Le blog de Cath

30 juillet 2014

Jardins secrets, la suite de la visite !

Si j'en juge par les commentaires que vous avez gentiment déposés hier (ah, ça fait plaisir ! Je me sens moins seule sur la blogosphère !!!), vous avez apprécié le début de la promenade  dans les charmants Jardins Secrets.... Alors c'est reparti pour la suite (et la fin !) de la visite.

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Depuis cette découverte, nous avons visité deux autres jardins dans des styles différents. Puisque vous semblez apprécier ce genre de balade, nous vous ferons partager ces visites en photos dans les jours semaines qui viennent !

"Le miracle n'est pas de marcher sur l'eau, il est de marcher sur la terre ici et maintenant, et d'apprécier la paix et l'harmonie... ici et maintenant."
Thich Nhat Hanh

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29 juillet 2014

Jardins secrets

En juin dernier, nous avons découvert un très bel endroit, situé tout proche d'Annecy (la question que je me pose est :  comment avons-nous pu NE PAS le découvrir avant ??).
Les Jardins Secrets sont une mosaïque de jardins aux inspirations principalement andalouse et orientale s'étendant sur 7000 m carrés : Jardin des Lyres, Cour des Calades, Jardin Andalou, Loges de la Folie, Jardin Délice... Le visiteur va de découverte en découverte dans ce puzzle géant constitué de patios, galeries, salons, fontaines et bassins et ne sait plus où donner de la tête (et de l'appareil photo pour nous !). La visite de ce lieu empreint de poésie fut un véritable coup de coeur, que j'ai envie de vous faire partager aujourd'hui et demain à travers une sélection (qui s'est avérée très difficile !) de "quelques" clichés que nous avons faits ce jour-là.

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La suite de la balade demain....

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28 juillet 2014

Ne vous fiez pas à son air angélique !

Avec son air (presque !) angélique, on lui donnerait le Bon Dieu sans confession ! Et pourtant, ma "douce" peluche est un "serial killeuse" et je ne compte plus le nombre de musaraignes, mulots et autres souris passés entre ses griffes (et ayant parfois fini dans son estomac !). Voici une double page consacrée à cet adorable "monstre" !!

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Les deux pages séparément

Air-angelique2Sur la photo ci-dessus, on distingue la musaraigne (je vous avais fait partager cette série de clichés ici).

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"La vie ne vaut d'être vécue sans avoir été gourmand de ce qu'elle offre."
Emmanuel Wathelet

 

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25 juillet 2014

Miroir d'eau

J'aime beaucoup cette photo de rizières en eau prise lors de notre trek dans la cordillère philippine. Elle méritait bien une page, que voilà !

Miroir-eauPapiers Lorelai Design - Dies alphabet Toga - Die "zoom" Simply Graphic

"La plus grande victoire c'est la victoire sur soi."
Platon

 

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24 juillet 2014

Mon étole berlingot !

Au départ il y avait ça...

Etole-alpaga

 

40g  d'Alpaga de la Droguerie dans chacun des coloris suivants : Thé rose, Eglantine, Aster, Rose pétale, Pétunia et Cochenille bis.

Après avoir suivi ce tutoriel, j'ai otbenu ça...

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Une étole berlingot toute douce !

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"Je continue à trouver que chaque jour est trop court pour toutes les pensées auxquelles je veux réfléchir, pour toutes les promenades que je veux faire, pour tous les livres que je veux lire et pour tous les amis que je veux voir."
John Burroughs

 

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22 juillet 2014

Et hop, un troisième aperçu de rentrée !!!

Début juillet, je vous parlais de la nouvelle édition de la crop Objectif Scrap que j'organise en octobre prochain "dans mes montagnes". Puisqu'il est désormais terminé, je peux vous montrer un aperçu du projet que j'y proposerai !

Capteur-emotions

Bien qu'il s'agisse d'un atelier sur une demi-journée (l'autre demi-journée étant consacrée à la réalisation d'un album avec Gaëlle), ce mini-pas-mini-du-tout (!!!) vous permettra de loger entre 30 et 35 photos allant jusqu'au format 13 x 18 cm. 

