06 février 2008
Composition d'images (2)
Nous avons vu hier que lorsque nous prenons une photo, nous devons penser aux lecteurs de cette photo, en délivrant un message clair où le sujet principal doit se reconnaitre facilement. L’idéal étant de guider les lecteurs à travers notre composition afin de leur faire découvrir tous les éléments secondaires puis d’arrêter leur regard sur le sujet principal. Pour ceci, nous pouvons nous aider de la perspective qui introduit une troisième dimension à notre image.
Sur cette photo prise au Mali, le sujet principal apparaît seul au centre du cliché ; c’est donc une composition statique et sans relief, parasitée par le petit bout de branche sur la droite (comme vous le voyez ici, les moindres petits détails peuvent gâcher une photo).
Là c’est mieux… Notre œil est introduit dans le cadre par le fruit du baobab placé en haut à gauche ; ensuite, il suit la branche en descendant, puis il explore la perspective ainsi créée et va s’arrêter sur ce joli rocher. Notre œil a été conduit jusqu’au sujet principal de cette photo. Ceci est donc la preuve, s’il en fallait une, que la composition hiérarchise et oriente la vision... Un petit truc en passant : pour obtenir une perspective, il suffit d’inclure un premier plan dans votre composition. En pratique, ce n’est pas toujours évident, bien que souvent il suffise de se déplacer pour mettre la main sur un premier plan intéressant comme sur l’exemple ci-dessous.
Cette photo de la vallée du Dades au Maroc est plate ; de plus la ligne marron des collines la coupe en deux, ce qui n’est pas terrible. Le sujet principal n’apparait pas clairement… au fait y en a-t-il seulement un ?
En rajoutant un ingrédient, la photo gagne une perspective et un sujet principal clair qui est le bouquet de palmiers ; d’ailleurs celui-ci respecte la règle des tiers, vous vous souvenez ? Du coup, l’Atlas enneigé a perdu le premier rôle, qu’il semblait avoir, sans en avoir vraiment l’étoffe, sur le 1er cliché. Il sert maintenant de toile de fond au bouquet de palmiers et cela lui va très bien. La ligne d’horizon a changé ; il y a maintenant environ 2 tiers de ciel bleu qui font bien ressortir notre bouquet de palmiers.
Cet exemple illustre bien que c’est le photographe qui a la main sur la composition. Pour ceci il doit avoir de l’imagination, de la patience (plusieurs kilomètres séparent les deux photos précédentes). Surtout il ne doit jamais oublier que les différents éléments entrant dans une composition doivent être liés par une réelle harmonie de couleurs, de sujets ou de lignes.
Nous avons ici une belle harmonie de couleur. Pour l’obtenir, j’ai suivi sur quelques dizaines de mètres cette belle malienne jusqu'à avoir un arrière plan digne d’elle. Il m’a fallu également déterminer les éléments qui allaient entrer dans ma composition toujours dans le but de privilégier pour ce cliché l’harmonie de couleur. Il a donc était nécessaire de sortir du cadre tout l’environnement classique au Mali ( quelques dizaines d’autres personnes, les charrettes omniprésentes sur ce marché, les poteaux et fils électriques, les ordures au sol, le sol lui-même, la tenue vestimentaire trop colorée de la belle malienne). J’ai utilisé le zoom pour faire cette photo et obtenir l’effet pressenti dès que j’ai aperçu mon modèle. Sans projet précis concernant la composition de cette photo, elle serait restée ainsi :
Lorsque nous créons une composition, il faut guider l’œil de nos lecteurs et le conserver dans notre cliché jusqu'à l’élément principal. Pour ceci, encore un automatisme de notre œil à connaitre : lorsqu’il aura identifié un visage, il va aller chercher les yeux de ce visage et suivre la direction de ce regard. Par conséquent, il faut éviter que ce regard n'entraine les yeux du lecteur en dehors de notre photo trop rapidement, comme c’est malheureusement le cas dans l’exemple ci-dessous.
Nous éliminons ce risque en demandant au sujet de regarder le photographe. D'accord me direz-vous, mais où va t-on placer les yeux de notre personnage?
Meuh, meuh ! ça c'est pour attirer le regard de 5536. La réponse est : sur un point fort pardi ! Vous vous rappelez j'espère !
Si vous arrivez à identifier l'oeil le plus proche de vous, ce sera celui-là qu'il faudra placer sur un point fort.
Si ils sont dans le même plan, plaçons-les tous les deux sur un point fort, comme cela il n’y aura pas de jaloux.
Je remercie 5536 pour sa collaboration à cet article. Ce fût un sujet très agréable à traire, heu non... je voulais dire à traiter.
