettes »… La discrétion n’était pas de mise ….et souvent les bavardages du dimanche étaient alimentés par les coups de téléphone échangés, les lettres envoyées et reçues et surtout les télégrammes…généralement annonciateurs de nouvelles importantes.
Pendant la guerre, les « Guinettes » avaient choisi le camp de la France libre ; elles étaient de grandes admiratrices du Général de Gaulle. En 1944, mon père abandonna sa classe et partit dans les maquis de l’Ain. Un abandon de poste était une faute grave et ma mère se trouvait exposée à des représailles. Les « Guinettes » nous accueillirent, ma mère, mon frère et moi. C’est pendant cette période-là que je découvris leurs trésors cachés ! Elles conservaient précieusement des produits « d’avant-guerre », des produits devenus introuvables et que je n’avais jamais vus ni goûtés. C’est ainsi que j’ai mangé du chocolat « d’avant-guerre », des gâteaux préparés avec la farine « d’avant-guerre »…Ma mère pouvait boire du « vrai » café….Elles avaient même du cacao « d’avant-guerre » pour les petits déjeuners .Mais par malheur, elles n’avaient que le lait de leurs quelques chèvres et je n’ai jamais pu avaler ce lait de chèvre au goût fort, auquel je n’étais pas habituée !
Les « Guinettes » nous ont quittés depuis plusieurs années. Le petit magasin n’existe plus, l’agence postale non plus. Les habitants du village prennent aujourd’hui leur voiture pour aller faire leurs courses au supermarché du bourg voisin et, comme beaucoup, font la queue au bureau de poste du chef- lieu de canton quand ils veulent envoyer un colis ou une lettre recommandée…Les plus jeunes ne sauront jamais qu’il fut un temps où on aimait bien aller chez les « Guinettes ».
08 mars 2007
Philomène
Vous avez été nombreuses, que ce soit sur le blog ou par mail privé, à me dire combien vous aviez apprécié les souvenirs d'enfance de ma Maman. J'ai bien entendu fait passer le message... et il a été bien reçu !!! Voici donc pour mon plus grand plaisir (et j'espère pour le votre...), un superbe texte très émouvant, une magnifique histoire d'amour, à la lecture de laquelle les larmes me sont montées aux yeux (oui, je sais, je suis une grande sensible sous mes airs de fille "forte" !!!). Inutile de vous dire que ma Maman sera très touchée par les messages que vous aurez la gentillesse de lui laisser (et du coup, peut-être bien que nous aurons droit à un nouveau texte d'ici quelques temps !!!!).
Elle s’appelle Philomène. Elle va dans le village toute de noir vêtue avec sur la tête un petit chapeau rond en équilibre instable, légèrement « de traviole ». Je ne lui connais pas d’autre nom. Quel âge a-t-elle ? Pour une petite fille comme moi, ce n’est pas très important…. J’ai mes jeux, ma vie d’enfant et je sais qu’à quarante ans passés toutes les femmes du village sont enfouies dans le noir, été comme hiver, portant sans cesse le deuil d’un père, d’une mère, d’un parent proche ou éloigné. Philomène habite en bas du village sur le chemin qui mène au Rhône, ce fleuve puissant, capricieux parfois, aimé et craint de tous ses riverains. Elle vit avec son mari dont je n’ai jamais connu le nom. Lui, je ne le vois pas. Il ne sort pas de son « domaine » : les alentours de la maison, le jardin. Tous deux semblent à l’écart de la vie du village. Il faut dire qu’ils n’ont pas d’enfants. A cette époque, ne pas avoir d’enfants est ressenti comme un échec par toute la communauté et Philomène et son mari se sont tout doucement résignés et repliés sur eux-mêmes.
Un jour, comme une traînée de poudre, la nouvelle se répand dans le village : le mari de Philomène est mort. Les grandes étapes de la vie : naissances, mariages, décès, sont intensément vécues par le village entier. Nous ne sommes pas si nombreux : peut-être quatre cents âmes… La coutume veut qu’un membre de chaque famille rende une visite de sympathie à la demeure du défunt. Ma mère est toujours celle qui va porter paroles d’encouragement et de consolation. Donc, elle « descend » chez Philomène. Dès son retour, je lis sur son visage qu’elle est à la fois surprise et admirative. Philomène l’a reçue souriante et sereine.