Si vous êtes tentées de nous rejoindre, il reste encore quelques places ! Toutes les infos sont sur l'affiche ci-dessous.

Crop-Objectif-Scrap

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21 juillet 2014

La Dolce Vita selon mon Garf'

Cette semaine, ce n'est pas ma douce peluche qui ouvre le bal mais notre gentil rouquin Garfield, dans son activité favorite. 

Garf-le-bienheureux01Papiers Kaisercraft coll. Hidden Treasures et Carta Bella (papier de fond)- Mot Embelliscrap - Fleurs Prima

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Cette page a été réalisée d'après le sketch suivant

Garf-le-bienheureux-sketch

"La vie n'est pas un problème à résoudre mais une réalité à expérimenter."
Bouddha

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18 juillet 2014

Couleurs d'espoir (4/4)

En ce mois de mars 1954 l’hiver ne veut pas lâcher prise ; il a été particulièrement rigoureux, chacun s’en souviendra longtemps. Aujourd’hui une pluie fine et glaciale noie la campagne normande. C’est jeudi, ça tombe bien, Ashley n’a pas à aller à l’école ; elle pourra rester au chaud près de sa maman et de son petit frère Markus, surtout qu’aujourd’hui est un jour très spécial pour elle. Dommage, sa maman n’est pas de très bonne humeur ; elle déteste la pluie et le froid. Elle vit en Europe depuis dix ans mais elle ne s’est pas habituée à ce climat humide et trop souvent gris. Elle parle souvent de Galton où elle vivait autrefois ; elle raconte à Ashley le soleil chaud, la lumière éclatante, les champs de coton à perte de vue, les grands arbres qui ne perdent jamais leurs feuilles, la vaste maison blanche où vit son grand-père qu’elle n’a jamais rencontré. Elle lui a montré sur une carte d’Amérique où se trouvent la Géorgie et Galton. C’est bien loin, de l’autre côté de l’océan, une terre inconnue et mystérieuse. La petite fille a vu quelques photos aussi : son grand-père John, dans sa manufacture de coton, au milieu de ses ouvriers aux visages si noirs qu’on ne peut pas différencier leurs traits, sa maman jeune fille, très belle dans une robe légère, un grand chapeau sur ses cheveux auburn, qui pose comme une actrice de cinéma sur le perron de sa maison. C’est vrai, elle est belle, sa maman. Ashley aimerait tant lui ressembler ! De longs cheveux roux ondulés, de grands yeux verts lumineux, une peau si claire qu’on la dirait transparente. Mais évidemment, avec un papa noir comme le sien, Ashley ne peut pas avoir le teint pâle !Elle a cependant hérité des beaux yeux verts de sa mère et ses copines à l’école lui disent qu’elle est très jolie. Peut-être… Elle aime écouter les souvenirs de sa maman, souvent nostalgiques. Pourquoi avoir quitté ce pays qu’elle aimait tant, lui a-t-elle un jour demandé. Sa mère lui a expliqué que dans tout le Sud des États-Unis d’Amérique, il existe des lois très injustes qu’on appelle les lois Jim Crow qui interdisent aux gens de couleur d’avoir les mêmes droits que les Blancs. Par exemple, une jeune fille blanche ne peut pas épouser un jeune homme noir et c’est pour cela que ses parents ont dû partir ; ils s’aimaient beaucoup et voulaient se marier. Ashley est stupéfaite et incrédule. Elle admire son père. Comment pouvait-on l’empêcher de vivre la vie qu’il voulait, lui, un héros de l’aviation américaine qui a combattu les nazis et abattu des dizaines d’avions ennemis ? Il est beau et fort, son papa, et il lui raconte des exploits incroyables. Elle aime particulièrement l’histoire de son avion Mustang Darling D abattu par un adversaire allemand ; son père a réussi à sauter en parachute dans une zone montagneuse d’Autriche ; il a été recueilli et caché par des résistants au régime nazi, puis reconduit clandestinement à la frontière italienne par des sentiers de montagne escarpés et dangereux. Ce n’est pas une prouesse à la portée de tout le monde ! Comme il est un pilote remarquable, maintenant, après quelques années passées à Berlin, il est instructeur sur la base aérienne américaine d’Evreux-Fauville où toute la famille est venue le rejoindre.

