Le blog de Cath

24 juillet 2014

Mon étole berlingot !

Au départ il y avait ça...

Etole-alpaga

 

40g  d'Alpaga de la Droguerie dans chacun des coloris suivants : Thé rose, Eglantine, Aster, Rose pétale, Pétunia et Cochenille bis.

Après avoir suivi ce tutoriel, j'ai otbenu ça...

Etole-alpaga1

Etole-alpaga2

Une étole berlingot toute douce !

Etole-alpaga3

Etole-alpaga4

"Je continue à trouver que chaque jour est trop court pour toutes les pensées auxquelles je veux réfléchir, pour toutes les promenades que je veux faire, pour tous les livres que je veux lire et pour tous les amis que je veux voir."
John Burroughs

 

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22 juillet 2014

Et hop, un troisième aperçu de rentrée !!!

Début juillet, je vous parlais de la nouvelle édition de la crop Objectif Scrap que j'organise en octobre prochain "dans mes montagnes". Puisqu'il est désormais terminé, je peux vous montrer un aperçu du projet que j'y proposerai !

Capteur-emotions

Bien qu'il s'agisse d'un atelier sur une demi-journée (l'autre demi-journée étant consacrée à la réalisation d'un album avec Gaëlle), ce mini-pas-mini-du-tout (!!!) vous permettra de loger entre 30 et 35 photos allant jusqu'au format 13 x 18 cm. 

Si vous êtes tentées de nous rejoindre, il reste encore quelques places ! Toutes les infos sont sur l'affiche ci-dessous.

Crop-Objectif-Scrap

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21 juillet 2014

La Dolce Vita selon mon Garf'

Cette semaine, ce n'est pas ma douce peluche qui ouvre le bal mais notre gentil rouquin Garfield, dans son activité favorite. 

Garf-le-bienheureux01Papiers Kaisercraft coll. Hidden Treasures et Carta Bella (papier de fond)- Mot Embelliscrap - Fleurs Prima

Garf-le-bienheureux2

Garf-le-bienheureux3

Cette page a été réalisée d'après le sketch suivant

Garf-le-bienheureux-sketch

"La vie n'est pas un problème à résoudre mais une réalité à expérimenter."
Bouddha

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18 juillet 2014

Couleurs d'espoir (4/4)

En ce mois de mars 1954 l’hiver ne veut pas lâcher prise ; il a été particulièrement rigoureux, chacun s’en souviendra longtemps. Aujourd’hui une pluie fine et glaciale noie la campagne normande. C’est jeudi, ça tombe bien, Ashley n’a pas à aller à l’école ; elle pourra rester au chaud près de sa maman et de son petit frère Markus, surtout qu’aujourd’hui est un jour très spécial pour elle. Dommage, sa maman n’est pas de très bonne humeur ; elle déteste la pluie et le froid. Elle vit en Europe depuis dix ans mais elle ne s’est pas habituée à ce climat humide et trop souvent gris. Elle parle souvent de Galton où elle vivait autrefois ; elle raconte à Ashley le soleil chaud, la lumière éclatante, les champs de coton à perte de vue, les grands arbres qui ne perdent jamais leurs feuilles, la vaste maison blanche où vit son grand-père qu’elle n’a jamais rencontré. Elle lui a montré sur une carte d’Amérique où se trouvent la Géorgie et Galton. C’est bien loin, de l’autre côté de l’océan, une terre inconnue et mystérieuse. La petite fille a vu quelques photos aussi : son grand-père John, dans sa manufacture de coton, au milieu de ses ouvriers aux visages si noirs qu’on ne peut pas différencier leurs traits, sa maman jeune fille, très belle dans une robe légère, un grand chapeau sur ses cheveux auburn, qui pose comme une actrice de cinéma sur le perron de sa maison. C’est vrai, elle est belle, sa maman. Ashley aimerait tant lui ressembler ! De longs cheveux roux ondulés, de grands yeux verts lumineux, une peau si claire qu’on la dirait transparente. Mais évidemment, avec un papa noir comme le sien, Ashley ne peut pas avoir le teint pâle !Elle a cependant hérité des beaux yeux verts de sa mère et ses copines à l’école lui disent qu’elle est très jolie. Peut-être… Elle aime écouter les souvenirs de sa maman, souvent nostalgiques. Pourquoi avoir quitté ce pays qu’elle aimait tant, lui a-t-elle un jour demandé. Sa mère lui a expliqué que dans tout le Sud des États-Unis d’Amérique, il existe des lois très injustes qu’on appelle les lois Jim Crow qui interdisent aux gens de couleur d’avoir les mêmes droits que les Blancs. Par exemple, une jeune fille blanche ne peut pas épouser un jeune homme noir et c’est pour cela que ses parents ont dû partir ; ils s’aimaient beaucoup et voulaient se marier. Ashley est stupéfaite et incrédule. Elle admire son père. Comment pouvait-on l’empêcher de vivre la vie qu’il voulait, lui, un héros de l’aviation américaine qui a combattu les nazis et abattu des dizaines d’avions ennemis ? Il est beau et fort, son papa, et il lui raconte des exploits incroyables. Elle aime particulièrement l’histoire de son avion Mustang Darling D abattu par un adversaire allemand ; son père a réussi à sauter en parachute dans une zone montagneuse d’Autriche ; il a été recueilli et caché par des résistants au régime nazi, puis reconduit clandestinement à la frontière italienne par des sentiers de montagne escarpés et dangereux. Ce n’est pas une prouesse à la portée de tout le monde ! Comme il est un pilote remarquable, maintenant, après quelques années passées à Berlin, il est instructeur sur la base aérienne américaine d’Evreux-Fauville où toute la famille est venue le rejoindre.