« Je suis si heureuse qu’il soit parti le premier », lui a-t-elle dit. « Il n’aurait jamais pu supporter vivre seul... Que serait-il devenu sans moi ? Le Bon Dieu a vraiment bien fait les choses et je lui en suis reconnaissante… »
Puis ce sont les funérailles. Philomène est seule derrière le corbillard : elle n’a pas de famille proche. Toute menue dans ses habits noirs, le visage dissimulé derrière le long voile noir que portent les veuves à l’époque, elle marche jusqu ‘au cimetière suivie de nombreux villageois. Comment rentre-t-elle chez elle après la cérémonie ? Quelqu’un de compatissant et de chaleureux l’accompagne-t-il ? Ou bien retrouve-t-elle sa maison vide toute seule, submergée par le chagrin… En tous cas, la petite fille que je suis ne sait rien de tout ça. Ce que j’apprends avec stupeur et horreur, comme le village entier, le lendemain matin, c’est que Philomène a décidé de ne plus vivre et a choisi notre beau Rhône pour y déposer la vie qu’elle ne pouvait plus supporter sans son amour.
Je n’ai jamais oublié Philomène….
Cette photo du Rhône a été prise par ma Maman...
16 février 2007
Souvenirs d'enfance...
Souvenirs d'enfance.. mais pas de mon enfance à moi.. C'est encore ma Maman l'invitée du jour sur mon blog.. ma Maman et sa jolie plume... Allez, je vous laisse savourer (et laissez-lui un petit mot, je suis sûre qu'elle en sera ravie..).
"Finalement, c’est bien agréable de participer au « blogdecath »….et voilà que je joue « l’incrust’ » !!!
Pour tout vous dire, j’ai eu envie de faire un zoom arrière sur la journée du 22 Mai 2006. Et oui ! Souvenez-vous !! C’est le jour où j’ai eu la grande joie de recevoir le « pot aux souvenirs »….Quelle émotion de découvrir ce magnifique cadeau, si original, qui allait me permettre d’aligner jour après jour mes souvenirs….
Depuis, le joli petit carnet décoré s’est bien rempli et bien que j’avais dit que ce que j’écrirais ne serait lu que bien plus tard, j’ai pensé vous faire partager un de ces souvenirs. Je crois que ça fera plaisir à Cath et à Jissébé qui ne manque jamais de venir sur ce blog régulièrement.
Comment je « fonctionne » avec ce matériel à souvenirs ? Je tire une question du pot. Je l’écris en rouge dans le petit carnet. Je me garde bien d’y répondre immédiatement. Je laisse à ma mémoire le temps nécessaire pour rassembler les souvenirs souvent bien enfouis. Quelquefois, il faut une journée, parfois davantage. Quand les souvenirs sont revenus bien vifs, j’écris ce que j’ai à dire en bleu à la suite de la question.
Voilà donc ce que j’ai écrit après une question sur un lieu que j’aimais particulièrement quand j’étais petite..."
On l’appelait « le pré de la commune ». On ne savait pas vraiment ce que celà voulait dire. Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris que cette prairie,entourée de murs de pierres, appartient tout simplement à la commune. On y accède par des escaliers à partir de la place de l’église qui est le point le plus haut.. Elle descend en pente assez rapide jusqu’aux premières maisons du bas du village. Elle est curieusement enclavée en plein centre du village : aucune route carrossable n’y donne accès . C’est un sentier qui, vers le bas, permet de pénétrer sur le « pré de la commune ».Autrefois, les enfants qui allaient à l’école « en haut » et habitaient « en bas », les ménagères qui allaient chercher le pain « en haut », les paroissiens qui se rendaient à la messe dominicale…tous traversaient le « pré de la commune » , raccourci commode entre le haut et le bas . Ainsi, un étroit sentier brun s’était formé entre les deux entrées du pré, et ce petit sentier suivait une trajectoire un peu sinueuse : il faut dire que ça grimpait sec entre le bas et le haut !