Pour les photos de paysage, nous pouvons emprunter une technique utilisée par les cinéastes, pour conserver l’œil du spectateur dans l’image. Sur l’exemple ci-dessous, notre œil entre dans la photo en suivant la ligne du sommet de la colline située à gauche. Il va ensuite voir la montagne en arrière plan centrale, puis, il vient buter sur l’arbre qui borde le coté droit. Celui-ci empêche le regard du lecteur de sortir du cadre. Il va même l’inviter à prendre le chemin formé par les galets pour l’emmener au cœur du sujet principal de cette photo, j’ai nommé le lac. Le fait de placer un sujet en bordure droite du cliché, verrouille celui-ci et permet de renvoyer notre lecteur au centre de la photo.
Pour mettre en valeur le lac, il a suffit ici de décentrer la ligne d’horizon sur une des lignes de force, pour réserver les deux tiers de la hauteur de la photo à l’étendue d’eau. Retenez qu’il faut éviter de centrer une ligne d’horizon. Vous allez donc favoriser soit le ciel, soit l’eau ; à vous de repérer ce qui sera le plus spectaculaire. Le fait de placer la ligne d’horizon sur une ligne de force va vous aider, si vous disposez de la visualisation du quadrillage bien sûr, a obtenir un horizon horizontal. Ce qui est loin d’être facile. Il faudra quand même bien tenir votre appareil au moment d’appuyer sur le déclencheur car c’est à ce moment-là que l’horizon va prendre de la gîte, comme on dit dans la marine, et pencher méchamment à droite. Bon vous allez me dire que vous avez un logiciel de retouche pour arranger cela, oui mais c’est quand même mieux de livrer une photo prête a scrapper n’est-ce pas ?
Nous allons maintenant revenir sur un point important. Nous avons vu dans l’exemple de la nécropole de Myra en Turquie qu’une photo horizontale était plus reposante pour l’œil du lecteur qu’une photo verticale. Ceci est valable aussi pour les éléments de la composition. Des lignes horizontales sont interprétées comme étant froides, elles inspirent le calme, le repos, la paix. Quant aux lignes verticales qui sont des lignes chaudes, elles sont synonymes d’ascension, d’aspiration. Tout ceci pour dire qu’il n’est pas interdit de faire des photos verticales, bien au contraire. C’est le sujet principal qui va influencer votre choix.
Pont U Bein d'Amarapura en Birmanie
Je vous l’accorde sur cet exemple, j’ai poussé le chauffage à fond volontairement (lignes chaudes + couleurs chaudes)
Il est même possible de mixer des lignes verticales à un plan horizontal comme sur la photo ci-dessous :
Temple à Bagan en Birmanie
Nous pouvons également nous servir des lignes verticales pour créer une perspective qui va conduire notre œil loin à l’intérieur de la photo, jusqu'à ce minaret de Tetouan au Maroc par exemple. Ici, l’œil du lecteur est bien encadré par les palmiers qui bordent cette allée ; il ne peut donc s’échapper du cadre... et hop un lecteur de piégé !
Puisque nous parlons de perspective, il faut savoir qu’en plus des formats portrait et paysage, nous pouvons aussi utiliser les diagonales de la photo pour accentuer cette perspective.
Epices au bazar égyptien d'Istambul
J’ai ici utilisé la diagonale la plus harmonieuse, qui relie le coin inférieur gauche au coin supérieur droit du cadre. Il est donc possible de créer une troisième dimension qui va donner du relief à un sujet inerte.
A Hiérapolis (Turquie) la diagonale descendante du coin supérieur gauche au coin inférieur droit est une ligne puissante qui entraine malheureusement le regard du lecteur en dehors de l’image. A éviter donc !
Vous savez maintenant que notre œil a des automatismes qui lui sont propres. La connaissance de ceux-ci va nous permettre de diriger le regard de nos lecteurs où bon nous semble. Bien sûr, il faudra d’abord déterminer ce que nous souhaitons mettre en avant sur un cliché. En tant que scrappeuses, vous pouvez même anticiper votre page future en jouant sur la composition de la photo qui, à ce moment-là, pourra même s’affranchir des règles un peu rigides que nous venons d’évoquer.
Lorsque vous tenez un sujet qui a du corps, n’hésitez pas à varier les prises de vues : vue d’ensemble, vue rapprochée, détails. Toutes ces compositions différentes vous permettront d’avoir des photos homogènes qui pourront vous servir à élaborer un mini-album. N’oubliez pas la troisième dimension d’un cliché : celle-ci peut naître de la perspective ou être apportée par une atmosphère ou une émotion qu’il vous faudra saisir.