Sa maman lui a parlé aussi des écoles séparées pour les enfants blancs et les enfants noirs. Si elle vivait à Galton, on dirait d’elle qu’elle est une mulâtre et elle serait obligée d’aller à l’école des enfants noirs. "Mulâtre" !Voilà un mot qu’elle déteste ; elle lui trouve une sonorité horrible. Dans mulâtre, il y a mule : têtu comme une mule, bête comme une mule…et il y a "âtre" comme noirâtre ou verdâtre, ce "âtre" qui enlaidit tout ce qu’il touche. Elle ne veut pas être une mulâtre et elle est soulagée de vivre à Évreux et d’avoir beaucoup de copines à l’école qui ne lui ont jamais dit qu’elle était une mulâtre.

A Galton, ce n’était pas toujours simple. Il y avait des gens très méchants, comme Benny Ross qui était si jaloux de son papa qu’il voulait lui faire du mal. Il y a quelques mois, une lettre de Grand-père leur a appris que Benny Ross avait été élu sheriff de la ville. Sa mère a été très choquée. "Tu vois, Greg, a-t-elle dit, rien ne change. Comment une ville entière peut-elle faire confiance à un voyou comme Benny ?". "Ne sois pas pessimiste, Daisy. Dans sa dernière lettre, Martin est plein d’espoir. Un procès retentissant va se tenir en juillet devant la Cour Suprême des États Unis pour défendre la jeune Linda Brown. Tous nos amis du NAACP sont à peu près certains que la ségrégation sera jugée anticonstitutionnelle à l’école, tu verras. Petit à petit des progrès se font jour." Martin était au Morehouse College d’Atlanta, comme le père d’Ashley. Il défend ardemment les droits des gens de couleur. Ashley trouve rigolo qu’il les appelle « nos frères » quand il parle d’eux dans ses lettres ; c’est peut-être parce qu’il est pasteur.

Aujourd’hui, 18 mars, elle a dix ans et quand la famille sera réunie ce soir, Ashley soufflera ses bougies. Elle est impatiente, presque fébrile. Quel sera son cadeau ? En tous cas, c’est un secret bien gardé. Elle aura aussi un cadeau de chacun de ses grands-parents ; ils n’oublient jamais. Grand-mère Woody n’est pas riche, surtout depuis qu’elle est seule. Grand-père Woody est mort encore jeune mais il avait beaucoup travaillé à la filature de coton, de longues journées d’un travail très dur qui l’a épuisé. Habituellement, Grand-mère tricote pour Ashley des gants, des écharpes, des gilets, rouges de préférence, parce que le rouge porte bonheur, dit-elle, et s’accorde très bien au teint doré de sa petite-fille. Elle pense qu’il fait toujours très froid en Normandie !Grand-père Slater offre des présents qui épatent toutes les copines d’Ashley. Elle se souvient de son émotion l’an dernier quand elle découvrit une petite valise écossaise dans laquelle se trouvait un électrophone !Elle n’en avait vu que sur des catalogues. Pour être sûr qu’elle puisse s’en servir, Grand-père avait joint un disque de Bill Haley and his Comets. Du rock n’roll !Cette nouveauté avait connu un franc succès à Evreux. Ashley et ses amies se trémoussent encore souvent les jeudis après-midi sur la chanson "Crazy man, crazy".

Ce soir, lorsque le gâteau d’anniversaire couronné de dix lumières vacillantes sera posé sur la table devant les yeux pleins d’étoiles d’Ashley, Greg et Daisy, aussi émus que la petite fille, lui tendront une longue enveloppe blanche. "Happy birthday to you, happy birthday to you, Ashley…" Maladroitement, de ses doigts impatients, elle décachètera l’enveloppe, le souffle suspendu, le cœur battant. A l’intérieur, elle découvrira un billet d’avion pour Atlanta où ses grands-parents l’attendent pour les vacances de Pâques qui débutent la semaine prochaine.

