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Au fil des siècles, les Inthas ont organisé leur autonomie sur le lac et ses berges. Pour leur alimentation, une partie d'entre eux pratique la pêche. De nombreuses espèces de poissons, dont certaines sont endémiques, vivent dans le lac. Cette activité fera l'objet d'un prochain reportage.
Le riz étant l'aliment de base en Birmanie, présent aux trois repas de la journée, les Inthas ont aménagé des rizières en bord de lac. Sur la terre ferme, ils ont aussi planté des cannes à sucre.

Afin de diversifier leur nourriture, ils ont eu un coup de génie en créant de toutes pièces des jardins flottants qui leurs fournissent des légumes et aussi des fleurs, qui vont servir aux offrandes à Bouddha (cette ethnie, comme la majorité des Birmans, est bouddhiste).

Ils ont également développé un cycle de marchés, dans les différents villages sur et autour du lac, afin de permettre leurs échanges alimentaires avec les ethnies voisines, vivant dans les montagnes qui bordent le lac (nous en reparlerons aussi lors d'un prochain reportage). 

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Nous allons donc aujourd'hui nous intéresser aux jardins flottants qui, comme vous pourrez le constater, présentent deux aspects tout à fait contradictoires.
La base de ces jardins flottants est faite de jacinthes d'eau qui, au fil du temps, s'accumulent en lisière du lac et diminuent peu à peu la surface de celui-ci.

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Leurs racines s'emmêlent jusqu'à avoir environ un mètre de hauteur puis retiennent les sédiments qui vont permettre la culture. Cette base est découpée en bandes d'environ 1,5 m de large, sur une longueur assez impressionnante, elles sont ensuite remorquées vers les jardins flottants.

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Arrivées à destination, elles sont  arrimées à l'aide de nombreux piquets de bambous.

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Bien entendu, les jardins flottants suivent la variation de niveau d'eau du lac. Astucieux, non ?
Une fois arrimée, la bande est désherbée et recouverte d'une couche d'algues récoltées à la surface du lac, prise en sandwich entre deux couches de limon, récupéré au fond du lac.

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Il reste à repiquer les jeunes plants dessus, pour obtenir par exemple des tomates à profusion, qui sont la spécialité d'une vingtaine de villages (90% des jardins produisent de la tomate, les 10% restant sont constitués de concombres, haricots, piments et fleurs).

Allons faire le plein à la station service pour partir visiter ces jardins flottants à bord de notre pirogue.

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La visite des jardins flottants procure un sentiment de zénitude qui pourrait laisser penser que ce mode de culture est totalement bio, alors que paradoxalement nous sommes au coeur de  la culture intensive. Les jardins d'origine servant à nourrir la population du lac ont été progressivement agrandis jusqu'à couvrir 3300 hectares actuellement.

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Pour accroître le rendement (supérieur d'environ 50% à la culture en pleine terre dans le Sud-Est asiatique), les plants de tomates cultivés ne sont pas des variétés anciennes ni même naturelles mais des plants hybrides génétiquement modifiés. Des pesticides et de l'engrais chimique sont utilisés pour les forcer afin d'obtenir deux récoltes annuelles. Ce mode de culture n'ayant pas besoin d'apport d'eau par voie céleste s'affranchit par conséquent de l'alternance de la saison des pluies et de la saison sèche. Ceci permet le ramassage des tomates (plus ou moins mûres... et même vertes !) 8 mois sur 12, ce qui va permettre, après stockage, de les vendre aux cours les plus hauts toute l'année. Lorsque les cours sont élevés, les Inthas accélèrent le mûrissement des tomates ramassées vertes à l'aide de produits chimiques pour obtenir en deux jours des tomates rouges !!!  90 000 tonnes de tomates sont récoltées sur une année et expédiées dans tout le pays. Ceci procure aux Inthas de fortes rentrées d'argent de manière régulière. Cet argent est réinvesti dans le tourisme.  

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Les Inthas, appliquent à la lettre les principes économiques de la mondialisation (privilégier les rentrées d'argent à court terme sans se préoccuper des dégâts collatéraux apportés à la nature). Il en résulte une asphyxie de plus en plus rapide de l'écosystème du lac Inle qui a pourtant permis de subvenir à leurs besoins au cours des siècles passés. Aujourd'hui les scientifiques qui observent la dégradation de l'environnement de cette région tirent la sonnette d'alarme (mais y a-t-il une sonnette au bout du fil ?).
A la pollution agricole locale s'ajoutent les apports d'engrais et de pesticides en provenance des cultures environnantes, puisque la région est totalement exploitée par l'homme (75 % des terres birmanes sont agricoles). Ces polluants sont transportés par les trente rivières qui alimentent le lac et se retrouvent dans les organismes des poissons qui y sont pêchés.
La construction de plus en plus d'hôtels participe à la déforestation  (que l'on peut apercevoir sur la 6ème photo), ce qui augmente l'entrainement de déchets végétaux vers le lac. Ces déchets se transforment en boue et diminuent petit à petit la profondeur de celui-ci.
Le trafic de plus en plus important des pirogues à moteur véhiculant les touristes contribue aussi à la pollution.
La durée de vie du lac est estimée à dix ou vingt ans maximum si la tendance actuelle de la diminution de sa surface se confirme (perte de 33% dans les 70 dernières années) car ceci va augmenter la concentration de polluants de manière exponentielle. 
L'image de carte postale a donc un verso beaucoup moins glamour !!!

Lors du prochain reportage, nous parlerons des différentes techniques de pêche pratiquées sur le lac.