Vous allez pouvoir passer à la mise en scène de vos photos ; vous constaterez qu’il n’est pas toujours possible de mettre en application tout ceci ! A vous de faire au mieux. Une fois la photo réalisée, servez-vous de la théorie pour analyser votre composition. Cela vous aidera à gagner du temps pour la prochaine séance car c’est votre rapidité d’action qui va permettre de capturer l’instant fugitif où toutes les conditions sont réunies pour la PHOTO.
"La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard."
John Steward Mill
05 février 2008
Composition d'images (1)
Je laisse une "petite" place à mon cher et tendre aujourd'hui, pour un article sur la photo (attendu impatiemment par certaines d'entre vous !!!). L'article étant assez long, il est scindé en deux et vous aurez donc la suite demain...
Le sujet du jour sera la composition d’images, comme promis dans l’article précédent (oui je sais, il commence à dater… mais c’était pour vous laisser le temps de mettre en pratique… et puis ce n’est pas à coté la Turquie, le Sri Lanka, la Birmanie !). C’est bon, vous êtes revenu(es) ? Nous allons pouvoir commencer alors. J’espère que ce sera moins barbant que la composition française… vous vous rappelez ? Des pages d’écriture sans une seule photo pour illustrer un sujet inintéressant au possible. Il va y avoir quand même quelques similitudes puisque nous allons parler de sujet, d’adjectif, de texte, de lecture.
Non, la composition d’images n’est pas un nouveau nom pour le scrap, bien que les règles qui vont suivre soient tout a fait applicable pour construire vos futures pages.
La composition d’images, c’est tout simplement l’art de disposer dans le cadre les différents éléments présents sur une photo.
Pour réussir cet exercice (non, non, ne vous jetez pas sur votre appareil, il y a tout plein de trucs à savoir avant même de penser faire des clichés), il faut se mettre à la place du « lecteur de la photo ». En effet c’est le mécanisme de fonctionnement de notre regard qui va déterminer les grands axes d’une composition harmonieuse.
La deuxième condition de réussite est de s’interroger sur l’impulsion qui nous fait dégainer l’appareil photo pour immortaliser la scène qui se déroule devant nos yeux. Ceci va permettre d’identifier le sujet principal de notre futur cliché et d’éliminer tout ce qui risque de le parasiter aux yeux du lecteur. Cela va également déterminer la troisième dimension de ce cliché, qui pourra être une belle perspective pour un paysage , une simple mise en valeur de l’esthétique d’un objet, le ressenti d’une atmosphère particulière (plus difficile à faire passer), l’expression d’une émotion pour un portrait de personnage.
Un petit truc au passage, pensez à un adjectif qui caractérise la scène en question, ceci vous aidera à l'analyser rapidement pour savoir ce qu'il a lieu de mettre en avant.
En fonction de la réponse à notre interrogation, nous allons décider si le point de vue actuel va nous permettre de réaliser ce cliché correctement ou s’il va falloir se déplacer pour obtenir un meilleur résultat. En effet, concernant les photos de paysage ou les scènes de vie, c’est le déplacement du photographe qui va induire une nouvelle composition. Par contre, dans le cas de la réalisation d’un portrait, le déplacement du sujet suffit à modifier l’arrière plan et de ce fait la composition. Il y a également un élément technique de l’appareil photo qui peut vous aider à changer votre composition ; il porte le nom bizarre de zoom. Il va permettre d’isoler votre sujet principal de la cacophonie ambiante pour le mettre en valeur.
Les photos ci-dessous sont des compositions différentes d’un même lieu (mosquée de Teli au Mali)
Voilà le monument dans son ensemble, mis en valeur par la végétation environnante.
En élargissant le plan, la photo devient un mix de scène de vie et de paysage. La présence de cette Malienne permet au cliché de refléter la quiétude ambiante. Elle va aussi aider à évaluer les dimensions de la mosquée.
Pour attirer l'attention sur l'architecture de cette superbe mosquée, j'ai utilisé le zoom
Poussons un peu le zoom pour une vue de détail architectural.
Par expérience, le zoom d’un compact numérique doit être d’au moins x5 pour apporter un plus à votre création, comme sur l'exemple ci-dessous, où les 2 photos sont prises du même endroit.
Vue d'ensemble d'une colline de Nuwara Eliya au Sri Lanka où se côtoient plantations de thé et jardins.
Pour mettre en avant ce jardin fantastique qui avait attiré mon attention, j'ai utilisé le zoom x5 au maximum.