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Nous arrivons au terme de cette nouvelle. C'es le moment de laisser un petit mot à l'intention de ma maman si vous avez pris plaisir à la lire tout au long de cette semaine !

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17 juillet 2014

Couleurs d'espoir (3/4)

Le Queen Elizabeth 1 est certainement l’un des transatlantiques les plus prestigieux. Depuis son lancement en 1938 il est admiré pour sa puissance sur l’eau et pour son aménagement intérieur luxueux. Mais Daisy profite peu des avantages du paquebot ; épuisée par les nausées provoquées à la fois par sa grossesse et le balancement régulier du navire, elle passe de longues heures dans son étroite cabine. Lorsqu’elle s’aventure sur l’un des ponts ou dans l’une des immenses salles de restaurant elle est étourdie par les rires, les chants, les jeux des centaines de GI, passagers principaux de cette longue traversée. Il y a cependant un lieu où elle trouve paix et oubli. C’est la salle de cinéma ultra moderne où chaque jour elle peut se laisser emporter dans le tourbillon d’aventures tristes ou merveilleuses qui, pour une ou deux heures, lui font oublier ses soucis. Elle est encore sous le charme du dernier film qu’elle a vu, le destin extraordinaire de Jane Eyre, magnifié par le jeu d’Orson Welles et Joan Fontaine que Daisy admire sans réserve. Après avoir traversé des épreuves douloureuses, la jeune héroïne va enfin voir se réaliser son rêve le plus cher : épouser l’homme qu’elle aime. C’est aussi le rêve de Daisy mais quelles difficultés va-t-elle devoir affronter ? C’est la première fois qu’elle quitte la Géorgie et pour une première fois, c’est un périple d’envergure. Elle part vers un inconnu absolu. Comment va-t-elle s’organiser à son arrivée en Angleterre ? Son père, en même temps que mille conseils, lui a donné plusieurs adresses de personnes avec lesquelles il est en relation pour son commerce du coton. "Tu verras, Daisy, je connais bien David Russell ; tu pourras c ompter sur lui pour te guider et t’aider les premiers temps ; s’il n’est pas disponible tu pourras aussi faire confiance à Tony White et à George Sutton et à..." Daisy a juste fait semblant d’écouter ; elle n’ira voir ni les uns ni les autres. Elle devra se débrouiller seule ; son père ne doit rien savoir des causes réelles de son exil et elle s’apprête à faire face courageusement à cette période de sa vie. Elle a écrit à Greg à sa base de Tuskegee. Elle lui a annoncé son départ pour l’Angleterre mais ne lui a pas encore dit qu’il sera papa au mois de mars prochain. Elle attend d’être installée dans sa nouvelle vie. Il pourra alors lui écrire et ils envisageront ensemble un futur qu’elle espère aussi rose que les « happy ends » des films dont elle se délecte. Elle n’a pas perdu ses rêves de jeune fille romantique et dans le secret de sa cabine, elle est Vivien Leigh dans les bras d’un Greg-Clark Gable pour un long baiser passionné.

Tout à coup, elle perçoit dans le paquebot une agitation plus intense encore que d’ordinaire : des acclamations, des rires, une excitation générale qui la font se précipiter dans la coursive. "On arrive ! On arrive !Bonjour l’Angleterre !" Les passagers sont agglutinés sur tous les ponts, gesticulent en montrant du doigt une lointaine masse illisible. Ces formesindéfinissables noyées dans une grisaille infiniment triste seraient donc le port et la ville de Southampton ? Un nœud d’angoisse se forme dans la poitrine de Daisy. C’est septembre et la ville est déjà enveloppée de ce brouillard sinistre ? Comment vivre dans un univers morne et sans relief quand on est habitué à la lumière éclatante du soleil de Géorgie ? Une main froide serre le cœur de la jeune femme. Le plus difficile est sans doute à venir.

