Les Inthas ont développé tous les artisanats nécessaires à l'obtention de leurs produits quotidiens : forge pour la fabrication d'outils et de couteaux, tissage pour la fabrication de longyi  (paréo birman), d'écharpes et de sacs (toujours utilisés comme vous avez pu le voir sur les photos et vidéos du marché), orfèvrerie pour les parures traditionnelles en argent, fabrication de barques et pirogues pour se déplacer sur le lac, de cheerots (cigares birman) et d'ombrelles ...

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La spécialité du lac Inlé est le tissage de la fibre de lotus extraite des tiges florales. C'est une matière particulière, très difficile à travailler. Elle était utilisée autrefois dans plusieurs pays asiatiques, mais le savoir-faire s'est complètement perdu au fil du temps. Seuls les tisserands du lac Inlé ont conservé la méthode ancestrale pour fabriquer les robes des bonzes de haut rang et pour couvrir les statues de bouddha. Depuis peu, cette méthode à été relancée au Cambodge également.

C'est un tissu qui est tout à fait adapté au bouddhisme car selon la légende, Bouddha s'est levé et a marché dès sa naissance. Lors de ses sept premiers pas, une fleur de lotus a surgi à ses pieds. Chaque fleur représente une étape de l'évolution spirituelle de l'homme.
Les personnes qui travaillent dans la chaine de fabrication doivent d'ailleurs respecter les cinq préceptes de base du bouddhisme : ne pas mentir, ne pas voler, ne pas tuer, s'abstenir de pratiques sexuelles inconvenantes, ne pas consommer d'alcool, de tabac, de drogue.

Les hommes récoltent les tiges des fleurs le matin (ces dernières sont détachées pour être vendues comme offrandes à Bouddha). Les femmes interviennent dans la suite du processus. Un homme récolte environ 1000 tiges par jour. L'extraction, la filature et le tissage d'une journée de travail donnent cinquante centimètres de tissu. Il faut extraire et travailler la fibre de lotus dans un délai de vingt-quatre heures après la récolte pour éviter que le fil ne soit cassant.

La vidéo ci-dessous montre l'extraction de cette fibre. Tout le procédé de fabrication est entièrement manuel. Les filaments sont roulés sur une planche de bois humidifiée pour obtenir un fil plus épais.          

Le fil est ensuite lavé et séché. 

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C'est une fabrication très saisonnière car les fleurs de lotus éclosent principalement à la mousson. Le reste de l'année, la floraison est plus anecdotique. Ceci explique que malgré les deux cents personnes travaillant dans cette filière, seulement 500 mètres de tissu sont fabriqués à l'année sur le lac Inlé.

Sur la vidéo suivante, on peut voir comment le fil est mis en bobine et torsadé pour augmenter sa solidité. De l'amidon de riz et de l'huile sont ajoutés pour faciliter le tissage de ce fil. 

La dernière étape réalisée dans ces ateliers est le tissage, d'une largeur maximale de 90 cm. 
Le tissu obtenu à partir de cette fibre a un aspect qui ressemble au lin ; il est assez irrégulier et très léger. Il est totalement imperméable et infroissable et beaucoup plus solide que la soie. Il ne reste plus qu'à le laver pour le débarrasser de l'amidon de riz et de l'huile utilisés pour le tissage. 

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Exceptées les quelques robes de bonzes et les quelques écharpes achetées par les touristes, la quasi totalité de la production est vendue à un fournisseur de tissus italien qui la commercialise dans le monde entier, à un prix tout à fait en rapport avec la rareté et la mysticité du tissu. Les 5 mètres nécessaires à la fabrication d'une veste coûtent 6000 euros ! 

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Vous remarquerez que la fibre de lotus est toujours de couleur naturelle, tout simplement parce qu'elle supporte mal les teintures. La photo ci-dessous illustre bien le tarif assez impressionnant de cette matière puisque l'écharpe en vente sans intermédiaire est au prix de 600 dollars !

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La fibre de lotus est également utilisée en association avec de la soie. 

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Vous pourrez quand même rapporter une belle écharpe tissée sur le lac en choisissant parmi celles ci-dessous, réalisées en soie avec quelques fils de tige de fleur de lotus (pour 100 dollars tout de même). 

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Si votre budget est plus limité, vous pouvez vous orienter vers les écharpes 100% soie pour 35 dollars. Les coloris sont alors très chatoyants. 

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Le coton et la soie sont également tissés sur d'antiques métiers en bois qui envoûtent par leur musique transcendante. 

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Sur la vidéo ci-dessous, vous pouvez entendre le rythme cadencé des métiers à tisser.  

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Les teintures chimiques employées aujourd'hui viennent d'Allemagne ; nous sommes loin des pigments naturels utilisés auparavant, même si la méthode de teinture reste artisanale (voire ancestrale !). Les écheveaux sont plongés dans des marmites chauffées au feu de bois à l'intérieur desquelles sont ajoutés les colorants. Il faut plusieurs bains avant d'obtenir la teinture finale ; à chaque bain, on compare le résultat à un échantillon, jusqu'à atteindre la teinte souhaitée. 

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Pour obtenir des motifs en dégradés de couleur, les tisserands utilisent une technique japonaise appelée "shibori". Elle a été mise au point au 8ème siècle et servait à teindre les kimonos. Dans les années soixante, les hippies l'ont mise au goût du jour et l'ont rebaptisée "tie and dye", qui signifie "nouer et teindre". 

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Allons maintenant rendre visite aux artisans qui confectionnent des parures en argent pour les minorités ethniques. Sur la photo ci-dessous, l'argent est fondu dans la braise ; l'oxygéne est apporté par un soufflet actionné à l'aide de la tige métallique.

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Les bijoux sont confectionnés sur place 

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Ces bijoux  représentent un motif traditionnel de l'éthnie Chan.

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Ceux-ci sont apparentés à l'éthnie Kachin.

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Pour terminer notre revue des métiers artisanaux, découvrons sur la vidéo suivante comment sont fabriqués les fameux cigares birmans.

Les cheerots sont fumés à la fois par les hommes et par les femmes, en remplacement du betel plus masculin. Il y a cependant assez peu de fumeurs.

Ce cigare est composé de tabac blond séché et broyé puis mélangé à des copeaux de bois pour qu'il se consume plus lentement. On y ajoute de la pulpe de tamarinier ou des épices pour le parfumer. Il comporte à son extrémité un filtre inséré dans du papier journal. L'enveloppe extérieure est la feuille  d'un arbuste qui pousse sur les montagnes autour du lac, le cordia dichotoma.

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La culture de cet arbuste par l'éthnie PA-O participe à la déforestation des montagnes autour du lac Inlé. Les arbres sont abattus afin de faire de la place pour planter les cordia dichotoma mais aussi pour alimenter les feux permettant de sécher les feuilles avant de les vendre aux Inthas.

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Pour l'anecdote, à la saison des pluies, lorsque le tabac vient à manquer, il est remplacé par de la poudre à fusil ! Explosif, non ?      

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