Nous allons maintenant nous placer du côté du lecteur de la photo pour analyser la mécanique de lecture imposée par notre œil.
Tout d’abord, retenez que nous lisons littéralement une photo comme nous lisons un texte. Pour nous, occidentaux, ce sera de gauche à droite et de haut en bas.
Sachez également que l’œil humain a un champ de vision nette très étroit . Pour nous transmettre une image nette dans sa totalité, notre œil va donc la balayer d’un mouvement continu extrêmement rapide. Il ira de gauche à droite et de haut en bas ; ceci est appelée la lecture en Z. C’est pour cette raison qu’une photo au format paysage (horizontale) sera plus reposante à regarder qu’une photo au format portrait (verticale). Notre œil ira plus facilement explorer la profondeur d’un tel cliché.

Nécropole rupestre de Myra en Turquie.
La vue horizontale plus reposante rajoute de la perspective
Pour illustrer le propos suivant, vous pouvez prendre votre appareil en main et ouvrir l’objectif. Que voyez-vous ? Un cadre de visée positionné bien au centre. Ce cadre va vous conditionner et vous faire centrer le sujet principal de vos compositions. Ceci est à éviter au maximum. Ne vous laissez pas influencer de la sorte car vos compositions vont être trop symétriques et de ce fait très statiques. De plus, notre œil (encore lui !) n’aime pas se reposer au centre d’une image. Retenez que ce cadre de visée est destiné à l’autofocus qui va faire la mise au point sur votre sujet principal. Appuyez pour ceci à mi-course sur le déclencheur ; il faut ensuite déplacer l’appareil en maintenant le déclencheur à moitié pour décentrer la composition.

Le pêcheur d'Ahangama (Sri Lanka) est centré sur ce cliché ; de plus il pose un peu trop...
Ah ! Voilà de l'action ! Le décalage du pêcheur apporte du dynamisme à cette photo.
Vous allez me dire, « d’accord pour ne pas centrer, mais alors je le place où, ce sujet qui devient encombrant tout à coup ? »
Et bien ce sont les peintres qui vont répondre à cette question. En effet les peintres de la Renaissance ont déterminé une règle toujours en vigueur aujourd’hui appelée règle des tiers. Pour appliquer cette règle, il faut partager la hauteur et la largeur de votre futur cliché en trois parties égales. Ceci va nous donner 9 rectangles délimités par les bords de la photo et par deux lignes horizontales et deux lignes verticales. Ces lignes sont appelées lignes de force. Avec un peu de chance votre appareil doit avoir une fonction qui permet de faire apparaître ce quadrillage directement sur l’écran, ce qui vous évitera bien des maux de tête à imaginer ces foutues lignes. Voyons ce que ça donne en vrai :
Maintenant nous allons nous intéresser à quatre points appelés points forts, qui sont des passages obligés pour l’œil qui examinera cette image. Ces points se situent aux intersections des lignes de force. Ils sont matérialisés en vert sur la figure ci-dessous :
Voilà, vous avez la réponse pour le placement de votre sujet principal… Il doit être sur un point fort, ou sur deux points forts s’il a des dimensions importantes.
Dans l’exemple ci-dessous, cette charmante indonésienne se retrouve au centre du cliché : nous avons vu qu’il faut éviter ceci. De plus cette composition fait apparaître un sol peu esthétique qui attire méchamment notre œil.
Je me suis donc approché (après avoir constaté que sa serpette n’était pas très affutée, bien sûr !), et je l’ai décentrée vers la droite ; elle se retrouve donc sur deux points forts. Ses mains ne sont pas très loin d’un 3ème point fort, ce qui a pour effet de polariser notre attention sur son activité. Sur cette composition, la portion de terre nue a disparue et ne parasite plus la lecture de cette image.
Nous connaissons donc maintenant 4 points très important pour l’œil du lecteur. Il faut savoir également qu’en plus de la lecture en Z, notre œil établit des priorités pour s’arrêter sur un élément plutôt qu’un autre. En premier lieu il va être attiré par l’apparence humaine ou animale, puis il va se concentrer sur le mouvement (une surface d’eau, des nuages, le soleil sont considérés comme en mouvement ) et en dernier ressort notre œil va aller voir tout ce qui est inerte avec une priorité pour les masses importantes. Notre œil va aussi être très attiré par une zone claire, au détriment bien sûr du sujet principal de la photo.
Nous pouvons le constater sur la photo ci-dessous, ou le photographe a pris soin de décentrer le sujet principal, d’enlever de la composition un maximum de sol, mais pas de chance il reste une peau de chèvre très claire qui attire le regard irrésistiblement.