Sa maman lui a parlé aussi des écoles séparées pour les enfants blancs et les enfants noirs. Si elle vivait à Galton, on dirait d’elle qu’elle est une mulâtre et elle serait obligée d’aller à l’école des enfants noirs. "Mulâtre" !Voilà un mot qu’elle déteste ; elle lui trouve une sonorité horrible. Dans mulâtre, il y a mule : têtu comme une mule, bête comme une mule…et il y a "âtre" comme noirâtre ou verdâtre, ce "âtre" qui enlaidit tout ce qu’il touche. Elle ne veut pas être une mulâtre et elle est soulagée de vivre à Évreux et d’avoir beaucoup de copines à l’école qui ne lui ont jamais dit qu’elle était une mulâtre.

A Galton, ce n’était pas toujours simple. Il y avait des gens très méchants, comme Benny Ross qui était si jaloux de son papa qu’il voulait lui faire du mal. Il y a quelques mois, une lettre de Grand-père leur a appris que Benny Ross avait été élu sheriff de la ville. Sa mère a été très choquée. "Tu vois, Greg, a-t-elle dit, rien ne change. Comment une ville entière peut-elle faire confiance à un voyou comme Benny ?". "Ne sois pas pessimiste, Daisy. Dans sa dernière lettre, Martin est plein d’espoir. Un procès retentissant va se tenir en juillet devant la Cour Suprême des États Unis pour défendre la jeune Linda Brown. Tous nos amis du NAACP sont à peu près certains que la ségrégation sera jugée anticonstitutionnelle à l’école, tu verras. Petit à petit des progrès se font jour." Martin était au Morehouse College d’Atlanta, comme le père d’Ashley. Il défend ardemment les droits des gens de couleur. Ashley trouve rigolo qu’il les appelle « nos frères » quand il parle d’eux dans ses lettres ; c’est peut-être parce qu’il est pasteur.

Aujourd’hui, 18 mars, elle a dix ans et quand la famille sera réunie ce soir, Ashley soufflera ses bougies. Elle est impatiente, presque fébrile. Quel sera son cadeau ? En tous cas, c’est un secret bien gardé. Elle aura aussi un cadeau de chacun de ses grands-parents ; ils n’oublient jamais. Grand-mère Woody n’est pas riche, surtout depuis qu’elle est seule. Grand-père Woody est mort encore jeune mais il avait beaucoup travaillé à la filature de coton, de longues journées d’un travail très dur qui l’a épuisé. Habituellement, Grand-mère tricote pour Ashley des gants, des écharpes, des gilets, rouges de préférence, parce que le rouge porte bonheur, dit-elle, et s’accorde très bien au teint doré de sa petite-fille. Elle pense qu’il fait toujours très froid en Normandie !Grand-père Slater offre des présents qui épatent toutes les copines d’Ashley. Elle se souvient de son émotion l’an dernier quand elle découvrit une petite valise écossaise dans laquelle se trouvait un électrophone !Elle n’en avait vu que sur des catalogues. Pour être sûr qu’elle puisse s’en servir, Grand-père avait joint un disque de Bill Haley and his Comets. Du rock n’roll !Cette nouveauté avait connu un franc succès à Evreux. Ashley et ses amies se trémoussent encore souvent les jeudis après-midi sur la chanson "Crazy man, crazy".

Ce soir, lorsque le gâteau d’anniversaire couronné de dix lumières vacillantes sera posé sur la table devant les yeux pleins d’étoiles d’Ashley, Greg et Daisy, aussi émus que la petite fille, lui tendront une longue enveloppe blanche. "Happy birthday to you, happy birthday to you, Ashley…" Maladroitement, de ses doigts impatients, elle décachètera l’enveloppe, le souffle suspendu, le cœur battant. A l’intérieur, elle découvrira un billet d’avion pour Atlanta où ses grands-parents l’attendent pour les vacances de Pâques qui débutent la semaine prochaine.