Enfant, j’habitais « en haut », sur la place de l’église justement , et le « pré de la commune » faisait partie de ma vie : c’était notre terrain de jeux, à nous tous, les enfants du village ; et pour moi, en plus, c’était un jardin. Un mur de soutènement très haut séparait le pré de la place. C’est au pied de ce mur exposé plein Sud que je cueillais les premières violettes, quelquefois en Février, quand il était clément. Ma mère adorait les fleurs. A cette époque-là nous n’allions pas acheter des bouquets chez le fleuriste. D’ailleurs, il n’y avait pas de fleuriste à plusieurs kilomètres à la ronde. Alors, pour faire plaisir à ma mère, j’étais toujours à l’affût, dans le pré, des premières violettes, des premiers coucous, des premières marguerites…Ces somptueux bouquets de fleurs des champs que j’ai ramassés au Printemps dans l’herbe haute du « pré de la commune » !
Une ou deux fois dans l’hiver, le « pré de la commune » se recouvrait d’une épaisse couche de neige. Plus rien n’était comme d’habitude. Une agitation fébrile s’emparait de nous tous, les enfants…Nous allions pouvoir aller faire de la luge dans le « pré de la commune » ! Plus de jeux dans le pré : les parties de boules de neige, la fabrication du bonhomme traditionnel…tout cela se passait sur la place et dans la cour de l’école. Le pré devait rester intact jusqu’au jour J, le premier jeudi en principe qui suivait la chute de neige…Le grand jour arrivait…Nous n’avions pas d’anoraks ni de bottes fourrées….Seulement nos manteaux de drap, nos pantalons de golf, les chaussettes, l’écharpe et les gants de laine tricotés par nos mères, et les « galoches » que nous portions tous à la fin de la guerre. Mais nous n’avions pas de luges non plus !!! Seulement deux privilégiés au village avaient une luge. Des pères bricoleurs avaient fabriqué eux-mêmes ces luges en bois, lourdes et peu maniables . Toute l’astuce consistait à réussir à obtenir une place pour une descente sur l’une des luges !Que de tractations, de trocs, de promesses, pour avoir le droit de dévaler le « pré de la commune » à toute vitesse et de se retrouver généralement projeté dans la neige à l’arrivée !!En attendant notre tour, nous nous amusions à « faire nos portaits »: bras en croix, nous nous laissions tomber sur le tapis blanc afin d’imprimer la marque de notre corps dans la neige …Nous rentrions à la maison fourbus, gelés, trempés jusqu’aux os…et nous avions droit à une véritable séance de « bouchonnage » !
Chaque fois que je retourne au village, deux ou trois fois l’an, je vais au bout de la place de l’église pour regarder le « pré de la commune ». Il est toujours là, inchangé mais si petit, lui qui me paraissait si vaste dans mon enfance ! Les enfants l’ont déserté et le petit sentier brun a disparu sous les herbes
10 février 2007
Elle ouvre le bal !!!!
Qui mieux que ma très chère Maman pouvait ouvrir le bal des invitations sur mon blog ? J'espère que vous prendrez beaucoup de plaisir à la lire (et je n'en doute pas une seconde... car elle aime écrire et ça se sent !) car vous aurez droit à un deuxième et même un troisième "billet" de sa part durant mes vacances (mais qui ne parleront pas de moi, cette fois !!). Et surtout, n'hésitez pas à lui laisser un petit message car elle a TRES peur que ces jolis textes ne vous plaisent pas...
Et bien voilà, je m'y colle !!! Et ce n'est pas une mince affaire d'intervenir sur « leblogdecath »... Je ne suis ni « srappeuse », ni « bloggeuse »....Mais qu'est-ce que je fais là ? Figurez-vous que j'ai peut-être la meilleure raison du monde d'être là !! Je suis tout simplement la maman de Cath. J'ai trouvé que son idée de donner la parole à ses nombreuses lectrices (dont je suis) est une idée géniale .Je m'y engouffre et comme elle n'est pas là, que c'est un anniversaire important, cette première année du blog, j'ai envie de vous dire "deux ou trois choses que je sais d'elle"...