Nous allons faire une pause pour digérer tout cela. Je vous retrouve demain pour aborder les effets de perspective ; nous parlerons aussi d'harmonie, de lignes froides ou chaudes et utiliserons une technique issue du cinéma pour conserver le regard de nos lecteurs à l'intérieur du cliché. Gardez en mémoire les lignes de force et les points forts qui sont indissociables de la réussite d'une photo. A demain, si vous le voulez bien!
"Une photographie, c'est un arrêt du coeur d'une fraction de seconde."
Pierre Movila
17 mai 2007
Lumière intérieure
Pour compléter ma précédente intervention traitant de la lumière solaire, nous allons parler aujourd’hui de lumière artificielle. En effet, pour les photos prises à l’intérieur, il va nous falloir aussi de la lumière. Celle-ci peut provenir de plusieurs sources : ampoule électrique, tube néon, bougie, lampe de poche… tout ceci complété éventuellement par le flash de l’appareil photo. Bien entendu, ce seront les faibles éclairages qui vont nous limiter le plus pour réussir nos clichés.
Dans ces conditions de prises de vue, nous allons très vite toucher les limites du compact numérique qui, en général, n’offre pas une sensibilité élevée ni un flash performant.
Mais tout d’abord qu’est ce que la sensibilité ?
C’est la capacité d’un appareil à traiter la lumière disponible pour prendre une photo.
Pour les appareils argentiques, c’est une caractéristique amenée par la pellicule ; pour les appareils numériques, c’est la combinaison du capteur interne et de l’électronique qui crée cette caractéristique.
On mesure ce paramètre à l’aide de l’échelle ISO qui va de 25 à 3200. Un chiffre élevé correspond à une sensibilité élevée de l’appareil et donc à un besoin de lumière plus faible. Vous suivez toujours ?
A titre d’exemple :
- une sensibilité de 100 sur l’échelle ISO est suffisante en extérieur au soleil
- 200 convient bien par temps couvert ou en intérieur avec flash
- 400 sera utilisée pour des photos sans flash en intérieur avec éclairage
- par contre, en intérieur avec un faible éclairage, il faudra monter à 800 et même au-delà si l’usage du flash est impossible.
Heureusement, les fabricants font évoluer vers le haut de l’échelle la sensibilité de leurs appareils et permettent ainsi d’élargir petit à petit le champ d’utilisation d’un compact numérique. La preuve en photo :
Photo 1 : prise sans flash (usage interdit pour protéger les peintures anciennes restaurées) dans une église rupestre de Göreme en Turquie, avec un très faible éclairage et une sensibilité de 400 qui était ce qu’on trouvait de mieux en 2005. Résultat : un flou catastrophique ! En effet, une sensibilité basse nécessite un grande quantité de lumière pour faire une photo. Pour l'emmagasiner, l'appareil va donc ralentir sa vitesse d'obturation ce qui va accroitre le risque de bougé de celui-ci. Pour éviter cela, deux solutions : utiliser un trépied ou augmenter la sensibilité de l'appareil.
Photo 2 : prise dans un temple de Bagan (Birmanie) dans les mêmes conditions mais avec une sensibilité de 3200 ; c’est nettement mieux.
Photo 3 : prise avec flash (ISO100) dans une autre église rupestre de Gorëme. Ouf ! Avec le flash, ça marche !
Photo 4 : lorsque la lumière artificielle et le flash se complètent bien, on obtient un bon résultat (ISO 150). Peinture murale - grottes de Dambulla (Sri Lanka).
Photo 5 : en l'absence totale de lumière, pensez à la lampe de poche qui permet de prendre des photos sans flash. Bouddha dans un temple de Bagan (Birmanie), sensibilité de 3200
Photo 6 : une sensibilité élevée (ISO 1600) permet de photographier sans flash des détails qui auraient était surexposés par celui-ci. Bagan
Photo 7 : ici la lumière du flash se serait reflétée de manière inesthétique à la surface de la laque ; nous sommes toujours à Bagan (ISO 3200).
Photos 8 et 9 (encore à Bagan) : j’utilise la forte sensibilité pour masquer des arrières plans pas très esthétiques qui seraient dévoilés par la lumière du flash. Les deux photos suivantes illustrent bien ceci. Par contre, l’inconvénient principal de la haute sensibilité (ISO 3200) apparaît nettement sur la 1ère image : il s’agit du grain du cliché qui est plus gros, d’où un aspect granuleux qui interdira tout agrandissement.
Photo 10 (Bagan) : sensibilité de 3200 sans flash pour ne pas faire ressortir le mur arrière et conserver le rayon de lumière naturelle qui pénètre par une ouverture judicieusement placée.