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Nous arrivons au terme de cette nouvelle. C'es le moment de laisser un petit mot à l'intention de ma maman si vous avez pris plaisir à la lire tout au long de cette semaine !

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17 juillet 2014

Couleurs d'espoir (3/4)

Le Queen Elizabeth 1 est certainement l’un des transatlantiques les plus prestigieux. Depuis son lancement en 1938 il est admiré pour sa puissance sur l’eau et pour son aménagement intérieur luxueux. Mais Daisy profite peu des avantages du paquebot ; épuisée par les nausées provoquées à la fois par sa grossesse et le balancement régulier du navire, elle passe de longues heures dans son étroite cabine. Lorsqu’elle s’aventure sur l’un des ponts ou dans l’une des immenses salles de restaurant elle est étourdie par les rires, les chants, les jeux des centaines de GI, passagers principaux de cette longue traversée. Il y a cependant un lieu où elle trouve paix et oubli. C’est la salle de cinéma ultra moderne où chaque jour elle peut se laisser emporter dans le tourbillon d’aventures tristes ou merveilleuses qui, pour une ou deux heures, lui font oublier ses soucis. Elle est encore sous le charme du dernier film qu’elle a vu, le destin extraordinaire de Jane Eyre, magnifié par le jeu d’Orson Welles et Joan Fontaine que Daisy admire sans réserve. Après avoir traversé des épreuves douloureuses, la jeune héroïne va enfin voir se réaliser son rêve le plus cher : épouser l’homme qu’elle aime. C’est aussi le rêve de Daisy mais quelles difficultés va-t-elle devoir affronter ? C’est la première fois qu’elle quitte la Géorgie et pour une première fois, c’est un périple d’envergure. Elle part vers un inconnu absolu. Comment va-t-elle s’organiser à son arrivée en Angleterre ? Son père, en même temps que mille conseils, lui a donné plusieurs adresses de personnes avec lesquelles il est en relation pour son commerce du coton. "Tu verras, Daisy, je connais bien David Russell ; tu pourras c ompter sur lui pour te guider et t’aider les premiers temps ; s’il n’est pas disponible tu pourras aussi faire confiance à Tony White et à George Sutton et à..." Daisy a juste fait semblant d’écouter ; elle n’ira voir ni les uns ni les autres. Elle devra se débrouiller seule ; son père ne doit rien savoir des causes réelles de son exil et elle s’apprête à faire face courageusement à cette période de sa vie. Elle a écrit à Greg à sa base de Tuskegee. Elle lui a annoncé son départ pour l’Angleterre mais ne lui a pas encore dit qu’il sera papa au mois de mars prochain. Elle attend d’être installée dans sa nouvelle vie. Il pourra alors lui écrire et ils envisageront ensemble un futur qu’elle espère aussi rose que les « happy ends » des films dont elle se délecte. Elle n’a pas perdu ses rêves de jeune fille romantique et dans le secret de sa cabine, elle est Vivien Leigh dans les bras d’un Greg-Clark Gable pour un long baiser passionné.

Tout à coup, elle perçoit dans le paquebot une agitation plus intense encore que d’ordinaire : des acclamations, des rires, une excitation générale qui la font se précipiter dans la coursive. "On arrive ! On arrive !Bonjour l’Angleterre !" Les passagers sont agglutinés sur tous les ponts, gesticulent en montrant du doigt une lointaine masse illisible. Ces formesindéfinissables noyées dans une grisaille infiniment triste seraient donc le port et la ville de Southampton ? Un nœud d’angoisse se forme dans la poitrine de Daisy. C’est septembre et la ville est déjà enveloppée de ce brouillard sinistre ? Comment vivre dans un univers morne et sans relief quand on est habitué à la lumière éclatante du soleil de Géorgie ? Une main froide serre le cœur de la jeune femme. Le plus difficile est sans doute à venir.