Greg s’est muni de son équipement de pilote de chasse : la veste et le casque de cuir, les larges lunettes, les écouteurs, le masque à oxygène indispensable pour voler aux altitudes où son Mustang peut l’emmener et, bien sûr, le parachute, son assurance-vie. Il s’installe dans  l’étroit habitacle de son avion. Il va enfin réaliser son rêve : participer à un vrai combat aérien. Longtemps il a pensé qu’il ne verrait jamais ce jour arriver. Tout au long de sa formation à Tuskegee, il avait senti que ses supérieurs dans l’Armée ne croyaient pas du tout en la capacité des Noirs à piloter un avion. Ils ne furent d’ailleurs guère plus de la moitié de leur promotion à être choisis pour partir en renfort en Europe. Dés son arrivée sur la base de Ramitelli sur les bords de l’Adriatique en Italie, il y a deux semaines, Greg avait pris en mains son propre P51 de l’Armée de l’Air. Comme c’était la tradition, il lui avait donné un nom ; il l’avait appelé "Darling D.". Daisy est toujours présente dans le cœur et les pensées de Greg ; Daisy, courageuse, qui a quitté la Géorgie et sa riche famille pour mettre au monde leur petite fille à Londres ; Daisy, déterminée, qui a trouvé un emploi dans une société d’import-export ; Daisy, fidèle à leur amour, qui lui écrit régulièrement de longues lettres détaillées pour lui raconter leur bébé, leur vie future ensemble et lui dire et lui redire à quel point elle l’aime. Il attend impatiemment sa prochaine permission qui lui permettra de la retrouver pour quelques jours et de connaître enfin leur petite fille. Elle a juste quatre mois aujourd’hui, ce 18 juillet 1944, où Greg avec soixante-cinq autres pilotes de Mustang P51 va pour la première fois escorter des bombardiers B17 vers leur objectif : une base aérienne en Autriche. Chaque bombardier sera accompagné de deux Mustang à la queue peinte en rouge, signe de reconnaissance des avions pilotés par des aviateurs noirs ; Greg est fier de faire partie de cet escadron des "red tails2" qui, il le souhaite ardemment, va prouver au monde entier que les "Tuskegee airmen" sont des hommes compétents et valeureux. Son avion nerveux s’élève rapidement ; il vole à environ mille mètres au-dessus du bombardier qu’il escorte afin d’être prêt à plonger à la moindre alerte. A l’instant, il passe au-dessus de sommets encore étincelants de neige en ce mois de juillet ; le décor est féérique et Greg se laisse prendre par la beauté du spectacle. Soudain, des appareils ennemis sont signalés : c’est une patrouille de ME 109 de l’armée allemande qui vole droit vers les bombardiers. Pour Greg, le moment tant attendu est enfin là. Il entame un virage en piqué et prend pour cible l’un des chasseurs. Il le poursuit, tire des balles traçantes qui l’encerclent. Il jubile, pris dans un jeu où il se sent le maître. Tout à coup, il aperçoit les traînées rouges des balles d’un avion ennemi autour de son appareil ; dans le feu de l’action il a été trop sûr de lui : un adversaire qu’il n’a pas vu surgir tente de l’atteindre. Greg n’a pas le temps de réagir. Il est touché. De multiples éclats de métal se détachent violemment de l’aile gauche de son Mustang, puis volent dans les airs comme des papiers éparpillés par le vent. L’aile se désagrège. Greg pressent que l’avion va s’écraser. Dans une ultime manœuvre maintes fois répétée à l’entraînement, il parvient à mettre son appareil sur le dos, ouvre la verrière et se laisse tomber dans le vide, confiant sa vie à son parachute. La peur lui noue le ventre mais une image surgit, belle, émouvante ; Daisy, dans sa robe fluide presque transparente, ses longs cheveux roux brillant au soleil, pose comme une star de cinéma sur les marches de sa maison de Galton. Pour elle, pour leur bébé, il doit survivre. C’est alors qu’une explosion assourdissante le secoue et il voit "Darling D." se précipiter vers le sol en une boule de feu aveuglante, tandis que le pilote allemand à quelques dizaines de mètres au-dessus de lui effectue un tonneau de joie dans le ciel uniformément bleu.

En cette fin de journée, tous les bombardiers, bien protégés par leurs escortes de "red tails", rentrent à la base, intacts. Il manque un avion de chasse. Greg Woody n’est pas à l’appel.

² Queues rouges

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16 juillet 2014

Couleurs d'espoir (2/4)

La voiture glisse le long de Hill Street. Les deux jeunes gens restent silencieux et distants : derrière les façades muettes de la rue déserte se dissimulent souvent des yeux espions. Greg conduit avec application sans jamais tourner la tête. Daisy, elle, ne peut détacher son regard de la nuque de Greg. Elle lui paraît fragile et si douce sous la chevelure épaisse et crépue. Elle voudrait y poser les lèvres, en sentir la tiédeur, s’imprégner de son odeur. Elle se souvient de l’émotion qu’elle avait ressentie quand elle avait découvert pour la première fois le corps nu de Greg : long, mince, souple, peau lisse, couleur réglisse ; et Greg, tout en tendresse, si délicat…irrésistible. Après l’amour ils s’étaient amusés de voir les contrastes de leurs corps emmêlés : nacre et ébène, une harmonie parfaite. La voix de Greg rompt sa rêverie. "Daisy, il faut que je te parle. Je ne voudrais pas t’inquiéter mais j’ai vu Benny Ross."