Photo 11 et 12 (Shwe Nandaw - Birmanie) : toujours le souci de cacher des détails... Ici, hop ! un tour de magie, la chaîne disparaît sur la photo sans flash ( ISO 3200). Par contre le relief, lui, est bien présent.

sans flash, et avec un cadrage plus soigné
Photo 13 et 14 (Bagan) : belle ambiance de la photo sans flash (ISO 3200) qui retransmet tout à fait le puits de lumière qui descend sur Bouddha. Sur le deuxième cliché, le flash éclaire uniformément le bas de la scène mais n'a pas assez de puissance pour éclairer le haut de bouddha.

avec flash, cadrage plus large
Photo 15 et 16 : Tête du bouddha couché du Shinbinthalyaung (Bagan). Joli relief de la première photo prise sans flash (ISO 3200) tandis que la seconde avec flash est un peu plate sans être toutefois surexposée.
Mais, allez vous me dire, à quoi sert le flash si une haute sensibilité de l’appareil photo peut le remplacer ?
Et bien, nous allons voir maintenant, des situations où le flash apporte un plus indéniable :
Au niveau rendu des couleurs, entre ces deux photos de marionnettes de Mandalay (Birmanie) la seconde prise au flash est bien plus chaude
L'exemple suivant, très complet, va nous permettre d’aborder plusieurs sujets. En premier lieu, la composition d’une image, c'est-à-dire tout les détails qui vont former cette image (nous en reparlerons longuement dans un article à venir car c’est, à mon sens, un des éléments important de la réussite d’un cliché). Ensuite, vous allez voir concrètement qu’une bonne autocritique faite sans complaisance permet de progresser, cela reste mon objectif (tiens, un jeu de mot !) permanent.
Je ne sais ce que vous pensez de cette photo, prise dans un long bâtiment voûté de Bagan avec une sensibilité de 3200, sans flash. Pour moi c’est une photo lamentable ! La composition de l’image est assez désastreuse, en effet la lumière perçant à travers les quelques ouvertures de ce bâtiment fait beaucoup trop ressortir le délabrement de la voûte et des murs et laisse apparaître un sol omniprésent. De plus, sur les vingt mètres que mesure ce bouddha couché, nous n’en voyons que seize…Où sont passer les quatre autres ? Mon expérience cinghalaise m’a appris que le corps d’un bouddha couché doit être entier ou ne pas être. Bref, il règne sur ce cliché un air de décrépitude, accentué encore par la grossièreté du grain de la photo, pas du tout en accord avec l’émotion ressentie au chevet de ce superbe bouddha
C'est là que le « créateur d’images » doit intervenir pour trouver un moyen de fixer sur la carte mémoire cette belle émotion qu’il ressent. Pour commencer, nous allons changer d’angle de prise de vue. Reculons au maximum pour avoir la totalité du bouddha sur le cliché ; prenons un peu de hauteur… pour ceci j’ai dû grimper dans une niche du mur ( et oui, la position pour avoir le bon angle n’est pas toujours confortable, il n’y a que dans les pubs où le héros shoote d’une main tout en enlaçant une créature de rêve de l’autre) pour changer l’inclinaison de l’appareil et faire disparaître la voûte délabrée. Voilà cela devrait aller mieux sur cette photo toujours prise sans flash à une sensibilité de 3200.
Nous avons même assombri une grande partie du sol et accentué les voûtes de lumière ce qui restitue une atmosphère très zen correspondant avec le sujet de la photo et avec l’émotion du photographe.
Il reste maintenant à améliorer le grain de la photo et à rajouter de la couleur pour parfaire le tout. Utilisons donc le flash puisque nous avons vu que ce sont ses points forts. De plus l’appareil va diminuer sa sensibilité (ISO 800) puisque le flash va lui apporter de la lumière avec toutefois une portée limitée (nous utilisons ici à notre avantage un défaut du compact cité au début de l’article ) ce qui va contribuer à laisser dans le noir l’environnement décrépi du bouddha. Et voilà le travail : le bouddha couché du Shinbinthalyaung en entier et en couleur avec une zen-attitude en provenance du onzième siècle qu’il n’aurait jamais dû perdre.
Continuons avec trois exemples qui utilisent la faible portée du flash pour faire ressortir du relief sur nos clichés.
Ici, à Dambulla au Sri Lanka, la statue est mise en avant par la surexposition de la lumière du flash.
Sur cette photo prise dans les grottes de Dambulla , la perspective est accentuée par l’atténuation progressive de l’éclairage du flash.