Greg s’est muni de son équipement de pilote de chasse : la veste et le casque de cuir, les larges lunettes, les écouteurs, le masque à oxygène indispensable pour voler aux altitudes où son Mustang peut l’emmener et, bien sûr, le parachute, son assurance-vie. Il s’installe dans  l’étroit habitacle de son avion. Il va enfin réaliser son rêve : participer à un vrai combat aérien. Longtemps il a pensé qu’il ne verrait jamais ce jour arriver. Tout au long de sa formation à Tuskegee, il avait senti que ses supérieurs dans l’Armée ne croyaient pas du tout en la capacité des Noirs à piloter un avion. Ils ne furent d’ailleurs guère plus de la moitié de leur promotion à être choisis pour partir en renfort en Europe. Dés son arrivée sur la base de Ramitelli sur les bords de l’Adriatique en Italie, il y a deux semaines, Greg avait pris en mains son propre P51 de l’Armée de l’Air. Comme c’était la tradition, il lui avait donné un nom ; il l’avait appelé "Darling D.". Daisy est toujours présente dans le cœur et les pensées de Greg ; Daisy, courageuse, qui a quitté la Géorgie et sa riche famille pour mettre au monde leur petite fille à Londres ; Daisy, déterminée, qui a trouvé un emploi dans une société d’import-export ; Daisy, fidèle à leur amour, qui lui écrit régulièrement de longues lettres détaillées pour lui raconter leur bébé, leur vie future ensemble et lui dire et lui redire à quel point elle l’aime. Il attend impatiemment sa prochaine permission qui lui permettra de la retrouver pour quelques jours et de connaître enfin leur petite fille. Elle a juste quatre mois aujourd’hui, ce 18 juillet 1944, où Greg avec soixante-cinq autres pilotes de Mustang P51 va pour la première fois escorter des bombardiers B17 vers leur objectif : une base aérienne en Autriche. Chaque bombardier sera accompagné de deux Mustang à la queue peinte en rouge, signe de reconnaissance des avions pilotés par des aviateurs noirs ; Greg est fier de faire partie de cet escadron des "red tails2" qui, il le souhaite ardemment, va prouver au monde entier que les "Tuskegee airmen" sont des hommes compétents et valeureux. Son avion nerveux s’élève rapidement ; il vole à environ mille mètres au-dessus du bombardier qu’il escorte afin d’être prêt à plonger à la moindre alerte. A l’instant, il passe au-dessus de sommets encore étincelants de neige en ce mois de juillet ; le décor est féérique et Greg se laisse prendre par la beauté du spectacle. Soudain, des appareils ennemis sont signalés : c’est une patrouille de ME 109 de l’armée allemande qui vole droit vers les bombardiers. Pour Greg, le moment tant attendu est enfin là. Il entame un virage en piqué et prend pour cible l’un des chasseurs. Il le poursuit, tire des balles traçantes qui l’encerclent. Il jubile, pris dans un jeu où il se sent le maître. Tout à coup, il aperçoit les traînées rouges des balles d’un avion ennemi autour de son appareil ; dans le feu de l’action il a été trop sûr de lui : un adversaire qu’il n’a pas vu surgir tente de l’atteindre. Greg n’a pas le temps de réagir. Il est touché. De multiples éclats de métal se détachent violemment de l’aile gauche de son Mustang, puis volent dans les airs comme des papiers éparpillés par le vent. L’aile se désagrège. Greg pressent que l’avion va s’écraser. Dans une ultime manœuvre maintes fois répétée à l’entraînement, il parvient à mettre son appareil sur le dos, ouvre la verrière et se laisse tomber dans le vide, confiant sa vie à son parachute. La peur lui noue le ventre mais une image surgit, belle, émouvante ; Daisy, dans sa robe fluide presque transparente, ses longs cheveux roux brillant au soleil, pose comme une star de cinéma sur les marches de sa maison de Galton. Pour elle, pour leur bébé, il doit survivre. C’est alors qu’une explosion assourdissante le secoue et il voit "Darling D." se précipiter vers le sol en une boule de feu aveuglante, tandis que le pilote allemand à quelques dizaines de mètres au-dessus de lui effectue un tonneau de joie dans le ciel uniformément bleu.