Le ton est grave et immédiatement Daisy sent monter en elle une vague d’angoisse. Le matin même, comme chaque jour pendant les vacances, elle s’est rendue sur la tombe de sa mère ; elle a l’habitude de lui confier ses secrets, ses espoirs, ses soucis ; elle lui a parlé de son amour pour Greg et aujourd’hui elle avait besoin de réfléchir avec elle à l’avenir : une toute nouvelle vie s’éveille en elle depuis quelques semaines ; cela s’annonce comme une véritable épreuve ici à Galton, et elle doit penser à des solutions avant d’en parler avec Greg. Ces moments, près de cette mère disparue bien trop tôt, l’aident et la réconfortent. Mais en poussant la porte du cimetière, elle avait eu un vague pressentiment, la crainte de se trouver face à face avec la personne qu’elle avait le moins envie de rencontrer : Benny Ross, meneur de l’équipe de base-ball de Galton. Plutôt beau garçon, il affiche une désinvolture virile et une confiance en lui qui plaisent aux filles de la ville. Elles se disputent une sortie avec lui et ses conquêtes sont nombreuses. Mais Daisy n’est pas sous ce charme-la. Benny représente tout ce qu’elle déteste : suffisant, m’as-tu-vu, vulgaire en gestes et en paroles, agressif quand il a bu trop de bière. C’est sans doute parce qu’il ne supporte pas l’indifférence un peu méprisante de Daisy qu’il la poursuit assidument et ne rate pas une occasion de la provoquer. Il l’avait attendue déjà plusieurs fois au cimetière depuis le début de l’été. Dés qu’elle entra, elle l’aperçut appuyé contre le tronc d’un pacanier. Un pied calé contre l’arbre, le chapeau à larges bords abaissé sur les yeux, la chemise à carreaux, il jouait au cow-boy qu’il n’était pas. Une cigarette à la main, il la regardait avancer, mi-inquiétant, mi- aguicheur, sourire en coin, regard malsain. "Hey Daisy !Content de te voir !" "Salut Benny !" "T’as pas cinq minutes pour une causette avec moi, la Belle ?" "Pas aujourd’hui Benny ; j’ai à faire" "Toujours pressée à ce que je vois. Pas bégueule avec tout le monde pourtant, à ce que je sais !". Ce sous-entendu figea le sang de Daisy ; un étau serra son cœur : Benny savait quelque chose et Benny était dangereux.

" Greg, que t’a-t-il dit ? Que s’est-il passé ?"
"Tu le sais Daisy, Benny ne m’aime pas, surtout depuis que je suis entré à Morehouse College. Il déteste l’idée que je réussisse à sortir du trou à rats où il voudrait me voir croupir. Sa jalousie n’a plus de bornes depuis que je remplace son père au volant de la Bentley pendant l’été. Plusieurs fois depuis quelques semaines il m’a attendu à la sortie de la manufacture pour m’insulter, me menacer même."
Greg ne rapportera pas à Daisy les paroles de Benny : "Hey, negro ! T’as intérêt à plus mettre tes sales pattes noires sur Daisy. Je t’ai à l’œil et je sais comment te faire disparaître de la circulation. Tu vaux pas cher ici à Galton…". Ce ne sont pas des menaces en l’air ; les passages à tabac et les disparitions de gens de couleur ne sont pas exceptionnels et n’émeuvent guère les autorités. " J’ai décidé de partir, Daisy. Nous sommes en guerre et le gouvernement a besoin de forces  supplémentaires. L’armée recrute des étudiants noirs pour former un corps d’élite d’aviateurs. Je me suis porté volontaire. Je pars dans trois jours à Tuskegee en Alabama pour ma formation avant d’être envoyé sur le Front en Europe." C’est une décision que Greg n’a pas prise à la légère. Quel paradoxe pour un Noir américain qui n’a pas le droit de s’asseoir où il veut dans un bus ou un jardin public d’aller combattre un état nazi pour libérer l’Europe et permettre aux juifs et autres minorités de retrouver la liberté ! Mais c’est une chance.

"Mes amis du NAACP¹ pensent que c’est une excellente idée finalement, et que notre participation à l’effort de guerre pourra faire avancer notre cause".

Mais là, toute seule à l’arrière de la voiture, effondrée, Daisy se moque des militants du NAACP et de leur grande cause. Assommée par la brutalité de la nouvelle, anéantie par la douleur subite, elle ne voit qu’une chose : Greg va partir et elle va se retrouver seule avec un bébé à naître dans un pays où cet enfant n’aura pas de place. Elle éclate en sanglots. Son horizon est muré, elle est empêtrée dans la toile d’une situation inextricable ; elle ne parvient pas à raisonner pour envisager une solution. Une chose est certaine : elle ne dira rien à Greg ; elle a besoin de réfléchir d’abord. Greg, lui, est dépassé par le chagrin de Daisy. Quels mots lui dire pour l’apaiser ? Ne peut-elle pas comprendre que leur avenir ici, aujourd’hui, est bouché ?