Sur cette peinture murale du Sri Lanka, l’élephant est mis en relief par la surexposition de la partie gauche de la fresque et le moindre éclairage de la partie droite.
Il nous reste maintenant à utiliser le moindre rayon de lumière pour faire deux photos sans flash (ISO 100), pleines de contraste, pour prouver que Cath aime vraiment les fleurs (tiens une infidélité à Prima) et les chats, y compris ceux du monastère de Shwe in Bin en Birmanie qui le lui rendent bien apparemment.
Pour conclure, j’espère vous avoir convaincus de l’importance du critère de sensibilité qui vous permettra une liberté de création accrue en situation de faible éclairage. Ne délaissez pas l’usage du flash qui malgré des performances limitées peut dans certaines conditions être un plus appréciable.
Dans le but de progresser, pratiquez l’autocritique constructive ; pour ceci, commencez par définir le style de photos qui vous plait. Il est évident qu’il faut d’abord avoir une vision de ce que l’on veut obtenir afin de comparer avec ce que l’on a. Pour ceci, prenez du temps (tiens, on en reparle pour un nouvel usage !). On trouve sur internet tous les styles de photos qui existent sur la planète avec en plus la possibilité de choisir un sujet précis.
Personnellement, pour préparer nos voyages, j’utilise beaucoup les carnets de voyage, les blogs et les sites en rapport avec le pays où nous nous rendons. Cela permet d’avoir un aperçu sur le contenu de mes prochaines photos et sur la meilleure façon de les traiter. Pensez aussi qu’il existe de très beaux livres avec des photos de professionnels, qui donnent des idées de composition et de cadrage accessibles à tout le monde.
Le conseil pratique du jour : Si vous photographiez au flash des zhumains en intérieur, actionnez systématiquement le mode anti-yeux rouges. En effet, le flash éclaire les vaisseaux sanguins du fond de l’œil et rougit ainsi les yeux. La lumière vive générée par le mode anti-yeux rouges va forcer la pupille à se fermer avant l’éclat du flash et éviter ce désagrément bien connu de tous. Avec Bouddha, aucun problème ! Il conserve toujours de beaux yeux !
Je vous laisse méditer la citation ci-dessous qui pourrait être une excellente philosophie concernant la photographie.
"L'art ne veut pas la représentation d'une chose belle mais la belle représentation d'une chose."
Emmanuel Kant
04 avril 2007
Lumière sur mes photos...
Je laisse aujourd'hui la "parole" à mon Zhomme, qui nous fait partager habituellement ses photos et qui, à la demande de La Madrilène, nous fait aujourd'hui partager son approche de la photo. J'espère que cela vous plaira... En tout cas, je peux vous assurer qu'il a passé du temps à vous concocter ce premier article qui, selon vos réactions, aura peut-être une suite...
Pour répondre à la demande insistante de Sandrine, je vous propose d’intervenir de temps à autre sur le blog de Cath afin d’expliquer la réalisation des photos que vous avez l’air d’apprécier. Nous laisserons de côté la partie technique qui fait la différence entre un photographe professionnel et un amateur, avec tout le matériel qui va avec. Pour ma part je n’utilise qu’un petit compact numérique peu encombrant, et surtout rapide à mettre en œuvre car l’expérience m’a prouvé que les bonnes conditions pour « shooter » ne s’éternisent pas. Nous allons nous concentrer plutôt sur l’aspect création d’images (utilisation de la lumière, composition de la photo, angle de prise de vue, cadrage) en nous appuyant sur des exemples concrets.
Je vais procéder par étapes car la réussite d’un cliché dépend de nombreux paramètres qu’il n’est pas toujours évident de réunir au moment opportun. Nous allons voir que cette réussite est largement conditionnée par des choses qui, à première vue, n’ont rien en commun avec le fait d’appuyer sur le déclencheur.
Pour imager ce propos, comparons la photo finale avec un plat cuisiné ; il va de soi que dresser la liste des ingrédients, se rendre au marché pour les acheter, les préparer en cuisine va prendre énormément plus de temps que d’arrêter la cuisson au bon moment. Pour aller jusqu’au bout de la comparaison, on peut assimiler le scrapbooking, qui va habiller la photographie, à l’art de présenter le plat. Par contre, pour la cuisine comme pour le scrap, ne comptez pas sur moi pour vous conseiller !
Tout d’abord, nous allons citer les trois ingrédients de base :
- la lumière, sans laquelle aucune photo n’est possible,
- du temps… et oui, c’est à mon sens un facteur essentiel pour créer de belles images ; nous verrons au fur et à mesure comment l’utiliser.