Son prénom, Catherine, c'est moi qui l'ai choisi puisqu'on doit toujours laisser le dernier mot du choix à la maman....Peut-être y-a-t-il des ondes qui circulent entre la maman et son bébé et qui interviennent dans le choix du prénom ?
Du grec Katharos, il signifie « pur ». Ce prénom riche et puissant éveille de profonds échos dans la sensibilité. Catherine a de l'intuition. Elle a aussi le sens conjoint du mystère et de la réalité. Elle sait mêler la féérie et la conviction.Ses rééquilibrages intérieurs ne vont pas sans à-coups parfois violents et déconcertants, mais son intelligence très analytique et son dynamisme la sauvent toujours.
Elle est la patronne des jeunes filles. Rien qu'à ce titre, elle est assurée d'un renouveau perpétuel.
Les « Catherine » sont de belles jeunes femmes pleines d'élégance et de séduction, femmes de tête et de cœur à la fois.
Pas si mal.... ! Mais comme je suis une passionnée des mots, je me suis amusée à décomposer ce prénom pour voir tout ce qu'il pourra nous révéler sur « notre » Catherine... Soyez indulgent(e)s si ce portrait vous paraît trop complaisant ! C'est une maman qui parle de sa fille !
C comme Caractère- du caractère, elle en a....un caractère bien trempé. Comme Cœur aussi- cœur sur la main, cœur à l'ouvrage, grand cœur, quoi !
A comme Amitié et bien sûr Amour. Avec toute la générosité et la fidélité qui vont avec..
T comme Ténacité et aussi comme Talent- talent pour de nombreuses choses : la cuisine, la décoration et évidemment le scrapbooking !
H comme Humour parce qu'elle en a !!! Mais aussi comme Hyper...Hyper tout ce qu'on veut ! Hyper sympa, hyperactive, hyper mignonne, hyper accueillante......Vous pouvez continuer !
E comme Energie évidemment, et comme Equilibre. Elle est l'Elément central de son foyer où elle conjugue Entente et bonheur.
R comme Rire : il y a beaucoup de gaieté en elle....Et comme Rêve(s) de voyages, de jours heureux , plus les rêves qu'elle éveille en nous avec ses petites merveilles. Et enfin comme Réussite à l'image de mes deux petits-fils.
I comme Intelligence...de l'esprit et du cœur et comme Intuition ( c'est écrit dans l'explication de son prénom !). J'ajoute Imagination et ça se voit quand on se promène dans son blog.
N comme....Ah, c'est difficile parce que le « N », c'est plutôt Négatif, Nul, Noir, et même Néfaste si ce n'est Nostalgique.....Ouf, j'allais manquer « N » comme Nature ! C'est ce qu'elle aime et c'est son choix de vie avec son beau jardin, ses fleurs, les petits oiseaux, les vaches du voisin et même les sangliers qui viennent labourer le terrain sans qu'on leur demande !
E Encore un « E »..ça complique les choses. Pas tant que ça car il nous reste « E » comme Elégance. Elégance extérieure bien sûr, mais aussi cette Elégance du cœur qui fait que pour elle, nous sommes tous des gens importants, pour lesquels elle a toujours des attentions gentilles à maintes occasions, et avec qui elle partage ses passions avec tant d'enthousiasme.
Voilà ma petite contribution à ce blog de Cath...Vous l'aurez compris....c'est un tantinet partial, mais que voulez-vous...Je suis fière d'elle et je l'aime !
(Bon, c'est ma Maman... alors forcément elle n'est pas objective du tout.... ne dit-on pas que l'amour est aveugle ??? Merci Maman pour toutes ces gentillesses... et moi aussi, je t'aime !)






