"Je reviendrai plus fort avec de vraies chances d’intégration ; les choses vont changer. Sois confiante, Daisy !Je t’aime !". Prisonniers de la voiture dans leur ville hostile, ils ne peuvent même pas échanger les derniers gestes d’amour avant leur séparation. Juste quelques mots simples et une promesse. De retour dans Hill Street, Daisy s’engouffre chez elle, court jusqu’à sa chambre, s’abat en pleurs sur son lit. Combien de temps reste-t-elle ainsi ? Puis, peu à peu l’ouragan dévastateur s’éloigne et la jeune femme s’interroge. Est-il possible de rester en Géorgie ? Certainement pas. Les mariages mixtes y sont interdits ; son avenir avec Greg est lourdement compromis ; elle risque d’être contrainte à abandonner leur enfant. Greg a saisi sa chance ; elle aussi a une chance à saisir. Elle a deux avantages : elle est Blanche et elle est riche.

Début septembre 1943 le Queen Elizabeth 1 quitte le port de New York chargé de militaires mais aussi de quelques civils privilégiés qui ont de bonnes raisons de se rendre en Angleterre. Il accostera dans huit jours à Southampton. Sur le quai, John Slater, les larmes aux yeux, agite un mouchoir blanc. Sa fille unique va poursuivre ses études à Reading. C’est dur de la voir partir mais c’est excellent pour son avenir, surtout si elle doit reprendre la manufacture. A bord, Daisy, triste, une boule dans la gorge, voit la silhouette de son père s’amenuiser jusqu’à ne devenir plus qu’un tout petit point noir parmi des centaines d’autres petits points noirs, minuscules sur fond de gratte-ciel fantomatiques. Est-ce la dernière image qu’elle aura de son père ? La statue de la Liberté lève haut son flambeau vers le ciel. Daisy entame une nouvelle vie. Elle n’est pas sûre de revenir un jour.

¹National Association for the Advancement of Coloured People

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15 juillet 2014

Couleurs d'espoir (1/4)

Au volant de la grosse Bentley noire de la Slater Cotton Mill Company, Greg Woody s’approche du 36 Hill Street où l’attend Daisy, la fille de John Slater. Les battements de son cœur s’accélèrent lorsqu’il l’aperçoit. Debout sur la première marche des escaliers qui conduisent à la porte d’entrée, elle semble poser devant l’objectif d’un photographe invisible. Elle a nonchalamment appuyé sa main droite sur la colonne de soutien du porche. Elle porte une robe fluide, entièrement blanche, au travers de laquelle on devine par transparence le galbe de sa cuisse et même les contours plus foncés de son slip. La taille très serrée met en valeur ses seins ronds et généreux. Sur ses longs cheveux roux qui brillent au soleil, elle a un chapeau de paille, blanc lui-aussi, cerné d’un ruban noir. La robe courte aux manches ballon lui donne un air juvénile, vite contredit par sa pose presque provocante et l’éclat violent du rouge sur ses lèvres. On pourrait même lui trouver un air hautain. Elle n’a pas encore remarqué la grosse berline et son regard se perd quelque part loin devant elle, sous l’ombre de son chapeau. Greg n’aurait jamais dû la rencontrer bien qu’ils fussent tous les deux nés dans cette petite ville de Géorgie. Il faut dire qu’il n’habite pas ce quartier opulent et il n’aurait jamais pu fréquenter les mêmes écoles qu’elle. L’argent est rare et difficilement gagné chez les Woody. Son père travaille dur, dix heures par jour, six jours sur sept, à la filature de coton Slater pour un maigre salaire, et sa mère est employée de maison à plein temps chez l’un des riches propriétaires d’une plantation des environs. Tous les garçons de son entourage sont entrés à la filature ou dans une plantation dès l’âge de douze ans. Il entendait souvent les voisins dire à ses parents "A quoi cela lui servira-t-il d’aller à l’école ? Vous seriez plus à l’aise si vous le mettiez au travail tout de suite !" De toute façon, il ne trouvera pas un meilleur "job". Mais sa mère avait de grands projets pour lui. "Plus tard, tu seras avocat, disait-elle, il y a de grandes causes à défendre". Grâce à la volonté farouche de cette mère aimante et ambitieuse, il a réussi ses études primaires et secondaires, et le jour où il a été admis à Morehouse College à Atlanta, elle a versé des larmes d’émotion et de fierté. Il a conscience qu’il figure parmi les rares privilégiés de son milieu social. Comme chaque été depuis trois ans qu’il est à l’Université, il est le chauffeur du patron de la Slater Cotton Mill Company, en remplacement de Jimmy Ross qui accompagne le grand-père Slater en Floride. Cela lui permet de payer partiellement ses études à Atlanta sans peser trop lourd sur le budget de ses parents.