- un bon appareil photo, pour retranscrire fidèlement l’émotion ou l’atmosphère qui justifie la prise du cliché.
Concernant la lumière, pour les photos prises en extérieur, la source sera notre bon vieux soleil. Son éclairage va dépendre fortement de la météo mais aussi de l’endroit de la planète où nous nous trouvons (exceptionnelle au Maroc, nettement moins bonne en Asie) et de l’heure du jour à laquelle nous opérons.
Témoins ces quatre photos prises à Pammukale, en Turquie, le même jour, avec le même appareil, mais à des moments, donc des éclairages, différents.
La première est éclairée verticalement par le soleil de début d’après-midi (14h00), qui met nettement en avant les couleurs mais qui écrase le relief.
La seconde est éclairée latéralement (17h00) ; le jeu d’ombres fait ressortir les contours des vasques et donne un relief très graphique.
La troisième a été prise dans l’ombre, à 18h00. La faible réverbération de la lumière ambiante sur les surfaces couvertes d’eau les fait miroiter.
Pour la dernière, j’ai profité de la lumière moins forte de fin d’après-midi (17h30) pour faire un contre-jour qui va complètement transformer le rendu du cliché .
Il est à noter que les changements d’angle entre ces quatre photos optimisent l’éclairage en fonction de l’ambiance recherchée. C’est sur ce point-là que vous pourrez agir une fois sur place en prenant le temps (tiens, on commence à utiliser le 2ème ingrédient…) d’essayer différentes prises de vues .
Lorsque le soleil est bas dans le ciel (au lever ou au coucher), la lumière est chaude car les rayons solaires traversent obliquement une plus grande quantité d’eau et de poussières contenues dans l’atmosphère.
De ce fait, il y a dispersion des longueurs d’onde bleues, ce qui donne une lumière plutôt jaune ou orangée.
Cet éclairage est du plus bel effet sur les vieilles pierres. Ces trois clichés de l’Alhambra de Grenade, en Espagne, illustrent bien cet état de fait.
Le premier a été pris dans l’après-midi ; l’angle différent n’interfère pas sur la couleur du palais qui est fidèle à la réalité sur cette photo (dominante de gris).
Les deux suivants ont été pris juste avant le coucher de soleil. On peut voir une évolution rapide de la coloration entre ces deux photos prises à sept minutes d’intervalle.
Quant à la météo, son interaction sur la réussite des clichés semble évidente. Pour s’en convaincre, regardons ces deux photos prises à Bagan, en Birmanie.
La première a été faite le seul jour nuageux de notre séjour.
La seconde a été faite avec un beau ciel bleu.
Pour ma part, il n’y a pas photo (c’est le cas de le dire) : entre les deux, le ciel bleu l’emporte haut la main. Toutefois, s’il est vrai qu’un ciel couvert peut donner de beaux résultats, j’ai quand même tendance à préférer les belles couleurs mises en lumière par le soleil.
Bien que l’homme ne puisse encore influencer le temps qu’il fait, nous avons trouvé un moyen tout simple pour y remédier. Nous choisissons toujours notre destination de voyage en fonction de la météo à la date où nous serons sur place. Nous avions un moment de libre pour partir en février ; la Birmanie s’est imposée comme une destination idéale. En effet, en février il y a 9 heures d’ensoleillement par jour, aucun jour de pluie et une température pas trop élevée. A contrario, au mois d’août, le soleil ne sort que 3 heures par jour et il y a 25 jours de pluie. Voilà comme on peut influer sur la météo et donc contribuer six mois à l’avance à la réussite de nos clichés. Pour reprendre la comparaison avec la recette de cuisine, on se situe à l’étape du choix du plat ! Et là commence l’utilisation de l’ingrédient temps alors que nous sommes encore loin d’appuyer sur le déclencheur.
Pour résumer, jouer avec la lumière permet d’obtenir des ambiances différentes de la même scène. Cela permet également d’apporter, tel un artiste peintre, sa touche de couleur personnelle.
Petit conseil pratique : pensez à garder de la place sur votre carte mémoire ainsi que de la réserve de batterie pour pouvoir utiliser la lumière particulièrement chaude de fin d’après-midi. Car c’est à ce moment là que la magie entre en scène…
Pammukale, 18h08, transformation de l’eau en or liquide….
"Une photo ? C'est l'instant qui s'arrête, les sentiments qui demeurent et la vie qui s'en va."
Jérôme Touzalin

























































