En cette fin de journée, tous les bombardiers, bien protégés par leurs escortes de "red tails", rentrent à la base, intacts. Il manque un avion de chasse. Greg Woody n’est pas à l’appel.

² Queues rouges

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16 juillet 2014

Couleurs d'espoir (2/4)

La voiture glisse le long de Hill Street. Les deux jeunes gens restent silencieux et distants : derrière les façades muettes de la rue déserte se dissimulent souvent des yeux espions. Greg conduit avec application sans jamais tourner la tête. Daisy, elle, ne peut détacher son regard de la nuque de Greg. Elle lui paraît fragile et si douce sous la chevelure épaisse et crépue. Elle voudrait y poser les lèvres, en sentir la tiédeur, s’imprégner de son odeur. Elle se souvient de l’émotion qu’elle avait ressentie quand elle avait découvert pour la première fois le corps nu de Greg : long, mince, souple, peau lisse, couleur réglisse ; et Greg, tout en tendresse, si délicat…irrésistible. Après l’amour ils s’étaient amusés de voir les contrastes de leurs corps emmêlés : nacre et ébène, une harmonie parfaite. La voix de Greg rompt sa rêverie. "Daisy, il faut que je te parle. Je ne voudrais pas t’inquiéter mais j’ai vu Benny Ross."

Le ton est grave et immédiatement Daisy sent monter en elle une vague d’angoisse. Le matin même, comme chaque jour pendant les vacances, elle s’est rendue sur la tombe de sa mère ; elle a l’habitude de lui confier ses secrets, ses espoirs, ses soucis ; elle lui a parlé de son amour pour Greg et aujourd’hui elle avait besoin de réfléchir avec elle à l’avenir : une toute nouvelle vie s’éveille en elle depuis quelques semaines ; cela s’annonce comme une véritable épreuve ici à Galton, et elle doit penser à des solutions avant d’en parler avec Greg. Ces moments, près de cette mère disparue bien trop tôt, l’aident et la réconfortent. Mais en poussant la porte du cimetière, elle avait eu un vague pressentiment, la crainte de se trouver face à face avec la personne qu’elle avait le moins envie de rencontrer : Benny Ross, meneur de l’équipe de base-ball de Galton. Plutôt beau garçon, il affiche une désinvolture virile et une confiance en lui qui plaisent aux filles de la ville. Elles se disputent une sortie avec lui et ses conquêtes sont nombreuses. Mais Daisy n’est pas sous ce charme-la. Benny représente tout ce qu’elle déteste : suffisant, m’as-tu-vu, vulgaire en gestes et en paroles, agressif quand il a bu trop de bière. C’est sans doute parce qu’il ne supporte pas l’indifférence un peu méprisante de Daisy qu’il la poursuit assidument et ne rate pas une occasion de la provoquer. Il l’avait attendue déjà plusieurs fois au cimetière depuis le début de l’été. Dés qu’elle entra, elle l’aperçut appuyé contre le tronc d’un pacanier. Un pied calé contre l’arbre, le chapeau à larges bords abaissé sur les yeux, la chemise à carreaux, il jouait au cow-boy qu’il n’était pas. Une cigarette à la main, il la regardait avancer, mi-inquiétant, mi- aguicheur, sourire en coin, regard malsain. "Hey Daisy !Content de te voir !" "Salut Benny !" "T’as pas cinq minutes pour une causette avec moi, la Belle ?" "Pas aujourd’hui Benny ; j’ai à faire" "Toujours pressée à ce que je vois. Pas bégueule avec tout le monde pourtant, à ce que je sais !". Ce sous-entendu figea le sang de Daisy ; un étau serra son cœur : Benny savait quelque chose et Benny était dangereux.