Daisy commence à trouver le temps long. Il fait très chaud à Galton en ce début d’après-midi. Les bâtiments blancs et cossus de Hill Street renvoient la lumière crue et aveuglante du soleil. Les reliefs paraissent aplatis et les couleurs uniformément pâles. La rue est déserte ; chacun préfère se tenir à l’ombre, à l’intérieur des appartements, où une brise bienfaitrice soulève les rideaux légers devant les fenêtres ouvertes. Elle espère que son petit stratagème va fonctionner. D’ordinaire, elle adore conduire elle-même le cabriolet Chevrolet coupé que son père lui a offert pour son vingt et unième anniversaire. Mais aujourd’hui, elle a prétendu un mal de tête féroce pour demander la voiture paternelle avec chauffeur, pour un essayage soi-disant indispensable en ville. Daisy est inquiète. Et si son père se doutait de quelque chose ? C’est un homme de pouvoir à Galton ; de nombreux courtisans s’empressent autour de lui, prêts à l’informer de tout ce qui se passe en ville. Greg et elle sont d’une grande prudence, mais qui sait ? A Galton, comme dans toutes les petites villes du Sud, des membres actifs de groupes extrémistes sont à l’affût des moindres indices qui laisseraient supposer des entorses aux convenances et aux traditions. Les pensées de Daisy s’évadent et elle repense aux circonstances de cette rencontre improbable. L’un des jeunes professeurs de son Université l’avait invitée à une soirée étudiante. Elle avait été stupéfaite d’y trouver ce grand jeune homme au sourire franc, à l’élégance naturelle qu’elle n’avait jamais rencontré dans les milieux universitaires d’Atlanta qu’elle fréquentait d’ordinaire. Comment se faisait-il qu’il ait pu être invité ? Sur l’instant, cela lui avait paru totalement incongru. Puis au cours de la soirée, elle avait apprécié son esprit ouvert, ses positions fermes et réfléchies, sa réflexion claire et intelligente. Elle avait longuement bavardé avec lui et elle y avait trouvé un immense plaisir qu’elle souhaitait prolonger. Elle savait que jamais Greg ne lui proposerait un rendez-vous ; elle devrait faire le premier pas si elle voulait avoir une chance de le rencontrer de nouveau. Au moment du départ, elle s’était approchée de lui. "J’ai été très heureuse de faire votre connaissance, Greg. Croyez-vous que nous pourrions nous revoir un soir de la semaine prochaine ?" Instantanément elle avait lu une immense surprise dans son regard. Il était soudain gauche devant elle, à la fois interdit et hésitant. Puis timidement il avait répondu "Cela me ferait très plaisir mais c’est un peu compliqué, n’est-ce-pas ? " " Mardi à 18 heures, avait-elle enchaîné sans plus réfléchir, je vous retrouverai devant l’entrée du Jardin botanique. J’aurai ma voiture ; nous pourrons ainsi nous éloigner de la ville". Ce ne fut que la première de leurs nombreuses rencontres. Daisy écoutait Greg lui parler de son enfance, de sa vie au Morehouse College, à l’écart des autres Universités d’Atlanta, de ses aspirations professionnelles, de ses engagements politiques. Elle se rendait compte que pendant plus de vingt ans elle avait vécu totalement ignorante d’un univers tout proche du sien, sans jamais chercher ni à le connaître ni à le comprendre. Elle posait des questions, elle demandait des détails et à chaque échange elle découvrait Greg plus intéressant, plus cultivé, plus généreux, en fait, plus attachant. Cependant elle était très déçue que Greg ne fasse aucune tentative d’approche amoureuse ; il se montrait heureux de la voir, il lui parlait avec chaleur et enthousiasme mais il n’abordait jamais le sujet des sentiments personnels. Un jour qu’ils marchaient côte à côte sur un sentier isolé du parc de Stone Mountain, elle osa lui prendre la main et poser sa tête sur son épaule. Il la prit dans ses bras, l’attira contre lui et avant de l’embrasser murmura "Je ne crois pas que ce soit sage. L’avenir nous le dira".