" Greg, que t’a-t-il dit ? Que s’est-il passé ?"
"Tu le sais Daisy, Benny ne m’aime pas, surtout depuis que je suis entré à Morehouse College. Il déteste l’idée que je réussisse à sortir du trou à rats où il voudrait me voir croupir. Sa jalousie n’a plus de bornes depuis que je remplace son père au volant de la Bentley pendant l’été. Plusieurs fois depuis quelques semaines il m’a attendu à la sortie de la manufacture pour m’insulter, me menacer même."
Greg ne rapportera pas à Daisy les paroles de Benny : "Hey, negro ! T’as intérêt à plus mettre tes sales pattes noires sur Daisy. Je t’ai à l’œil et je sais comment te faire disparaître de la circulation. Tu vaux pas cher ici à Galton…". Ce ne sont pas des menaces en l’air ; les passages à tabac et les disparitions de gens de couleur ne sont pas exceptionnels et n’émeuvent guère les autorités. " J’ai décidé de partir, Daisy. Nous sommes en guerre et le gouvernement a besoin de forces  supplémentaires. L’armée recrute des étudiants noirs pour former un corps d’élite d’aviateurs. Je me suis porté volontaire. Je pars dans trois jours à Tuskegee en Alabama pour ma formation avant d’être envoyé sur le Front en Europe." C’est une décision que Greg n’a pas prise à la légère. Quel paradoxe pour un Noir américain qui n’a pas le droit de s’asseoir où il veut dans un bus ou un jardin public d’aller combattre un état nazi pour libérer l’Europe et permettre aux juifs et autres minorités de retrouver la liberté ! Mais c’est une chance.

"Mes amis du NAACP¹ pensent que c’est une excellente idée finalement, et que notre participation à l’effort de guerre pourra faire avancer notre cause".

Mais là, toute seule à l’arrière de la voiture, effondrée, Daisy se moque des militants du NAACP et de leur grande cause. Assommée par la brutalité de la nouvelle, anéantie par la douleur subite, elle ne voit qu’une chose : Greg va partir et elle va se retrouver seule avec un bébé à naître dans un pays où cet enfant n’aura pas de place. Elle éclate en sanglots. Son horizon est muré, elle est empêtrée dans la toile d’une situation inextricable ; elle ne parvient pas à raisonner pour envisager une solution. Une chose est certaine : elle ne dira rien à Greg ; elle a besoin de réfléchir d’abord. Greg, lui, est dépassé par le chagrin de Daisy. Quels mots lui dire pour l’apaiser ? Ne peut-elle pas comprendre que leur avenir ici, aujourd’hui, est bouché ?

"Je reviendrai plus fort avec de vraies chances d’intégration ; les choses vont changer. Sois confiante, Daisy !Je t’aime !". Prisonniers de la voiture dans leur ville hostile, ils ne peuvent même pas échanger les derniers gestes d’amour avant leur séparation. Juste quelques mots simples et une promesse. De retour dans Hill Street, Daisy s’engouffre chez elle, court jusqu’à sa chambre, s’abat en pleurs sur son lit. Combien de temps reste-t-elle ainsi ? Puis, peu à peu l’ouragan dévastateur s’éloigne et la jeune femme s’interroge. Est-il possible de rester en Géorgie ? Certainement pas. Les mariages mixtes y sont interdits ; son avenir avec Greg est lourdement compromis ; elle risque d’être contrainte à abandonner leur enfant. Greg a saisi sa chance ; elle aussi a une chance à saisir. Elle a deux avantages : elle est Blanche et elle est riche.

Début septembre 1943 le Queen Elizabeth 1 quitte le port de New York chargé de militaires mais aussi de quelques civils privilégiés qui ont de bonnes raisons de se rendre en Angleterre. Il accostera dans huit jours à Southampton. Sur le quai, John Slater, les larmes aux yeux, agite un mouchoir blanc. Sa fille unique va poursuivre ses études à Reading. C’est dur de la voir partir mais c’est excellent pour son avenir, surtout si elle doit reprendre la manufacture. A bord, Daisy, triste, une boule dans la gorge, voit la silhouette de son père s’amenuiser jusqu’à ne devenir plus qu’un tout petit point noir parmi des centaines d’autres petits points noirs, minuscules sur fond de gratte-ciel fantomatiques. Est-ce la dernière image qu’elle aura de son père ? La statue de la Liberté lève haut son flambeau vers le ciel. Daisy entame une nouvelle vie. Elle n’est pas sûre de revenir un jour.

¹National Association for the Advancement of Coloured People

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