Tout à coup, elle voit la Bentley s’avancer au bout de la rue. Greg est au volant. Une vague de joie la parcourt et elle s’élance au bas des escaliers pour retrouver l’homme qu’elle aime. Mais brutalement, elle freine sa fougue ; elle ne peut pas se précipiter vers Greg, lui sauter au cou, l’embrasser follement, se blottir contre lui tandis qu’il conduit la voiture, comme le font les autres jeunes gens de la ville. Derrière le frémissement des rideaux blancs de chaque fenêtre, il peut y avoir des regards inquisiteurs. Elle pose sur son visage son masque hautain et indifférent ; sans jeter un regard au chauffeur de la voiture, elle ouvre la portière et s’installe, raide et détachée, sur la banquette arrière. Décidément, sa vie s’annonce compliquée en ce mois d’août 1943 : les États-Unis sont en guerre et l’homme de sa vie est noir.

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14 juillet 2014

Lecture estivale

Je vous ai déjà fait découvrir plusieurs fois des textes de ma Maman, "Madame Belle Plume". Les fidèles de mon blog savent qu'elle participe à un atelier d'écriture créative (comme elle m'a joliment dit un jour, elle s'inspire de ce qu'elle a vécu et fait du "scrapbooking littéraire" !!). Dans le cadre de cet atelier d'écriture, les "élèves" étaient invités, en fin d'année, à écrire une nouvelle, avec des contraintes imposées. Ma maman a mené à terme ce projet et c'est cette nouvelle que nous vous proposons de découvrir cette semaine sur mon blog.

Chaque texte (donc chaque chapitre) répondait à une consigne bien précise, que je vous livre ci-dessous, avant de vous faire découvrir les quatre chapitres dans les prochains jours. Les commentaires ne seront ouverts que sur le dernier chapitre et ce sera alors le moment de dire à ma maman si vous avez aimé son texte et si vous avez pris plaisir à le lire

Summertime

Texte 1 : le tableau de Hopper (ci-dessus) marque le début de votre récit ; introduire les mots "conscience, esprit, pouvoir"

Texte 2 : Apportez à votre récit un personnage négatif dont vous ferez le portrait. Incorporez au récit la phrase que vous avez tirée au sort en classe (pour ma maman, c'était : "Mais en poussant la porte du cimetière elle avait eu un vague pressentiment.").

Texte 3 : Introduisez dans votre récit un "éclat" ainsi que la présence d'un art au choix (ma maman a choisi le cinéma).

Texte 4 : Utilisez au moins deux fois le pronom "tu" ; la pluie doit avoir sa place dans le texte ; une phrase à l'imparfait introduira une principale au conditionnel. 

Alors, est-ce que tout cela vous inspire ? Allez-vous tenter l'exprience de l'écriture ou bien préférez-vous découvrir la nouvelle de Madame Belle-Plume ?
Si vous choisissez la seconde option, rendez-vous demain ici-même pour le premier chapitre....

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11 juillet 2014

Les grottes de Badami

Et voici donc le vis à vis de la page que vous avez pu voir ici. Cette fois, ce ne sont pas les ghats qui sont mis à l'honneur mais l'entrée d'une des grottes (d'où on a d'ailleurs une vue imprenable sur les ghats et d'où avait été prise la photo de la page voisine... vous me suivez ?).

Badami-grotte1Papiers Basic Gey, Fancy Pants et Graphic 45

Badami-grotte2

Badami-double

 

Avant de passer en "mode estival" (pas de vraie pause mais une programmation peut-être plus aléatoire, en fonction de la météo et des visites par ici...), la semaine prochaine sera un peu "spéciale" sur mon blog. Rendez-vous lundi pour en savoir plus !

"La véritable noblesse ne consiste pas à se sentir supérieur aux autres mais à se sentir supérieur à ce que vous étiez par le passé."
Wayne Dryer

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10 juillet 2014

Un second projet pour ma rentrée

Je profite de cette superbe météo automnale  pour avancer dans mes projets de rentrée.... Après celui que je vous ai montré ici, en voici donc un second (dont vous aviez vu le kit ici aussi) qui m'accompagnera à partir de septembre.

Petites-photos-grands-moments

Cet album niché dans sa boite contient plus d'une trentaine de photos allant jusqu'au format 13 x 18 cm. Il contient des pochettes, des cachettes (tout ce que j'aime quoi !) et une "cascade" de photos (vive les bonnes vieilles techniques !). La collection axée voyage peut tout à fait être utilisée pour un autre thème.

Je proposerai cet album :

- dimanche 21 septembre à Mérignac (euh, je crois que c'est déjà complet !!)

- dimanche 9 novembre à Universcrap (95). Un clic ici pour s'inscrire !
Et au passage, si vous souhaitez vous inscrire aussi pour le samedi, ça se passe !

- vendredi 21 novembre à St Mître les Remparts (les inscriptions ne sont pas encore ouvertes pour cette date ; je reviendrai vous en parler !)

 

Posté par CathKiScrap à 07:00 - - Commentaires [24] - Permalien [#]



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